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Manger comme les hommes des cavernes ?
Manger comme les hommes des cavernes ?
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25 juillet 2012 | 4 commentaires
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Béatrice de Reynal, 207 articles (Nutritionniste)

Béatrice de Reynal

Nutritionniste
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Manger comme les hommes des cavernes ?

Manger comme les hommes des cavernes ?

La moitié des Américains est au régime car trop grosse ou obèse ; l’autre moitié a laissé tomber ou est boulimique ou en « binge eating desorders »…

Voilà où nous a mené la modernité, le progrès, et la trop grande rapidité avec laquelle nous choisissons de mener nos vies impatientes.

Ne me parlez pas du passé : c’est tout simplement ridicule et puéril. Qui a envie de manger comme les Français des années 1900 ? Les 4/5e d’entre nous dépenseraient alors la presque totalité de leurs revenus dans l’alimentation, à la qualité sanitaire incertaine, le reste à se gaver dans de la porcelaine et du cristal. Espérance de vie : 40 ans au mieux.

Ne me parlez pas de la préhistoire non plus : les hommes des cavernes ou des grottes avaient pour obsession quotidienne de se nourrir, surtout aux mauvaises saisons. Ils étaient par manque de force ou de gibiers au régime "plantes sauvages" et ça, pour la purge et le régime, c’est vraiment top. Espérance de vie : 16 ans.

Alors ? Nostalgique ?

Les scientifiques ont dépensé bien des carrières à étudier des éclats de mâchoires, des parcelles de molaires… ils nous ont construit des profils d’ancêtres forts, costauds, excellents chasseurs de « big 5 », armés astucieusement… de vrais machos. Mais la réalité semble être toute autre si on lit la dernière publication[1] : nos ancêtres, entre quelques maigres racines, amélioraient l’ordinaire de quelques charognes, de vers ou autres limaces courant à peine plus vite qu'eux.

La révolution ne vient pas de nouvelles découvertes par les archéologues, mais du contexte.

Regardons le tube digestif : ce n’est pas le plus court chemin entre la bouche et l’anus. C’est pourtant une pièce maîtresse de l’évolution d’adaptation d’une espèce à son environnement. 

A travers la bouche, où il est mâché et déjà attaqué par la salive, le bol alimentaire est hydrolysé et broyé dans l'estomac, où une grande partie de la digestion des protéines se produit. Ensuite, sur le bas de l'intestin grêle, les sucres simples sont absorbés. Dans le gros intestin, les glucides comme la cellulose, le composé végétal le plus répandu sur la Terre, sont utilisés par la flore. Ce système a évolué de manière à nous fournir autant de calories que possible.

Les tripes sont significatives selon l’espèce considérée. Lors de l'examen de grandes innovations de l’évolution, Darwin étudiait les becs, mais il aurait pu tout aussi bien se concentrer sur l'intestin ou même seulement, sur le colon. Un bec peut ramasser quelque chose, peut-être l'écraser. Un colon peut extraire de l’énergie d’un peu de fruits pourris ou d'une feuille...

Les carnivores comme les lions ont un estomac lisse assez grand pour contenir la croupe d'une petite antilope. En eux, les muscles de la proie sont broyés pour en sortir la protéine dont ils sont faits. Les estomacs de certains herbivores ont des villosités aussi denses que des cheveux, abritant des milliards de milliards de bactéries. L'estomac d'une vache est une sorte de fermenteur géant dans lequel les bactéries produisent d'énormes quantités d'acides gras spécifiques que la vache peut facilement utiliser ou stocker.

Chez d'autres espèces, l'estomac existe à peine et la fermentation a lieu dans un intestin démesuré.

Nos tripes à nous sont remarquablement similaires à ceux des chimpanzés et orangs-outans (les gorilles sont un peu spéciaux) qui sont remarquablement similaires à ceux des autres grands singes, qui sont, à leur tour, pas très différents de ceux de la plupart des singes.

Comme le dit Gregor Yanega à Pacific University « Nos tripes sont spéciales parce qu'elles sont moins spécialisées ».

