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Malbouffe : Pourquoi est-ce si compliqué de lutter contre ?
Malbouffe : Pourquoi est-ce si compliqué de lutter contre ?
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4 septembre 2013
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TSLMP, 18 articles (Ingénieur en agroalimentaire)

TSLMP

Ingénieur en agroalimentaire
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Malbouffe : Pourquoi est-ce si compliqué de lutter contre ?

Malbouffe : Pourquoi est-ce si compliqué de lutter contre ?

Qu’est-ce que nous entendons par malbouffe ? Ce que les anglais entendent par « Big Food », comme décrit dans cet article scientifique (traduit de l’anglais). « Le terme « Big Food » désigne les sociétés transnationales et autres grandes sociétés qui contrôlent de plus en plus la production et la distribution de produits ultra-transformés à travers le monde. Ces produits sont créés à partir de substances extraites d'aliments entiers, comme par exemple avec des pièces bon marché d'animaux, des ingrédients peu coûteux, comme l’amidon, les sucres, les graisses et les huiles raffinés, mais aussi des conservateurs et autres additifs. Les produits sont formulés pour être intensément agréable au goût et pour tromper les mécanismes de contrôle de l'appétit du corps. Beaucoup de ces produits, bien qu’autorisés, sont en fait des contrefaçons, faites pour ressembler et avoir le goût de la nourriture saine. Ils sont formulés et emballés pour avoir une durée de vie longue et pour éliminer la nécessité d'une préparation culinaire. Ils peuvent être consommés partout, immédiatement ou presque immédiatement, et dispensent souvent de la nécessité de tables, de chaises, de vaisselle, de couverts et de verres. Ils sont donc souvent qualifiés de produits « fast food » ou de commodité. Certains produits ultra-transformés, tels que le pain et les saucisses, ont fait partie des habitudes alimentaires dans de nombreux pays bien avant l'industrialisation. D'autres, comme les hamburgers, chips, biscuits, bonbons, nuggets, barres énergétiques et boissons sucrées gazeuses et autres, sont plus récents, au moins dans la quantité maintenant fabriquée. »

De notre point de vue, tous les acteurs impliqués dans l’alimentation en France et dans les pays développés en particulier, ont un certain intérêt à l’existence de la malbouffe.

Commençons par les industriels. Evidemment, ce sont eux qui sont à la base de la malbouffe, si on met entre parenthèses le paysan, qui n’a plus vraiment son mot à dire, ainsi que les fournisseurs, qui répondent aux exigences des industriels. Il y a aussi dans ce groupe les compagnies qui font du marketing et cherchent à vendre la malbouffe mais aussi les restaurants, en particulier la restauration rapide, et les distributeurs. Tous ces gens vivent de notre alimentation. Un industriel cherche simplement à faire en sorte que son produit se vende, et comme nous l’avons vu ailleurs sur ce blog, les gens sont naturellement attirés par le gras et le sucre. Le sel est également un ingrédient indispensable. Les additifs ont eux aussi leur place dans une usine, qu’il s’agisse d’un additif pour que la sauce glisse plus facilement dans les tuyaux, ou bien d’un additif qui colore un produit, par exemple. Les industriels font des études très poussées pour trouver ce qui plaira à leurs clients, tout en prenant soin de faciliter la préparation et assurer une date de péremption assez longue, pour que le produit soit distribué aux 4 coins du pays, voire du monde. Cela ne changera pas, puisque le but d’une entreprise est de répondre aux exigences des actionnaires, donc de vendre toujours plus, toujours plus cher aux clients, pour toujours moins cher en fabrication. Si une entreprise faisait des produits frais, avec peu de transformation, il faudrait quand même que le produit présente un avantage pour que le consommateur l’achète, et il faudrait quand même que tout ça se conserve assez longtemps.

Il y a ensuite les consommateurs. Les gens ont peu de temps pour préparer leur nourriture, nous pensons par exemple à quelqu’un qui n’a que 30 minutes de pause à midi. Il faudrait que la personne puisse trouver le temps de cuisiner en 30 minutes, ce qui semble difficile, ou bien qu’elle cuisine la veille. Mais même la veille, les gens ont d’autres activités qui passent avant la préparation de la nourriture, surtout qu’il existe une industrie qui prépare à notre place. Ce changement est apparu après les deux grandes guerres, à partir du moment où les femmes sont allées travailler. Rien de sexiste là dedans, puisque c’est une femme qui rédige cet article aujourd’hui. Juste un constat bien connu et étudié. La femme est allée travailler, ce qui a permis à la famille d’avoir plus de revenus, de vivre une vie plus confortable et d’avoir des loisirs et de reléguer les tâches ménagères à des machines (machine à laver ou lave-vaisselle par exemple), à d’autres personnes (employés de maison), ou à l’industrie (agroalimentaire par exemple). Aujourd’hui, on vit globalement dans le confort. Le problème c’est que les tâches ménagères sont vues comme des corvées, là où la cuisine, par exemple, telle que pratiquée jusque dans les années 1970, était plutôt saine à la santé (en excluant les cas de guerre). Les consommateurs veulent manger sain, mais ne veulent pas prendre le temps de manger sain. C’est un peu contradictoire. Il semble qu’il y ait tout de même un moment où les gens changent un peu leurs habitudes : quand ils ont le cancer ou le diabète par exemple, qui les poussent à revoir leur alimentation. Avec la malbouffe, les consommateurs y gagnent aussi car ils peuvent payer moins cher pour leur alimentation car l’industrie fournit des produits bon marché. Par conséquent, ils ont plus d’argent disponible pour les loisirs.

