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Le lobby de l’agroalimentaire : risques pour la santé ?
Le lobby de l'agroalimentaire : risques pour la santé ?
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3 juin 2013
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Le lobby de l’agroalimentaire : risques pour la santé ?

Le lobby de l'agroalimentaire : risques pour la santé ?

Si la santé est si importante, pourquoi est elle négligée au profit de la malbouffe ? Comment l’industrie agroalimentaire fait-elle pour peser autant dans les décisions ?

Selon le Larousse, le lobby (ou lobbies) est un synonyme de « groupe de pression », qui a pour définition : « Structure dont se dote une communauté aux intérêts ou convictions semblables pour influencer les pouvoirs publics à son avantage, notamment par des campagnes d’opinion ».
 
Ceci veut dire que le lobby n’est pas forcement une mauvaise idée, puisque tout le monde peut faire valoir ses points de vue. Cependant, cela prend du temps (par exemple pour prendre contacte avec les hommes politiques), de l’argent (pour se déplacer et rencontrer les personnes avec qui l’on souhaite discuter par exemple) et il faut pouvoir être proche des centres politiques les plus influents (les parlements par exemple, où on discute des lois). On voit donc que théoriquement c’est à la portée de tout un chacun, mais que concrètement, il est difficile pour un citoyen lambda de faire entendre sa voix. En revanche, il est possible de joindre des associations de consommateurs, de signer ou de créer des pétitions de lobby (par exemple sur Avaaz).
 
Le lobby industriel a pour but de rappeler aux hommes politiques qu’ils doivent prendre en compte l’importance des entreprises avant de prendre des décisions. Ensuite, les hommes politiques sont là pour peser les pour et les contre et mettre dans la balance les intérêts économiques des entreprises et les intérêts de la population. Là ou le lobby devient vraiment néfaste au bien commun, selon nous, c’est lorsque les entreprises et leurs intérêts financiers surpassent des éléments comme la santé publique.
 
Par exemple, lorsque des scientifiques démontrent que l’alimentation industrielle a des effets néfastes sur la santé (par exemple sur le diabète de type II, l’obésité, les cancers, les maladies cardiovasculaires, l’hypertension, etc.) et que cela est passé sous silence, là il y a un problème. Peu importe le poids économique et financier de la malbouffe, rien ne devrait être plus important que la santé.
 
Mais si la santé est si importante, alors pourquoi est elle négligée au profit de la malbouffe ? Comment l’industrie agroalimentaire fait-elle pour peser autant dans les décisions ?
 
Voici quelques éléments de réponse.

 

Les recommandations pour l'alimentation

La référence française en matière de nutrition est le Programme National Nutrition Santé (PNNS). La nutrition, c’est la « science […] qui permet […] de proposer des recommandations alimentaires ou médicales visant à maintenir celui-ci [le corps humain] en bonne santé ».
 
Les industries du lait et de la viande sont les deux plus grosses industries en France. Une partie de notre économie repose sur ces deux secteurs. Ils ont donc une influence importante sur notre société. En participant à l’élaboration du PNNS et de la pyramide alimentaire, et en contrôlant ce qui est dedans ou pas, l’industrie agroalimentaire frappe fort. Certains messages sont clairement influencés par ces industries et pas forcément en faveur de la santé des français. Pourtant, le PNNS, il est diffusé, aux frais de l’Etat, auprès de toute la population française. Il sert de base légale pour les médecins, les diététiciens, les nutritionnistes et autres professionnels de santé. Aux yeux de la loi, cela signifie que les professionnels de santé ne peuvent pas s’éloigner du message du gouvernement. 
 
Voici 2 exemples (parmi d’autres) de biais du PNNS.
 

Les protéines

Dans la pyramide alimentaire d'autres pays, les protéines se retrouvent dans la catégorie « apports protéiques », dans laquelle on retrouve les aliments suivants : viande, poissons, œufs ET les noix (amandes, noisette…), les graines (graines de tournesol, de sésame…) ET les légumineuses (pois chiches, haricot rouge/blanc, lentille, soja…).
 
