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Grande taille = risque accru de troubles d’anxiété sociale
Grande taille = risque accru de troubles d'anxiété sociale
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18 juillet 2008 | 7 commentaires
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Pr. Antoine Pelissolo, 41 articles (Psychiatre)

Pr. Antoine Pelissolo

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Grande taille = risque accru de troubles d’anxiété sociale

Grande taille = risque accru de troubles d'anxiété sociale

Une enquête menée récemment par le CNRS révèle que les personnes de grande taille auraient un risque accru de développer un trouble d’anxiété social. Les femmes souffriraient davantage du regard des autres que les hommes, et les difficultés rencontrées seraient plus importantes à l’adolescence.

Qu’est-ce-que l’anxiété sociale ?

Le terme “anxiété sociale” désigne différentes formes de gênes et de craintes liées au regard de l’autre dans la vie quotidienne ou dans des situations particulières comme parler en public, faire une représentation, rencontrer des inconnus, etc. Cette timidité ou trac simple peuvent devenir une véritable « phobie sociale » lorsque la peur devient durable, intense et invalidante.

De manière générale, les phobies sociales touchent environ 3 à 5% de la population, et sont basées sur la peur excessive d’être jugé négativement par les autres du fait d’une attitude et/ou d’une apparence que l’on pense inappropriées voire honteuse ou humiliante.

Les phobies sociales peuvent être à l’origine d’angoisses très importantes ou d’attaques de panique lors de la confrontation au regard de l’autre. Elles peuvent ainsi avoir un impact sur le mode de vie des personnes qui éviteront certaines situations sociales redoutées : non participation à des réunions ou à des sorties, restriction de la vie relationnelle et notamment affective, renoncement à certains choix d’études et de carrières, etc.

Ces troubles, qui apparaissent en général durant l’enfance ou l’adolescence, peuvent persister pendant des années puis régresser progressivement avec le temps ; elles peuvent parfois aussi s’aggraver et être à l’origine de complications, en particulier de dépressions et de problèmes d’alcool, en raison de consommations excessives pour soulager l’anxiété et faciliter les contacts.

Des prises en charge sont désormais possibles et efficaces, surtout psychologiques (thérapies comportementales et cognitives notamment) et parfois médicamenteuses dans les formes plus sévères. Cependant beaucoup de personnes concernées ne consultent pas spontanément, par manque d’information et/ou par crainte.

Les 3/4 des personnes de grande taille souffriraient d’anxiété sociale

Afin de mieux comprendre cette pathologie, une étude (1) a été menée par le CNRS auprès des personnes de grande taille. Comme toute particularité physique, la taille peut en effet être un facteur qui attire l’attention d’autrui et place les personnes anxieuses en situation délicate.

Les résultats de cette enquête, la première réalisée sur ce sujet dans le monde, confirment que les ¾ des personnes de grande taille souffre ou a souffert d’anxiété sociale. Il n’est pas possible de généraliser toutes les données obtenues à l’ensemble des personnes de grande taille puisque l’enquête a été menée auprès de 60 personnes seulement. Des études complémentaires sur des échantillons plus larges et représentatifs sont encore nécessaires.

Mais quoiqu’il en soit , cette étude montre que les proportions de personnes souffrant d’anxiété sociale chez ce type d’individus sont largement supérieures à celles que l’on connaît dans l’ensemble de la population. Ceci est encore plus marqué chez les femmes, mais reste vrai chez les hommes également.

La grande taille est effectivement associée à un risque élevé d’anxiété sociale, et probablement du fait de l’effet d’attraction du regard de l’autre lié à la grande taille, comme à d’autres différences physiques (ceci a par exemple été montré aussi pour les tremblements liés à certaines maladies neurologiques, ou encore pour le fait de bégayer).

L’impact de ce sentiment de différence par rapport à la norme est clairement encore plus net chez les femmes, puisque 41% des femmes présentent une phobie sociale sévère, contre seulement 9,5% des hommes. On peut supposer que ceci est lié à certains « stéréotypes » sociaux qui valorisent la grande taille plus facilement chez l’homme que chez la femme. Il a été montré dans d’autres études, que l’anxiété sociale est en général très liée au sentiment de manque d’estime pour soi-même, et il serait intéressant d’explorer les liens, dans les deux sexes, entre estime de soi et grande taille.

On peut cependant constater que, malgré une souffrance parfois importante, le degré de perturbation de la majorité des personnes présentant une anxiété sociale est modéré. Les perturbations seraient plus élevée à l’adolescence, l’âge le plus difficile étant autour de 16 ans, lorsque l’adolescent s’aperçoit qu’il a une taille supérieure aux adultes.

