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Le surpoids et la disparition de notre culture alimentaire
Le surpoids et la disparition de notre culture alimentaire
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9 octobre 2009 | 6 commentaires
Auteur de l'article
Florian Saffer, 56 articles (Diététicien Nutritionniste)

Florian Saffer

Diététicien Nutritionniste
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Le surpoids et la disparition de notre culture alimentaire

Le surpoids et la disparition de notre culture alimentaire

Trop de nutrition, tue la nutrition ... Les déséquilibres alimentaires, les problèmes de surpoids ne sont pas dus à notre manque de connaissance en nutrition, mais à une disparition de notre culture alimentaire. Les campagnes de prévention, au lieu de nous expliquer comment nous devons manger devraient peut-être se recentrer sur la dimension plaisir de l’alimentation...

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Le surpoids et à la disparition de notre culture alimentaire

L’obésité et les maladies liées à la nutrition sont de vrais problèmes de santé publique. Il est évident que nos excès alimentaires sont en causes dans grandes nombres de nos maladies de civilisation : diabète, maladies cardio-vasculaires, prise de poids… 
 

Afin de stopper l’incendie, la France a mis en place d’importants moyens via de coûteuses campagnes de prévention (le fameux PNNS : plan national nutrition santé) ; ces infos sont d’ailleurs largement reléguées par l’ensemble des médias qui ne cessent de nous dire comment manger. 
 
N’avez-vous pas remarqué que depuis quelques années certains nutritionnistes se sont transformés en super héros des plateaux TV ? 
 
L’idée d’apporter des outils aux français pour se prendre en main ne me dérange pas sur le principe ; mais l’approche actuelle m’irrite pour plusieurs raisons :
 
La première est que les solutions proposées ne sont que nutritionnelles (manger plus de ceci moins de cela…). A s’obstiner à nous imposer uniquement des solutions diététiques on passe certainement à côté de l’essentiel.
 
Selon moi, les déséquilibres alimentaires que nous observons aujourd’hui ne sont pas la conséquence d’un manque de connaissance en nutrition ; ils sont davantage le fruit de modifications de notre environnement et des modification de nos rythmes de vie  : nous ne prenons plus le temps de manger, de faire de vrais repas, de cuisiner ou de simplement prendre le temps de ne rien faire… A ceci s’ajoute que nos aliments ont changé  : le nombre d’aliments disponibles dans les rayons de nos supermarchés ne fait qu’augmenter.
 
  • Le dénominateur commun à tout cela est la disparition d’une culture alimentaire et une profonde perte de repères.
Nos grands-parents ignoraient tout des règles d’équilibre alimentaire mais ils savaient composer de vrais repas et prendre le temps de manger. Les plats de la cuisine traditionnelles françaises sont d’ailleurs des plats très intéressants d’un point de vue nutritif : cassoulet, choucroute, petit salé aux lentilles… sont des plats complets et équilibrés, sources de sucres lents, de vitamines, de fibres, de protéines…
 
Le problème est que cette culture alimentaire est de moins en moins transmise.
 
Vouloir solutionner l’effacement de cette culture par des mesures diététiques revient ici à mettre du mercure au chrome sur une jambe de bois. Cela ne solutionne rien.
 
  • La seconde raison qui fait que je suis critique par rapport à tout ces conseils nutritionnels est que cette sur-information diététique nous oriente vers un « hyper contrôle alimentaire ».
Beaucoup de mes patients dépensent beaucoup d’énergie à contrôler leur alimentation, à sélectionner les « bons aliments » à fuir les "mauvais".
Beaucoup culpabilisent lorsqu’ils consomment des aliments "diététiquement incorrects" susceptibles de leur faire prendre du poids ou de faire monter leur cholestérol.
 
A force de laisser entendre aux français que certains aliments sont « mauvais », on crée une véritable confusion dans les esprits et on perturbe, parfois fortement, la relation des français à la nourriture.
 
Les messages de préventions oublient de préciser que seul les excès sont préjudiciables ; que le sucre, le gras et le sel ne sont potentiellement dangereux qu’en cas d’excès !
 
Enfin à force d’aborder l’alimentation que sous un angle « nutrition », on relègue au second plan la notion de plaisir et de convivialité.
Or le " modèle alimentaire Français " centrant l’acte alimentaire sur le plaisir et la convivialité est protecteur du surpoids. Bien que trop de français soient trop ronds, nous sommes les européens les plus minces !

Payer des diététiciens pour faire de l’éducation nutritionelle dans les écoles est, selon moi, une aberration. Nous transformons nos enfants en petits singes savants qui connaissent le rôle de chacune des familles d’aliments mais qui passent à côté de l’essentiel : manger sain c’est avant tout manger avec plaisir, en prenant le temps et en écoutant ses sensations alimentaires.
 
