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Ejaculation prématurée : définition complexe

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Il n’est pas simple de définir clairement quand une éjaculation est prématurée, et le facteur temps n’est pas le seul élément décisif pour poser ce diagnostic. Ainsi, même la plus récente des définitions d’experts, plus proche de la réalité, reste imparfaite. Explications avec un spécialiste.

On estime que l’éjaculation précoce est le trouble sexuel masculin le plus fréquent, devant la dysfonction érectile. Dans une enquête menée en France en 2013, il était ainsi fait état d’un homme hétérosexuel sur deux ayant déclaré avoir été confronté à un problème d’éjaculation prématurée une fois ou l’autre.

Et un homme sur trois disait y être confronté de façon permanente. Cette dysfonction provoque souvent une importante souffrance chez celui qui en est atteint et chez sa partenaire. Toutefois, comme c’est également ressenti comme une mise en question de leur virilité et de leurs performances sexuelles par un grand nombre de personnes, le sujet reste tabou – honteux, l’homme n’ose en parler. Trop fréquemment encore, les hommes concernés ne vont ainsi pas consulter. Et un homme sur deux seulement en discute ouvertement avec sa partenaire.

Notion subjective
Dans tous les cas, connaître précisément la prévalence du trouble de l’éjaculation prématurée n’est pas aisé. En effet, pour déterminer si un homme en souffre bel et bien, encore faut-il clairement définir ce concept : à partir de quel laps de temps est-on éjaculateur précoce ? Et comment savoir quel est le temps « suffisant » avant d’éjaculer ?
Les principaux concernés eux-mêmes ont des avis fort divergents sur la question. « Ce qui semble une durée normale pour les uns, sera considéré comme trop court ou trop long par les autres », commente le Dr Francesco Bianchi-Demicheli, responsable de la consultation de gynécologie psychosomatique et de médecine sexuelle, et médecin adjoint agrégé au sein du Département de gynécologie obstétrique des HUG (Hôpitaux universitaires genevois).

« Si l’éjaculation prématurée est médicalement reconnue comme syndrome depuis plus d’un siècle, ses définitions ont évolué avec le temps et grâce à l’acquisition de nouvelles connaissances en la matière, raconte le sexologue. Mais souvent, elles manquaient de véritables critères scientifiques, d’où certaines confusions. »

Nouvelle définition
L'International Society of Sexual Medicine (Société internationale de médecine sexuelle - ISSM), la référence en la matière, a donc proposé une nouvelle définition, basée sur des observations cliniques, publiées fin mai 2014 dans Sexual Medecine et Journal of Sexual Medecine. Cela afin de permettre un meilleur diagnostic de cette dysfonction sexuelle.
Les spécialistes ont ainsi défini :

  • Pour la forme primaire (présente dès la première expérience sexuelle) de l’éjaculation prématurée : une dysfonction sexuelle masculine, caractérisée par une éjaculation survenant toujours ou presque toujours avant ou en environ une minute de pénétration vaginale.

OU

  • Pour la forme secondaire (acquise après une sexualité sans problème) : une réduction cliniquement significative du temps de latence éjaculatoire, souvent avant ou en 3 minutes de pénétration vaginale.

ET

  • L’incapacité de contrôler, retarder l’éjaculation pendant toutes ou presque toutes les pénétrations.

AINSI QUE

  • Des conséquences négatives personnelles pour l’homme, telles une souffrance personnelle, une crainte, une frustration et/ou l’évitement de l’intimité sexuelle.

Définition réductrice
Le Dr Bianchi-Demicheli commente ainsi cette dernière-née des définitions de l’éjaculation prématurée : « Elle tient compte d’une certaine durée – jusqu’à 3 minutes pour le trouble secondaire. Mais cela exclut les autres éléments, importants, impliqués dans cette dysfonction, ainsi que les hommes dont l’éjaculation a lieu plusieurs minutes, voire bien plus longtemps après la pénétration, et qui s’estiment tout de même précoces et sans un bon contrôle sur leur éjaculation. A l’inverse, un certain nombre d’hommes éjaculent avant ce laps de temps tout en estimant bien se maîtriser. « Dans certains pays ou cultures éjaculer rapidement est plutôt un signe de virilité. Cette subjectivité de la notion de durée a d’ailleurs été révélée dans diverses enquêtes et tests chronométrés auprès de milliers d’hommes », note le sexologue.
« De plus, poursuit-il, la nouvelle définition de l’ISSM implique qu’il y ait pénétration et qu’elle soit vaginale. Ce qui exclut d’emblée d’autres éléments du contexte du rapport sexuel influant sur l’éjaculation – avec sa partenaire, une autre femme, en se masturbant, ou avec d’autres formes d’activité ou pratique sexuelle – tout comme les rapports homosexuels. »

Trois facteurs de diagnostic
Pour le Dr Bianchi-Demicheli et une série d’autres experts, aujourd’hui, les trois piliers pour poser clairement le diagnostic d’éjaculation prématurée devraient donc être :

1) Une courte latence d’éjaculation (1 minute ou moins pour le trouble primaire, 3 minutes ou moins si le trouble est acquis).

2) La perception d’un clair manque de contrôle ou l’incapacité de retarder l’éjaculation.

3) La souffrance personnelle significative et les difficultés interpersonnelles engendrées chez l’homme et/ou sa partenaire liées au trouble.

Une maladie qui se soigne
Quel que soit votre problème d’éjaculation, n’hésitez pas à consulter un spécialiste (urologue, médecin sexologue) si cela vous préoccupe, ou lorsque cela se répète pendant quelques mois ou à chaque rapport sexuel. Car il s’agit non pas d’un manque de performance, mais d’une maladie, et qui peut être soignée. Avec les traitements actuels (médicaments, sexothérapies, etc.) à disposition, les résultats thérapeutiques sont ainsi très satisfaisants.

© Ellen Weigand, www.masexualite.ch

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