Avec l’âge ces troubles diminuent progressivement. Les personnes de grande taille apprendraient, d’une manière ou d’une autre, à « dépasser » leurs craintes et leurs gênes pour parvenir à vivre relativement normalement.

Il serait en tout cas probablement très utile d’être spécialement attentif aux difficultés d’anxiété sociale touchant les adolescents de grande taille, car c’est une période très sensible de l’existence au cours de laquelle beaucoup de choses de la vie d’adultes sont en jeu, et une aide particulière à cette étape pourrait être probablement très bénéfique.

Source : « Anxiété sociale chez les personnes de très grande taille », Journal de thérapie comportementale et cognitive, 13 juin 2008, vol 18, n°2

(1) Etude réalisée par Internet auprès des adhérents de l’association « Altitudes » sur la base du volontariat. L’échantillon analysé comporte 60 sujets, 21 hommes et 39 femmes, âgés de 17 à 69 ans. La taille moyenne des hommes est de 1,99m et celle des femmes est de 1,84 m.

Pr Antoine PELISSOLO, psychiatre
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Commentaires
3 votes
(IP:xxx.xx0.122.225) le 19 juillet 2008 a 00H10
 (Visiteur)

Est ce vraiment dû à la grande taille ??? que dire des petites tailles ?? est ce vraiment une forme d’anxiété, ou tout simplement le fait d’être trop grand ou trop petit par la même, sortir de la norme, ou devrai je dire de la normalité ?

Quand se construit non plus la personnalité mais la relation avec la société et quand dans cette même période, les "autres", ceux qui sont dans cette normalité, les maintiennent à l’écart car il est plus facile pour eux de se "moquer", ou de faire sentir à ceux la, les grands ou petits, qu’ils ne sont pas comme eux... juste histoire de se rassurer sur leur propre sort...

Tout cela est ce vraiment dû à la taille de l’individu ou au comportement de "rejet" de ceux qui sont dans la normalité et qui cherchent les brebis qui ne doivent pas faire parti de leur troupeau ?

L’homme est un animal social ??? je dirai plutot tribal... et si possible uniforme...

L’anxiété de ces jeunes la ?? ce n’est pas leur taille qui y fait, c’est le comportement des autres... cette anxiété peut venir du "rejet" des autres. Du fait de ne pas pouvoir s’apparenter à telle "tribu" et de se retrouver en fin de compte, seul ou isolé...

Cette célèbre phrase dite à tout bout de champs : plus on est grand plus on est con... bien connu de tous, en est un échantillon de ce rejet... de cette non appartenance à un groupe... eh oui, les cons ça s’évite, des fois que c’est contagieux... comme si la taille avait un rapport avec le qi...

1 vote
par gwen (IP:xxx.xx8.71.214) le 11 novembre 2008 a 02H05
gwen (Visiteur)

...oui, la grande taille plus que la petite, car un enfant qui est ’trop’ grand s’impose à soi-même sans se rendre compte d’assumer une image plus mature, qui l’éloigne trop tôt du jeu et de l’insouciance... Cela en plus du ’rejet’, qui est propre à toute différence. Si c’est un garçon il va de soi qu’il doit jouer le justicier ou le protecteur pour ceux de même âge que lui, même s’il aurait plutôt envie de jouer parmi eux, comme eux... Si c’est une fille, les petits jeux des copines doivent obligatoirement lui paraitre insignifiants...

Pendant qu’une personne ’trop’ petite peut toujours miser sur la sympathie, éventuellement la compassion, les ’trop’ grands doivent toujours être forts et à la ’hauteur’ de leur image, et, à moins d’avoir la chance d’être entourés de beaucoup d’enfants et jeunes comme eux (clubs de sport par exemple), peuvent se transformer en adultes incompris et souffrants. Une âme d’enfant ou le besoin de protection peuvent exister longtemps même chez une ’grande’ personne...et dans ce cas l’incongruence semble pire que d’avoir une âme de lion dans un petit corps...

Qu’est-ce qu’on pourrait en déduire ? Qu’une différence et le rejet associé sont mieux vécus si... au moins ils ouvrent le ’droit’ à la compassion... ? Ou que la compassion rend sympathique son objet ? Ou que ceux qui ont l’air plus faible nous sont plus sympathiques que ceux qui nous semblent plus forts... ?