En France, cette catégorie s’appelle tout simplement « Viande, poisson ou œufs », et hop… disparition des légumineuses, noix et graines.
 
Pourquoi un tel « oubli » ? Ça ne parait pas étonnant lorsque l’on voit que l’industrie de la viande est représentée dans certains groupes de travail du PNNS [Synthèse du Rapport du groupe PNNS sur les lipides – Organismes représentés dans le groupe de travail - p5], alors qu'il n'y a aucune représentation des producteurs de graines, noix ou légumineuses, dont l'économie pèse moins en France. Certains secteurs de l'agroalimentaire influencent les décisions de santé.
 

Le calcium

Dans certains autres pays, les apports en calcium se retrouvent dans la catégorie « apports en calcium ». Dans cette catégorie, on retrouve aussi les produits laitiers ET les légumes à feuilles vertes (choux, choux frisé, choux chinois, épinard…) ainsi que les brocolis [Université d’Harvard – Calcium et Lait – partie 1].
En France, les recommandations pour le calcium se retrouvent sous la catégorie des « produits laitiers ». Encore une fois, on note la disparition des autres sources possibles.
 
Les professionnels de la santé, en promouvant les messages du PNNS, influencent à leur tour l'alimentation des français. La boucle est bouclée : les français entretiennent certaines entreprises et consomment moins d'autres aliments.
 
Ce que nous soulignons dans ces deux exemples est le fait que certains groupes d’aliments sont volontairement masqués. Certes, la viande et les produits laitiers sont des sources de protéines et de calcium (bien que pas forcement les meilleures ni les plus saines), mais ce ne sont pas les seules. Les gens ont le droit d'être informés sur ce qui est bon pour leur santé sans que ça ne soit contrôlé par l'argent.
 

La formation du personnel de santé

Les universités (y compris les écoles de médecine), les IUT ou les écoles d’ingénieurs doivent, de plus en plus, trouver des financements pour pouvoir fonctionner. Elles peuvent alors faire appel à des entreprises.
De plus, certains intervenants viennent directement de l’industrie et donnent des cours. C’était le cas dans notre école d’ingénieur agroalimentaire, dans notre spécialisation sur la santé publique.
 
Alors oui, ces industriels savent de quoi ils parlent du point de vue de l’industrie et ils apportent une vision du terrain. Ils permettent de financer des écoles qui autrement n'existerait plus.
 
Cependant, on peut se demander comment des cours de santé publique peuvent être neutres si l’influence des entreprises est trop grande. Un peu comme si un industriel du tabac faisait (ou finançait) des cours sur le cancer du poumon en Fac de médecine. Est-ce qu’il dirait que son entreprise est en partie responsable ?
Si vous voulez en lire plus sur ce sujet, le document en anglais est ici.
 

Le financement des recherches

 
C’est un fait, les Etats se désengagent de plus en plus et financent de moins en moins la recherche scientifique. A l’inverse, les entreprises ont de plus en plus d’argent et peuvent financer un nombre grandissant de recherches. De cette façon, si les études risquent de porter atteinte à l’image des industriels qui financent les études, ils ne les publient pas. Les industries ne financent que des recherches qui peuvent leur être utiles (ce qui est normal, elles ne vont pas financer des recherches contre elles même).
 
Par conséquent, dans le système actuel, on se retrouve de plus en plus avec des chercheurs qui travaillent sur des sujets qui intéressent les industriels, et pas forcément le bien être de la population. Ces recherches sont celles qui reçoivent le plus de financements et qui attirent le plus d’argent. Les recherches en santé, sans intérêt économique, sont en train de disparaître.
 
Mélissa a également constaté l'influence des industries au sein même de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), comme décrit dans un autre article sur l'alcool. Mais elle a également constaté ce problème pour les recommandations sur la consommation de viande. 
 

