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Acné à l’adolescence, souffrance…
Acné à l'adolescence, souffrance…
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15 novembre 2010
Auteur de l'article
Pr. Antoine Pelissolo, 41 articles (Psychiatre)

Pr. Antoine Pelissolo

Psychiatre
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Acné à l’adolescence, souffrance…

Acné à l'adolescence, souffrance…

Souvent banalisés, les problèmes physiologiques de l’adolescence peuvent constituer, chez certains jeunes fragiles, une cause de souffrance personnelle et sociale majeure. Comme le surpoids ou les rougissements excessifs, l’acné sévère est souvent vécue dans la honte, le repli sur soi, et parfois la dépression. L’acné sévère se soigne par diverses méthodes, dermatologiques ou médicamenteuses, et l’anti-acnéique le plus connu car très efficace est l’isotrétinoïne, dérivé de la vitamine A. Ce médicament, formellement contre-indiqué chez la femme enceinte, est prescrit à environ 100000 patients par an en France. Or le bruit court, depuis quelques années, que l'isotrétinoïne pourrait augmenter les risques de dépression voire engendrer des tentatives de suicide. Ces effets secondaires n’ont jamais été réellement établis jusqu’à présent, mais deux informations récentes sont à signaler.

La première est une étude suédoise très intéressante qui vient de paraître dans la revue de médecine BMJ (British Medical Journal). Il s’agit d’une enquête rétrospective sur plus de 5700 personnes ayant reçu de l’isotrétinoïne pour une acné sévère il y a plus de 15 ans. Les chercheurs ont répertorié tous les cas de tentatives de suicide (TS) dans cette population, avant et après le traitement. Le résultat est net : les personnes souffrant d’acné sévère ont un risque accru (environ 1,5 fois plus) de TS par rapport aux jeunes du même âge, mais ceci avant même la prise du traitement. Dans les mois qui suivent la prise de l’isotrétinoïne, le sur-risque de TS augmente légèrement mais il est impossible de dire si cette augmentation est liée au traitement ou à d’autres facteurs personnels associés à l’acné. Trois ans après l’arrêt du traitement (et, on peut le penser, après la disparition de l’acné), le sur-risque de TS disparaît définitivement. La conclusion de cette étude est donc que l’acné peut être considérée comme un facteur de risque de tentative de suicide, mais qu’il est aujourd’hui impossible de savoir si l’isotrétinoïne augmente ce risque ou non, ou éventuellement même le diminue. Ce problème d'interprétation rappelle celui rencontré pour l'estimation des liens entre antidépresseurs et risque de suicide à l'adolescence. 

La deuxième information nouvelle concerne la France. L’agence chargée de l’autorisation et de la surveillance des médicaments, l'AFSSAPS, rappelle qu’aucune donnée ne permet à l’heure actuelle de penser que l’isotrétinoïne augmente réellement le risque de dépression ou de tentative de suicide des patients traités. Par précaution, elle va cependant développer une procédure de surveillance, au travers d’un bref questionnaire de dépistage de la dépression. Celui-ci sera testé dans la clientèle de certains dermatologues, pour voir s’il permet de repérer les adolescents acnéiques à risque de dépression, et ainsi les surveiller de manière plus attentive.

 Ces questions permettent finalement d'attirer notre attention sur la souffrance morale de certains jeunes, souvent liée à une gêne sociale et affective, et sur la nécessité de la dépister par tous les moyens pour les aider au mieux.

                                 Pr A. PELISSOLO

Pr Antoine PELISSOLO, psychiatre
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