J’ai connu une fille qui fait 1m80, et qui a toujours été heureuse. Je l’ai connu à l’adolescence et elle était épanouie même si beaucoup plus grande que la plupart des garçons, maintenant à la quarantaine elle porte des talons hauts, se tient droite, regarde les gens avec franchise et sympathie, son comportement est ouvert, volontaire mais équilibré et très agréable. Moi-même, de 10 cm plus petite, j’ai toujours souffert de ne pas pouvoir me fondre dans la masse... Elle avait pratiqué un sport de performance jusqu’à l’adolescence, et avait bénéficié d’une éducation qui ne lui a aucunement généré des complexes... elle n’avait même jamais imaginé que sa taille pourrait la gêner ! Tout est relatif donc.. mais il me semble très important d’avoir la chance d’un bon environnement dès la première enfance...

0 vote
par Phi Lippe (IP:xxx.xx8.195.136) le 21 juillet 2008 a 18H07
Phi Lippe (Visiteur)

Je suis surpris que l’on préconnise d’avoir recours aux comportementalistes dont la plus part sont de dangereux simplificateurs comme le disaient les 2 plus grand comportementalistes à mon sens, à savoir Paul Watzlawick et Henri Laborit (dont personne ne fait jamais référence et dont les livres sont épuisés d’ailleurs, Etonning Not !?)

0 vote
par A. Pelissolo (IP:xxx.xx2.255.244) le 22 juillet 2008 a 09H46
A. Pelissolo (Visiteur)

Le terme "comportementalisme" recouvre de nombreux concepts variés. Nous faisons ici allusion aux thérapies comportementales et cognitives, qui visent à une meilleure connaissance des bases psychologiques de ses propres comportements et de ses pensées anxieuses, pour parvenir à les modifier par soi-même. Les TCC sont les traitements reconnus et recommandés dans le monde entier pour soigner efficacement les phobies.

3 votes
par alex (IP:xxx.xx2.60.25) le 13 août 2008 a 14H43
alex (Visiteur)

Celui qui a écrit cet article mesure autour d’un mètre cinquante, je me trompe ?
A 2m et 18 ans aucun problème, merci :)

2 votes
par Cobalt (IP:xxx.xx5.39.129) le 1er mars 2011 a 00H12
Cobalt (Visiteur)

Les résultats de cette étude, si longtemps attendus, confirment que la grande taille est bel et bien un phénomène anatomique d’abord, psychosocial ensuite, qui concerne de plus en plus de personnes. Il est quand même frappant de voir qu’on ne commence à s’y intéresser scientifiquement que très récemment.

Ce que nous vivons est évidemment stigmatisant et source d’anxiété sociale, à mon sens le fruit principalement d’une incompréhension et d’une ignorance tout à fait regrettables. En effet, le manque cruel de sensibilisation de la part du grand public à l’égard des expériences singulières et inadaptées que la grande taille amène à vivre renforce une incompréhension, une confusion dans les représentations communes.

Il y a comme une catégorie de pensée absente pour envisager ce que vivre avec une grande taille implique concrètement, quotidiennement.

La sensibilisation au nanisme est déjà plus importante, celles concernant l’obésité ou l’anorexie restent majoritaires, mais hélas le gigantisme demeure trop rare et méconnu, laissant la voie libre à l’imaginaire et aux fantasmes les plus insensés. Même le mot gigantisme, la plupart d’entre vous n’en ont jamais entendu parler. Alors que ce terme reçoit une acception scientifique avérée et documentée.

Voici celle de l’encyclopédie médicale Larousse : Taille anormalement grande par rapport à la taille moyenne des individus de même âge et de même sexe. Plus précisément, on parle de gigantisme quand la taille est supérieure à deux écarts-types, ou déviations standards, par rapport à la courbe de croissance normale établie en fonction de l’âge et du sexe. C’est à dire 1,92m pour les hommes, 1,85m pour les femmes.

Paradoxalement, le nanisme et le gigantisme sont des attributions corporelles irréversibles. On ne peut pas maigrir de sa taille, ni prendre du poids de son nanisme, si j’ose dire. pas d’opération, pas de moyen de modifier la verticalité du corps, alors que son horizontalité est tout de même plus flexible.

Je mesure 2,10m. J’apporterai mon témoignage : Au quotidien, je vis le regard des gens, ce regard très particulier de sidération, de surprise extrême confrontant les gens à l’insolite et à une altérité radicale où l’appartenance commune à un même genre humain en arrive à être requestionnée. S’ensuivent des comportements destinés à s’approprier cette différence qui échappe et dérange, et fascine à la fois. Questions déplacées, comportements souvent irrespectueux où la retenue vole en éclat, insistance qui ne tient pas compte des limites que vous posez. Et puis il faut souligner ici l’ampleur d’un phénomène qui touche la foule. La grande taille expose aux yeux de tous, comme un coup de projecteur malgré soi, à son corps défendant.