Le lobby auprès des hommes politiques et la superpuissance

 
Les entreprises agroalimentaires utilisent une partie de leurs bénéfices pour payer des lobbyistes professionnels, afin de faire valoir leurs intérêts. Ces entreprises gagnent des dizaines de millions d’euros chaque année (voire des milliards) et ont donc une armée de lobbyistes pour promouvoir leurs idées.
 
Pour comprendre l’ampleur de la chose, nous avons réalisé 3 tableaux qui regroupent les 5 plus grands entreprises (en termes de revenus) des secteurs suivants :
  • Grande distribution [tableau 1]
  • Industries agroalimentaires [tableau 2]
  • Restauration rapide [tableau 3]
Nous avons cumulé leurs revenus et nous avons comparé ces chiffres à la liste des pays classés en fonction de leur PIB (Produit Intérieur Brut), qui mesure la richesse produite par un pays à l’intérieur de ses frontières.
 
Tableau 1 : Top 5 des chaînes de la grande distribution
 
Compagnie
Revenus (milliards US$)
Wal-Mart Stores
421,849
Carrefour
120,297
Tesco
94,185
Metro
89,081
Kroger
82,189
Total
807,601
 
 
Chiffres à comparer à :
  • 17ème PIB : Pays Bas (858 milliards US$)
  • 18ème PIB : Indonésie (834 milliards US$)
  • 19ème PIB : Arabie Saoudite (657 milliards US$)
On s’aperçoit que les 5 plus grands distributeurs amassent plus de richesses que l’Arabie Saoudite en produit. Si ces 5 entreprises étaient un pays, il serait classé 19ème sur 197.
 
Tableau 2 : Top 5 des industries agroalimentaires
 
Compagnie
Revenus (milliards US$)
Nestlé
105,267
Unilever
58,623
PepsiCo
57,838
Kraft Foods
49,542
Coca-Cola
35,119
Total
306,389
 
Chiffres à comparer à :
  • 34ème PIB : Grèce (312 milliards US$)
  • 35ème PIB : Venezuela (310 milliards US$)
  • 36ème PIB : Finlande (270 milliards US$)
On s’aperçoit que les 5 plus grandes industries amassent plus de richesses que la Finlande en produit. Si ces 5 entreprises étaient un pays, il serait classé 36ème sur 197.
 
Tableau 3 : Top 5 des chaînes de restauration rapide
Compagnie
Revenus (milliards US$)
Mc Donald's
24,075
Subway
16
Yum ! (KFC, Pizza Hut…)
12,626
Burger King
2,3
Domino's Pizza
1,652
Total
56,653
 
Chiffres à comparer à :
  • 71ème PIB : Sri Lanka (59 milliards US$)
  • 72ème PIB : Biélorussie (57 milliards US$)
  • 73ème PIB : République Dominicaine (54 milliards US$)
On s’aperçoit que les 5 plus grandes chaînes de restauration rapide amassent plus de richesses que la République Dominicaine en produit. Si ces 5 entreprises étaient un pays, il serait classé 73ème sur 197.
 
L'argent détenu par ces industriels laisse réfléchir sur ce que ces entreprises ont le pouvoir de faire avec autant d’argent…
 

David contre Goliath

L’industrie agroalimentaire peut donner l’impression d’être Goliath, alors qu’on se sent comme David. Cependant, et nous citerons un de nos amis « ils ne semblent grands que parce que nous sommes à genoux ». Il faut le rappeler, David a battu Goliath.
 
Dans le cas de l’industrie agroalimentaire, sa force réside dans son argent (des sommes colossales). Mais sa faiblesse, c’est le fait que c’est nous, consommateurs, qui lui donnons cet argent. Sans nous, ces entreprises ne sont rien. Consommer est un acte plus important et plus puissant que de voter, car on ne mange pas qu’une seule fois tout les 5 ans, mais plutôt 3 fois pas jour…
 
Peu importe notre opinion sur l’agroalimentaire, c’est à nous de choisir à qui nous donnons notre argent et comment nous souhaitons nous nourrir. Nous avons tous le droit à la verité sur les connaissances scientifiques en matière de santé, sans influence de l'argent. La santé est un domaine à protéger !
 
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