Chez le colobe noir et blanc, l'estomac est comme un ballon de fermentation géant, un peu comme celui de la vache. Chez les singes hurleurs mangeurs de feuilles, le gros intestin est devenu élargi et joue un rôle similaire. Le tube digestif varie énormément, mais dans la plupart des espèces, les choses ne sont pas si complexes.

Un estomac non élaboré décompose les protéines, un petit intestin simple absorbe les sucres et un gros (mais pas énorme) fermente le matériel végétal qui reste.

Nos tripes ne semble pas être labellisées « tripes hominidés », mais plutôt « tripes de singe ».

Une seule distinction avec les autres primates, mis à part un appendice légèrement élargi, c'est que nous avons l'intestin un peu moins grand, donc un peu moins efficace, ce qui nous prédisposerait à nous adapter à n'importe quel régime ou norme culinaire, avec juste une propension supérieure à nous faire péter !

Alors qu'est-ce que les primates vivants mangent ?

Les régimes de presque tous les singes sont composés de fruits, noix, feuilles, insectes, et parfois un casse-croûte composé d'un oiseau ou d’un lézard. Ils ont la capacité de manger des fruits sucrés, des feuilles et de la viande… Mais moins de 3 % en moyenne chez les Chimpanzés.

La majorité de la nourriture consommée par les primates d'aujourd'hui et des trente dernières millions d'années est végétale et non animale.

Nous avons donc des tripes plus tournées vers le végétal que l’animal.

Et s’il est vrai que nous avons, par rapport aux primates, un cerveau exceptionnel, des mains particulièrement habiles, etc. Nos tripes, elles, sont extrêmement banales, depuis des milliers d’années, se satisfaisant de végétaux, avec rarement, un « humburbird » les jours de fête.

La plupart des prosimiens étaient probablement carnivores. Ils mangeaient de la viande, mais la plupart de cette viande provenait d'insectes.

Les hominidés et les humains ont passé plus de temps à manger des végétaux que de la viande : leurs corps, sinon, auraient évolué pour être en mesure de mieux digérer la viande.

Avec l'agriculture, certaines populations humaines ont évolué en ajoutant des copies supplémentaires de gènes codant pour l’amylase, afin de mieux profiter de sources végétales d’amidon.

Avec l'agriculture, plusieurs populations humaines ont évolué vers la persistance de la lactase (qui digère le lactose) afin d'être en mesure de profiter du lait, ce qui est un avantage concurrentiel et évolutif immense.

Avec l'agriculture, les qualités de nos intestins semblent avoir évolué aussi. Certaines populations au Japon ont un genre de bactéries dans leurs tripes, qui permet de mieux tirer profit nutritionnel des algues, une denrée alimentaire qui est devenue populaire avec le régime post-agricole japonais.

Avec l'agriculture, les corps humains ont changé.

Tout cela signifie que si vous voulez manger comme avant, votre corps ne sera plus adapté.

Si vos ancêtres étaient des producteurs laitiers, vous pouvez boire du lait à l'âge adulte sans peine. S’ils ne l’étaient pas, alors abstenez-vous. Européens, oui. Asiatiques, non.

Cessons de vouloir l’herbe qui est dans le pré d’à côté. Non, les Japonais n’ont pas raison. Ils ont raison de consommer ce qu’ils consomment s’ils sont japonais. Leurs habitudes ne sont pas exportables.

Avec un peu de chances, en mêlant la génétique et l’épigénétique, en considérant notre patrimoine génétique dans son ensemble, nous pouvons espérer avoir toutes les potentialités d’adaptation à toutes sortes de régime alimentaire.

Nous avons des trillions de réserves microbiennes qui peuvent nous assister dans ce travail. L’ère du microbiome est arrivé.

La transplantation fécale sera-t-elle la solution thérapeutique pour demain ?...

POST-SCRIPTUM

  • Merci à Joanna Lambert à l’Université du Texas, San Antonio et Vivek Fellner à la North Carolina State University, et Rob Dunn département de biologie à l’Université North Carolina State.

     Campbell C, Fuentes A, MacKinnon KC, Panger M, et S Bearder (eds) : Les primates en perspective, 2e édition, Oxford University Press ou Lambert, JE (1998) la digestion des Primates : les interactions entre l’anatomie, la physiologie et l’écologie alimentaire. L’anthropologie évolutionnaire. 7 (1) : 8-20.