La première personne indique à juste titre certaines expressions "plus ils sont grands plus ils sont bêtes", je rajouterais "les petits devant, les grands derrière" , sortes de dictons passés dans le langage courant qui témoignent de l’image ambiguë associée aux "grands", à la catégorie du "grand" face à celle du "petit". Il est vrai que le social contemporain a tendance à valoriser les catégories du "grand" au détriment de celles du "petit". Oui être grand, ça ne peut être que génial, fantastique, enviable, et même trop souvent, source de haine. Personne ne peut imaginer les empêchements que cette grande taille fait vivre. Vivre aujourd’hui dans une ville, c’est vivre dans un espace hypernormé. Les normes sont construites pour une utilisation du plus grand nombre, les normes sont le reflet des moyennes. Ceux qui se situent en marge de cette moyenne, les "hors-norme" sont donc par définition exclus d’un modèle qui les néglige, ou qui les inclut comme étant la marge, la déviation à la norme, le dernier centile. j’ajoute que sur ce point purement statistique trop petit ou trop grand revient au même. C’est l’écart à la moyenne qui prévaut.

Il y a donc un nombre colossal de situations socialement construites qui provoquent des empêchements divers et variés, dès lors que les 1m90 sont franchis, mais surtout la barre symbolique des 2 mètres fait basculer de l’autre côté du miroir si je puis dire. Songez par exemple à la hauteur standardisée des portes et voyez un peu l’extension de cette norme standard aux transports en commun : bus, métro, tram, avion, ou même voiture. Pour donner une idée de ce que quelqu’un de plus de 2m peut vivre, et à défaut de pouvoir vous grandir expressément, considérez à présent que l’espace autour de vous, y compris les objets, soient réduits en proportion de 20% ou d’1/5 qui est l’augmentation de proportions entre un homme de taille moyenne (1,75m en France selon INSEE 2009) et un homme de 2,10m. Considérez cette transformation honnêtement, un instant et visualisez-vous dans des tâches quotidiennes. Comment vous habilleriez-vous ? Comment dormiriez vous dans votre lit ? Comment feriez-vous la vaisselle, comment conduiriez-vous votre voiture ? Comment vous déplaceriez-vous en bus, en train ? Comment voyageriez vous en avion ? Et je ne prends que l’exemple des transports.

Heureusement, cet article scientifique montre qu’on a quand même dépassé le temps où on devait justifier à des gens qui nous écoutaient tout ébahis ce que vivre avec une grande taille voulait dire avant d’accueillir des "ah bah oui je voyais pas ça comme ça, on se rend pas compte quand même".

C’est un problème de sensibilisation à mon sens, et de reconnaissance sociale aussi. Les mentalités ont du mal à envisager le "grand" comme quelque chose de difficile, puisque "tout le monde veut être grand", il y a une résistance à penser la difficulté dans la grandeur. Ca ne peut être que merveilleux et j’insiste, enviable.

Je souhaite vivement que les scientifiques se penchent davantage sur ces questions de gigantisme et de nanisme. On a mis en évidence l’anxiété sociale du point de vue des approches TCC, peut-être que la clinique psychanalytique, si influente en France, pourrait s’y mettre aussi, et également les approches psychosociales et sociologiques.

Il y a beaucoup à dire et à écrire encore. C’est un bon début, pourvu que ce mouvement continue de se déployer.

0 vote
par Camille (IP:xxx.xx1.87.155) le 31 mai 2014 a 15H34
Camille (Visiteur)

Bonjour,

Je suis une femme d’1m82 pour 60 kg. J’adhère complètement à ce que vous venez de dire et j’ajouterai que c’est encore plus difficile d’être une grande femme car c’est normalement une caractéristique masculine. J’ai 53 ans et quand j’étais plus jeune, on me disait tout le temps que je pouvais être mannequin et je sentais dans le regard des gens de l’envie alors que mon fantasme à moi était d’avoir 10 cm de moins. Je vis très difficilement ma grande taille notamment dans mes relations sociales et pour vivre ma féminité même si j’ai réussi à me marier avec un homme de ma taille. Les gens de taille normale ne peuvent pas imaginer un seul instant les difficultés qui sont les nôtres et ont tendance à nous isoler.

Merci de votre témoignage très juste.

Camille