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Troubles alimentaires : Totalement décalée
Troubles alimentaires : Totalement décalée
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11 septembre 2015
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SabrinaTCA92, 16 articles (Association)

SabrinaTCA92

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Troubles alimentaires : Totalement décalée

Troubles alimentaires : Totalement décalée

« Par l’éveil de leur conscience, les hommes et les femmes qui sont prêts à exhumer leur histoire des ténèbres de l’oubli pourront apporter plus de lumière et de clarté dans le ciel sombre de notre monde déchiré  » (Alice Miller).

Bon nombre de jeunes filles anorexiques ne comprennent pas leur sentiment de décalage permanent. Qualifiées de « brillantes » elles racontent souvent s’ennuyer à l’école, elles trouvent que les autres sont un peu trop lents et se décrivent en revanche comme des bêtes de travail. En société c’est la même chose : elles ont l’impression de subir le « ronron » quotidien. Les conversations paraissent futiles, les préoccupations du commun des mortels ne les intéressent pas. Elles veulent plus. Elles veulent autre chose. Que veulent-elles ? Elles ne le savent pas elles-mêmes…

Le mal-être est pourtant bien réel. Au point de se laisser mourir parfois.

 

« Des questions restent encore en suspens aujourd’hui. Ne penser qu’à la bouffe est très vite devenu le moyen d’éviter de se poser les bonnes questions sur moi ou sur mon sentiment de décalage par rapport au monde  ». 

Cette phrase écrite dans L’âme en éveil, le corps en sursisest d’une justesse…

Face au vide, que faire ? La nourriture apparaît comme la solution. L’angoisse et le vide sont trop forts, autant essayer de le combler avec ce qu’on peut. Ce n’est pas la nourriture qui pose problème, c’est la relation que l’on a avec elle. Apprendre à bien manger ne vous apprendra pas à gérer les émotions et à comprendre d’où vient l’angoisse.

J’ai longtemps culpabilisé de me sentir en total décalage. Je parle de sentiment d’exil. La culpabilité nous colle à la peau. « J’ai tout pour être heureuse », « je n’arrive pas à me contrôler », « je fais souffrir mon entourage », « je ne suis pas comme tout le monde ». Aujourd’hui je ne dis pas que je ne me sens plus en décalage, c’est encore souvent le cas, mais je l’accepte car je le comprends (mieux). Un médecin m’a dit un jour que j’étais « hors norme ». A-normale ?

Au collège j’avais beaucoup de facilités. Je me souviens de notre professeur d’histoire géo en classe de troisième qui nous avais donné 300 définitions de 4 ou 5 lignes chacune à apprendre par cœur. Je les ai apprises en quelques jours ; j’ai eu un 20/20 quand d’autres camarades ont ramé pour accrocher la moyenne. Les poésies en primaire que je n’avais pas besoin d’apprendre après l’école : j’avais écouté en classe et je les avais retenues. Quand la maladie est apparue dans ma vie je terminais le lycée. J’ai passé tous mes examens en séchant près d’un jour sur deux pour me « consacrer » à la maladie. Je rattrapais facilement les cours…

J’ai du mal avec la notion d’intelligence. Pour moi le seul QI ne veut rien dire. Je me suis davantage intéressée à l’intelligence émotionnelle qui me semble bien plus pertinente qu’un chiffre qui évalue l’état de santé de vos neurones à l’instant T. On m’a proposé plusieurs fois de passer le test mais je ne le souhaite pas (c’est bien trop effrayant, si je me plante je serai une imbécile at vitam eternam !). Au bout du troisième psy qui me parle de surdon je me suis un peu penchée sur la question. Il m’a indiqué un livre sur le sujet que j’ai lu avec attention. Instructif… Si j’ai du mal avec la notion d’intelligence je suis à mille lieues de parler de surdon. Ce serait faire injure à ma nullité en maths notamment. Il y a certaines choses qui m’ont néanmoins parlé, la pensée en arborescence par exemple. 

« Une fille trop douée, qui fait trop de ça et à qui on demande peut-être trop ! Cette fille-là présente clairement un profil à risque ».

L’âme en éveil

Cécile Bost, dans son ouvrage « Différence et souffrance de l’adulte surdoué », explique la chose suivante : on élude totalement la condition des adultes qui vivent avec le surdon, tant au niveau des thérapies que du monde du travail. Ceux-ci, qui ne comprennent souvent pas eux-mêmes ce qui cause leur malaise, ont pourtant beaucoup de mal à vivre les paradoxes qui les composent… Elle parle de ce « trop » ou « pas assez » qu’on leur renvoie alors même qu’ils tentent désespérément de se fondre dans le décor et ne se voient pas comme si différents ou n’identifient pas en quoi ils fonctionnent différemment. Si le sentiment de décalage vient effectivement de cette différence alors je possède un surdon car je ne compte plus le nombre de fois où l’on me rappelle que tout le monde ne fonctionne pas comme moi (dans le genre à vouloir aller un peu trop vite).

J’ai passé des années à me « forcer » à entrer dans le moule. « J’ai dû accepter mon « anomalie ». Moi la malade, la dépressive, l’anorexique qui devait se résoudre à revenir jouer les moutons de Panurge dans ce « grand parc d’attractions où les terriens s’ennuient mortellement 13 ». Sans mettre les mots dessus, j’avais perçu en moi un ennui de longue date dans ce monde superficiel. Un monde auquel je me sentais étrangère  » (L’âme en éveil).

Récemment j’ai repris un travail, le même que celui que j’ai quitté pour me consacrer à ce qui fait sens pour moi. Comment expliquer à des collègues adorables mon état interne ? Ils ont vu un grand sourire et une personne se débrouillant pas trop mal sur ce poste… 

Le processus créatif et le sens que je donne au travail que je produis sont importants pour moi. S’il manque ces composantes essentielles je souffre intérieurement. Je vais tâcher de trouver quelque chose qui me correspond davantage maintenant que je connais mieux mon fonctionnement. Etre un peu « décalée » ne me fait plus peur. Même mon humour (presque aussi décalé que moi) est plutôt bien toléré. Je crois que l’important est de savoir s’entourer de personnes qui nous ressemblent et nous comprennent. C’est bien connu, plus on est de fous et plus l’on rit.

« Les êtres qui ont dû cacher leur véritable Soi aux autres et à eux-mêmes se sentent poussés avec force à renverser les anciennes barrières, même si cette première échappée est liée à une grande angoisse  » (Alice Miller)

On ne guérit que de l’idée que l’on s’est fait de soi…

Sabrina Palumbo

SOURCES

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