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Senior Blues
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21 avril 2008
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La Taverne des Poètes, 2 articles (Rédacteur)

La Taverne des Poètes

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Senior Blues

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Quand les vieux ont le blues, on ne le sait pas, on ne s’en occupe pas. On ne le dit qu’après, quand la mort est survenue : il (ou elle) était dépressif (ve). Outre le sujet tabou qui dérange, la « nervous breakdown » de nos têtes grises est entourée de préjugés et d’idées fausses. La recherche apporte des éclairages inattendus et parfois surprenants sur cette maladie.

La dépression est trop souvent considérée comme allant de soi et irréversible chez le sujet âgé : c’est normal de déprimer quand on est vieux ! Eh bien non ! La dépression n’est pas le seul fait de la vieillesse. Elle est due aussi à des causes physiologiques. Ainsi, une équipe de chercheurs de l’INSERM a révélé l’origine cérébrovascualaire de la dépression des séniors. Une étude par IRM, menée sur quatre ans, auprès de 1658 sujets âgés de 65 à 80 ans, a renforcé l’hypothèse des relations entre les facteurs vasculaires et le risque de démence. Les lésions de la substance blanche du cerveau constituent le reflet le plus fréquent de atteintes cérébrales d’origine vasculaire. Or, si ces lésions apparaissent naturellement avec l’avancée en âge, les chercheurs ont prouvé, grâce à l’IRM, l’existence d’atteintes plus étendues en cas d’antécédent dépressif. (L’étude a été publiée dans "Biological Psychiatry").

Un lien entre la dépression des personnes âgées et le diabète (de type 2) a aussi été établi, mais ici c’est le diabète qui est la conséquence de la dépression. Une équipe américaine de chercheurs a étudié, entre 1989 et 1999 des personnes âgées de plus de 65 ans chez qui, au départ, on n’avait décelé aucun diabète, et leur a fait chaque année un test de la dépression. Il a ainsi été montré que les sujets présentant des signes de dépression - qu’ils soient occasionnels ou persistants - développaient un diabète bien plus important que la norme qui exige le recours à un traitement médicamenteux. Le risque relatif de devenir diabétique était de 50 % à 60 % plus élevé pour les personnes ayant des signes de dépression.

Enfin, la Haute Autorité de santé a rendu public, mercredi 7 novembre, un rapport pour "améliorer la prescription des psychotropes chez les sujets âgés", rapport dans lequel elle établit qu’une personne sur deux de plus de 70 ans fait usage de médicaments psychotropes en France. Les symptômes dépressifs sont fréquents chez le sujet âgé (jusqu’à 25 % en médecine de ville et 45 % pour les personnes en établissement) et pas bien pris en charge. Outre les actions auprès des professionnels pour une meilleure prescription et une campagne grand public en cours, la Haute Autorité de santé envisage des études spécifiques sur les antidépresseurs chez les personnes âgées et l’avis de la commission de la transparence lors du réexamen des dossiers de ces médicaments. Cette haute instance rappelle que "plus de la moitié de ces traitements ne seraient pas indiqués" et avance des propositions d’action sur deux ans pour y remédier.

Le syndrome dépressif peut masquer un début de démence ou de maladie d’Alzheimer. Ainsi, l’apathie, le manque d’entrain, la réduction des initiatives, sont des signes de démence qui sont pris pour des troubles dépressifs. La dépression est un mal qui gagnerait à être détecté plus tôt car il conduit souvent au suicide, lequel est plus radical et « réussi » que parmi les autres catégories d’âge de la population. Le suicidant âgé est souvent très déterminé. Son passage à l’acte est préparé avec minutie et assorti de moyens radicaux : défenestration, noyade, pendaison, arme à feu. Contrairement au comportement suicidaire de l’adolescent qui peut avoir une certaine valeur d’appel à l’aide, le suicide chez la personne âgé a une signification sans appel et il serait dangereux d’attendre des signes nets ou des tentatives ratées avant d’agir. Mais il existe un point commun avec l’adolescence : la crise du vieillissement, comme la crise d’adolescence, est une étape, un passage nécessaire d’une état à un autre. Il signifie en l’occurence, le renoncement à l’illusion d’immortalité et l’acceptation de son devenir mortel. Le suicide chez les personnes âgées est en hausse mais nous n’en parlons pas assez et nous faisons peu pour le combattre. Notre société a-t-elle le droit de laisser ses personnes âgées se suicider ?

Pour en revenir à la dépression même, les moyens de prévention des médecins se heurtent à la difficulté de repérer cette maladie, qui est souvent masquée chez les personnes âgées par des idées délirantes, de persécution ou des plaintes somatiques, digestives et cardio-respiratoires. Le caractère irritable et hostile de la personne âgée joue un rôle repoussoir qui fait que l’on soignera le sujet avec des calmants plutôt qu’avec des antidépresseurs. Le phénomène de "régression" empêche aussi de bien déceler la dépression. Enfin, le piège fréquent est de confondre un processus de vieillissement normal avec une dépression.

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