L’autre problème du consommateur, c’est que moins nous payons d’impôts, plus nous sommes contents. Nous ne voyons pas le système dans son ensemble. Nos impôts permettent, dans le cas de la malbouffe, de garder, voire de créer, des emplois dans le gouvernement, pour que les professionnels de la santé nous défendent face aux géants de la malbouffe. Malheureusement aujourd’hui, les chercheurs et autres professionnels de santé sont obligés de lier des contacts et d’être financés en partie par les industries. C’est donc un peu évident que l’industrie soit infiltrée dans les décisions de santé. Nous avions décrit ailleurs comment les experts qui élaborent les références nutritionnelles en France travaillent également pour Danone, Lactalis ou Nestlé. On peut légitimement se demander s’ils favorisent les produits de ces industries, vu le conflit d’intérêt évident qui existe.

Maintenant, parlons du gouvernement. De son côté, moins il paye de personnes, moins il demandera d’impôts aux citoyens. Si les industriels apportent un peu de soutien financier, c’est toujours ça de moins à payer, surtout dans un pays en crise économique. Pourquoi le gouvernement pousserait les industriels à s’écarter des décisions ? Voici une anecdote qui illustre clairement les choses, provenant du mémoire de Paul Scheffer, chercheur français qui s’intéresse à la question du conflit d’intérêt entre la santé et l’agroalimentaire :

« Nous retrouvons le président de l'ANIA (Association Nationale de l'Industrie Agroalimentaire) Jean-René Buisson au carrousel du Louvre pour les deuxièmes assises de l'industrie agroalimentaire pas du tout prêt à faire des concessions : « Nous sommes la première industrie du pays et je crois que manifestement ce n'est pas encore bien compris. Avec un chiffre d'affaires de 145 milliards d'euros, nous sommes véritablement les pépites de l'économie française. Malgré ces atouts nous avons en ce moment beaucoup de soucis et notre mission c'est de faire savoir à la communauté politique, communauté scientifique, communauté médiatique que trop c'est trop. La ministre de la santé fait une conférence de presse non concertée sans avoir contacté qui que ce soit dans ce domaine, annonce qu'elle veut revoir les problèmes de publicité au niveau des enfants, qu'elle envisage de supprimer les produits sucrés en sortie de caisse, on va où ? Est-ce qu'il faut que nous mettions nos usines hors de France, est-ce qu'il faut que nous arrêtions de rester dans ce pays au niveau de la première industrie du pays, du premier exportateur, nous nous posons véritablement la question. Où allons-nous, est-ce que c'est aux établissements publics qui se taxent de libéralisme d'organiser les linéaires des distributeurs ? (...) et s'il le faut nous changerons de méthode, cela marche pas mal pour les taxis, s'il faut le faire aussi on a beaucoup de camions. » Et c'est ici qu'intervient le lobbying, en cédant la parole lors de ces assises au ministre de l'agriculture et de la pêche, Michel Barnier, sur ces mots : « avant de lui laisser la parole, je voudrais lui dire que nous comptons beaucoup sur lui, il sait pourquoi il vient de l'entendre, j'espère. »…

A vous de juger.

Il y a aussi l’industrie pharmaceutique. S’il y a de la malbouffe, il y a des malades, ce n’est donc évidemment pas cette industrie qui va lutter contre la malbouffe. Bien au contraire, plus les consommateurs mangent mal, plus il aura de malades, plus l’industrie pharmaceutique pourra vendre ses médicaments.

Il reste enfin les professionnels de la santé. Ils sont là pour soigner. Le problème c’est que la plupart des programmes qui forment les diététiciens ou même les médecins, sont infiltrés par l’industrie de l’agroalimentaire ou l’industrie pharmaceutique. L‘argument avancé est que si les diététiciens nouent des liens avec l’agroalimentaire, ils peuvent essayer de changer les choses de l’intérieur. Et puis, les entreprises permettent parfois de payer des bourses aux étudiants, comme la fondation Kellogg (celle des céréales petit déj), qui m’avait été recommandé lors de mon stage non rémunéré à l’ONU. Pour information, je travaillais sur les politiques alimentaires et nutritionnelles de l’ONU, et j’ai refusé de postuler à cette bourse, j’y voyais un conflit d’intérêt. Mais la plupart du temps, le lien n’est pas clair. Par exemple, sur les salons de diététique, que les étudiants vont visiter, les enseignants n’expliquent par ce qui est scientifiquement accepté par la communauté internationale, et ce qui est seulement vanté par les industries. Les étudiants visitent des stands, mais ne peuvent pas faire la part des choses puisqu’ils apprennent. Par exemple, peut-on considérer Mc Donald comme faisant de la bonne nourriture, si, sur un stand d’un salon de diététique, ils proposent seulement des salades de fruits et des smoothies ? Pas vraiment, alors imaginez un peu si c’est un produit ou une marque qu’un étudiant ne connait pas : il se laissera certainement convaincre. Nous vous invitons à lire le mémoire de Paul Scheffer qui détaille le problème en France. Je (Mélissa), travaille notamment sur ce sujet pour mon doctorat.

Finalement, tout le monde a à y gagner s’il existe de la malbouffe. La seule chance qu’il reste de se sortir de ce cercle, c’est qu’à tous les niveaux, les gens se soulèvent et refusent d’être prisonniers de ce système… Ça commence par nous, et par vous, qui lisez cet article.

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