Les règles culturelles et les usages sociaux sont plus forts que le modèle d’alimentation rationnelle individualiste, qui n’a pas prouvé qu’il était une solution. Aux Etats-Unis, on fait de l’éducation nutritionnelle et des programmes de santé publique depuis au moins un siècle. Les recommandations sont innombrables. Les obèses aussi ! CQFD
 
Plutôt que nous surinformer sur les règles de base de la diététique, il semblerait plus pertinent de réinstaurer une vraie culture alimentaire axée sur le plaisir et la convivialité.

Petite réflexion : la camapgne 5 fruits et légumes ne serait-elle pas plus efficace si elle nous présentait ces aliments sous un angle plus "plaisir" ? Nous faire saliver plutôt que nous culpabiliser ne serait-ce pas une meilleure approche ?

Petite video de Gerard Apfeldorfer sur le modèle Français

http://www.omegatv.tv/video/22008765001/sante/surpoids/obesite—pourquoi-la-France-est-epargnee#

Article en lien avec ce thème : l’interview de Catherine Pinet Fernandes - sociologue dans le cadre de la journée internationale sans régime
"L'idéal diététique n'existe pas : manger équilibré c'est finalement manger avec une succession de déséquilibres"
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Mots-clés :
Débats Nutrition Surpoids
Commentaires
3 votes
par MichelB (IP:xxx.xx2.255.36) le 18 janvier 2010 a 09H20
MichelB (Visiteur)

Quel plaisir de lire cet article. Trop peu de gens tiennent se discours. Il est évident que nous ne solutionnerons pas l’épidémie de surpoids par des mesures diététiques. Les excès alimentaires sont normalement régulés par la culture. Lorsque l’on mange en société la convenance veut que nous prenions notre temps, que le repas soit structuré... Je pense que les grand-parents ont un rôle majeur à jouer : réapprendre à leurs petit-enfants ce qu’est un vrai repas.

Merci Florian pour cet article.

0 vote
par snoopyne (IP:xxx.xx8.72.109) le 14 avril 2010 a 14H24
snoopyne (Visiteur)

Très intéressant...

"Payer des diététiciens pour faire de l’éducation nutritionelle dans les écoles est, selon moi, une aberration. Nous transformons nos enfants en petits singes savants qui connaissent le rôle de chacune des familles d’aliments mais qui passent à côté de l’essentiel : manger sain c’est avant tout manger avec plaisir, en prenant le temps et en écoutant ses sensations alimentaires."

L’idéal serait de continuer à payer des diététiciens, mais que leur discours évolue... par exemple, ne pas compter le nombre de produits laitiers ou de fruits et légumes manger par jour, mais demander aux enfants leurs recettes préférées contenant un fruit ou un légume... le choix est vaste ! Et leur faire remarquer que c’est meilleur quand on a faim...

1 vote
par Cael (IP:xxx.xx4.140.15) le 26 avril 2010 a 20H20
Cael (Visiteur)

Snoopyne, vous tenez des propos étonnants sur les diététiciens ? En effet, nous sommes bien les seuls professionnels de la nutrition à prendre en compte l’aspect socioculturel de chacun. Si vous n’avez rencontré que des diététiciens ferrus des sachets de protéines j’en suis désolée mais très peu de "diète" pro n’essai pas de mettre en avant le plaisir de la table ! C’est pas chez nous que vous verrez des régimes à 1200kcal.... Quand à votre "abération d’avoir des "diètes" dans les écoles", réjouissez vous, il a été déscidé que ce sont les instits(qui avaient vraiment besoin de ça en plus !) qui feront notre boulot, vous n’aurez pas de pro. Quand à votre "que leur discours évolue", pour moi perso, c’est insultant, mais je veux bien croire que celà est dû à vos mauvaises rencontres... Beaucoup de diètes sont créatifs et proposent des tonnes de projets ludiques, mais les institutions n’ont pas les budgets, ou ne considèrent pas que l’augmentation de la prévalence de l’obésité soit leur prioprité... c’est du vécu ! Concluez avec les autres parents d’élèves (qui ne grèvent pas souvent non plus leur budget...) qu’il sera toujours moins cher de faire une intervention orale qu’un atelier culinaire.... Effectivement nous sommes une "profession" et devons de tant à autre être rémunérés. Cael

0 vote
par magnath (IP:xxx.xx4.184.103) le 26 avril 2010 a 20H35
magnath (Visiteur)

Les articles de Florian me parle

La majorité des discours diététiques sont culpabilisants et contre-productifs. La comparaison avec les USA est parlante : préservons notre modèle français !

1 vote
(IP:xxx.xx0.64.76) le 21 novembre 2010 a 17H12
 (Visiteur)

Bravo Florian Nous sommes si peu à penser comme ça et cela ne s’arrange pas dans les médias Quand je pense que DUKAN est passé à thé ou café

1 vote
par Florence (IP:xxx.xx1.31.34) le 7 décembre 2010 a 13H21
Florence (Visiteur)

Convivialité, partage, culture culinaire, goût, plaisir, ...ça s’apprend ou se réapprend :)