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Nutrition & Régimes
Mots-clés :
Aliments Nutrition Singe
Commentaires
7 votes
par Trophy35 (IP:xxx.xx9.124.107) le 25 juillet 2012 a 16H29
Trophy35 (Visiteur)

Le 13 mars 2009 au Medec à Paris (salon de la médecine), l’Association Française Interprofessionnelle des fruits et légumes à Destinations Multiples (Afidem), c’est-à-dire les fabricants de compotes et fruits au sirop invitait les médecins à « découvrir les bienfaits nutritionnels des compotes et fruits au sirop ». Objectif avoué : persuader les médecins et leurs patients que les fruits frais et les fruits au sirop, c’est du pareil au même. Cette intéressante initiative faisait l’objet d’une conférence payée par l’Afidem, à laquelle participait le Dr Michel Chauliac, au double titre de « directeur du PNNS » et de « la Direction générale de la Santé à Paris ». Elle était animée par Béatrice de Reynal, qui se présente volontiers comme « nutritionniste » mais dirige en réalité une société de conseil en communication pour l’industrie agro-alimentaire appelée Nutrimarketing qui compte parmi ses clients outre l’Afidem, Andros, Bonne Maman Biscuits, Danone, Bongrain... Tout est dit

4 votes
par Madmatt (IP:xxx.xx4.8.210) le 25 juillet 2012 a 16H48
Madmatt (Visiteur)

C’est moi ou vous oubliez que l’homme a acquis la capacité à cuire les aliments, et notamment la viande ? Car digérer de la viande cuite est bien plus simple que de la crue. Ainsi les besoins d’adaptation de notre système digestif ont été modifié.

1 vote
(IP:xxx.xx5.55.146) le 26 juillet 2012 a 09H53
 (Visiteur)

Il faut avoir de l’estomac pour lire, l’article !

0 vote
par Loïc (IP:xxx.xx5.51.97) le 30 juillet 2012 a 23H29
Loïc, 28 articles (Manger Cru)

Il y a dans cet article beaucoup d’affirmations qui relèvent du préjugé ou sont sans fondement scientifique. C’est le cas de cette affirmation : « les hommes des cavernes ou des grottes avaient pour obsession quotidienne de se nourrir, surtout aux mauvaises saisons  » Ce que l’on sait des peuples primitifs de toutes les régions du monde infirme de tels propos. Les chasseurs-cueilleurs ne consacrent qu’un peu moins de deux heures par jour pour assurer leur subsistance et ce, quelque soit l’époque de l’année. Historiquement, les « mauvaises saisons  » sont apparues avec l’agriculture. En effet, celle-ci tend à réduire la palette alimentaire à quelques aliments de base, notamment le blé ou le riz au point que, lorsque les récoltes sont insuffisantes, des famines surviennent. D’ailleurs, comme vous le signalez, nos ancêtres étaient « forts, costauds, excellents chasseurs  ». Comment pourraient-ils dans ce cas être misérables, survivant de « quelques maigres racines, améliorant l’ordinaire de quelques charognes, de vers ou autres limaces courant à peine plus vite qu’eux  » ? C’est un contre-sens manifeste.

Autre affirmation litigieuse, celle concernant l’espérance de vie, 16 ans selon vous. Si tel avait été le cas, nous ne serions pas là pour en débattre. Faute de moyen scientifique permettant de faire parler les squelettes quand à l’âge du décès, il n’est pas possible de dire quelle était la durée de vie des humains préhistorique.

Enfin ces affirmations discutables qui consistent à dire qu’avec l’agriculture, nos intestins ont évolués et que vous concluez par cette affirmation péremptoire : « Avec l’agriculture, les corps humains ont changé. Tout cela signifie que si vous voulez manger comme avant, votre corps ne sera plus adapté.  ». Mes parents, grand-parents, arrières-grands-parents, ont été agriculteurs. Pour autant, mon système digestif a très bien supporté de revenir à une alimentation paléolithique du jour au lendemain. Je dirais même qu’il s’en est porté que mieux.