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Un jour, je n’ai plus eu faim
Un jour, je n'ai plus eu faim
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10 novembre 2011
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Eixerona, 11 articles (Rédacteur)

Eixerona

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Un jour, je n’ai plus eu faim

Un jour, je n'ai plus eu faim

Hier on m’a posé une question assez pertinente, est-ce que je serais devenue anorexique si j’avais été maigre à la base. La réponse est oui. L’anorexie ce n’est pas une histoire de poids mais une histoire de mal être. La perte de poids en est la conséquence.

Dans la famille on est mince naturellement et on a les os fins. Si à un moment donné dans mon adolescence j’ai pris un peu trop de kilos c’est tout simplement parce que je n’allais pas bien et que j’ai compensé en mangeant des cochonneries. En plus à cette époque je ne mangeais pas du tout de légumes.

Mon alimentation une fois remise dans le droit chemin j’ai toujours pu me faire plaisir sans pour autant prendre 3 kg. Bien entendu il y a se faire plaisir et se faire plaisir. Il y a avoir une alimentation variée et s’avaler de temps en temps des barres chocolatées, des madeleines ou un paquet de gâteau, là pas de soucis on garde la ligne, mais si on ne mange que ça et en grande quantité il y a une prise de poids c’est logique.

A cette époque-là j’étais plutôt bien dans mon corps (j’étais en seconde) mais par contre mon médecin traitant de l’époque lui prenait un malin plaisir à me peser à chaque fois que je le voyais et à me dire que je devais faire attention. Ce monsieur moralisateur et culpabilisateur à contribuer à nourrir l’anorexie qui se profilait doucement mais surement.

Oui parce qu’un an plus tard, quand ça n’allait pas j’ai mis un peu ça sur mon poids qui était pourtant plus que normal. Mais la société ne fait-elle pas rimer bonheur et minceur ? Je ne voulais pas perdre beaucoup. Un kilo, puis un autre parce que j’étais trop contente de la facilité avec laquelle j’avais perdu le premier. Une fois mes 46 kg atteints j’étais contente et presque satisfaite (Mon objectif de base était quand même 48 kg.) On ne va pas dire que c’était le grand amour avec moi-même, mais l’équilibre n’était pas trop mauvais. D’ailleurs je ne me pesais pas souvent.

Une chose est certaine, je ne voulais pas ressembler à Kate Moss, je ne voulais en aucun cas être maigre et décharnée. Je voulais juste être jolie et heureuse.

Moralement parlant je me suis enfoncée dans la dépression (ma première terminale). Trop de responsabilité sur mes épaules, sensation d’être abandonnée, angoisses inexplicables. J’ai perdu l’appétit sans m’en rendre compte. Je ne cherchais absolument pas à perdre du poids à ce moment-là. Je n’avais simplement plus faim. J’ai perdu ma faim comme j’ai perdu ma joie et mon envie de vivre.

Le jour où ma mère m’a pesé de force car elle me voyait fondre j’ai été plus que surprise de voir 43 kg, puis deux jours après 40 kg à peine. Je n’ai jamais compris comment les kilos s’étaient envolés. Moi j’étais loin de cette histoire de chiffre. Je ne cherchais pas à atteindre à un idéal. En plus j’étais persuadée de manger en quantité suffisante alors que je picorais comme un oiseau.

Il y avait vraiment un énorme décalage entre la réalité et moi.

 

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C’est quand on a m’a sorti de force du déni de l’anorexie que les choses se sont corsées. Bon je n’avais toujours pas faim. On m’a forcé la main pour que je prenne du poids en me brandissant la menace extrême : l’enfermement et le gavage.

Moi je m’en foutais de peser 40 ou 42 kg. Alors j’ai repris deux foutus kilos pour qu’on me foute la paix. A l’hôpital ils étaient contents, persuadés que j’allais mieux.

Je me suis toujours débrouillée pour « maitriser » mon poids. Ne pas prendre, mais ne pas perdre. Je ne voyais pas l’intérêt de passer en dessous d’un certain poids si c’était pour se retrouver hospitaliser de force et gaver. Mais ce qui me faisait le plus peur, c’était être enfermée et ne voir personne. J’allais déjà pas bien, j’avais besoin de ma famille pas d’être enfermée entre 4 murs.

J’ai mis un certain temps à sortir du déni.

Mais une fois sortie la peur de grossir est apparue. Ainsi que la peur de ne plus parvenir à maitriser mon alimentation donc ma vie et mes sentiments. J’ai commencé à regarder tous les reportages sur l’anorexie, à livre sur l’anorexie. J’étais perdue entre l’envie d’aller mieux et la tyrannie de la maladie. J’ai commencé à aimer la maigreur alors que j’avais toujours détesté ça. J’aimais avoir le ventre vide. Je mentais sur ce que je mangeais pour n’inquiéter personne. J’étais incapable de manger normalement et de me faire plaisir. J’ai commencé à faire de plus en plus de sport. J’ai sombré de plus en plus dans la dépression.

J’étais piégée dans un cercle vicieux des plus infernales.

Quant à la faim elle est revenue un jour, quand la restriction cognitive s’est envolée. Mais l’anorexie elle est restée et là c’est devenu encore plus infernal car les compulsions se sont invitées. Autant avant je pouvais avoir une réserve de nourriture au cas où comme les écureuils, autant à partir de ce moment-là je me transformais en un monstre affamé qui aurait été capable de tuer pour pouvoir manger avec une culpabilité des plus pesantes pour une tablette de chocolat.

L’anorexie je crois que c’est essentiellement la perte de la faim de vivre.

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Eixerona
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