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9 milliards d’hommes à nourrir, un défi pour demain
9 milliards d'hommes à nourrir, un défi pour demain
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2 décembre 2013
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Institut Benjamin Delessert, 16 articles (Rédacteur)

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9 milliards d’hommes à nourrir, un défi pour demain

9 milliards d'hommes à nourrir, un défi pour demain

Le 11 octobre 2013, s’est tenue la conférence Benjamin Delessert autour du thème "Agriculture et alimentation - regards indisciplinés et interdisciplinaires". Le Prix Jean Trémolières a été remis à Marion Guillou, Présidente d’AGREENIUM et ancienne directrice de l’INRA et Gérard Matheron, ancien directeur du CIRAD, pour leur livre « 9 Milliards d’hommes à nourrir - Un défi pour demain ». Les deux auteurs ont accepté de répondre à nos questions.

IBD : Pourquoi avoir voulu écrire ce livre ?
GM  : Nous vivons une époque exceptionnelle avec la conjonction de trois phénomènes majeurs : un pic démographique (7 milliards d’habitants en 2010), une sous-nutrition et une pauvreté qui, en parallèle, ne diminuent pas (un milliard d’humains sous-alimentés, autant qu’en 1970, essentiellement des petits paysans et des ruraux sans terre situés dans les pays du sud, en Asie et en Afrique), et la prise de conscience humaine de la finitude de la planète et de ses ressources. Nous sommes par ailleurs dans une situation d’urgence extrême (émeutes de la faim de 2008, problèmes d’accès à la nourriture dans les villes, etc.). 
 
IBD : Comment augmenter la production alimentaire de 50 à 70 % en 2050 pour nourrir 9 milliards d’humains ?
GM  : Tout d’abord en augmentant les surfaces agricoles. Actuellement, 4,9 milliards d’hectares sont dédiés à l’agriculture, dont 1/3 dédiés à la production végétale, le reste servant de pâturages aux animaux. Il serait possible d’étendre les surfaces agricoles d’un milliard d’hectares, mais cela ne suffirait pas à nos besoins en nourriture. D’où la nécessité d’augmenter les rendements. 85 % de l’augmentation de la production depuis 1950 est imputable à cette intensification agricole, variable selon les régions du monde. Cette variabilité peut s’expliquer par la disparité des situations écologiques et climatiques mais aussi par le manque d’accès à l’irrigation (seulement 6 % des surfaces agricoles irriguées) ou l’utilisation de machines (moins de 5 % des agriculteurs ont un tracteur).
 
IBD : Parlez-nous des pertes entre production et consommation :
MG  : Les pertes et gaspillages représentent 57 % de la production réellement disponible. Elles ont des sources multiples. Elles débutent dès le champ, puis au niveau du stockage et une autre part, importante, est utilisée pour l'alimentation des animaux destinés à la consommation. Enfin, les pertes sont conséquentes lors de la distribution et de la consommation des aliments. Le gaspillage alimentaire est de 30 % environ dans les pays de l’OCDE. Cela peut, bien sûr, être réduit.
 
IBD : Qu’en est-il de l’utilisation agricole à des fins énergétiques ?
MG  : Le contexte énergétique et climatique a engendré une augmentation de la demande de carbone renouvelable. La biomasse, matière première renouvelable, trouve des utilisations énergétiques dans les biocarburants et les biocombustibles, mais aussi industrielles et chimiques pour tous les bioproduits et biomatériaux. L’utilisation de carbone renouvelable à la place de carbone d’origine fossile est recherchée en chimie notamment.
 
IBD : Les agrocarburants concurrencent-ils les productions alimentaires ? 
MG  : Pour paraphraser le Président Lula, il y a de bons et de mauvais biocarburants. L’utilisation de carbone renouvelable à la place de carbone fossile conduit à réduire l’émission de gaz à effet de serre. Mais cela accentue la pression sur la production agricole et selon les situations, comme le montre le dernier rapport de la FAO sur ce sujet, le bilan est positif ou négatif. Le regard doit être local avec la mise en place de politiques efficaces, soucieuses d’un entendement commun. Production agricole et énergies sont aujourd’hui intrinsèquement liées.
 
IBD : Quelles sont les contraintes naturelles qui freinent l’augmentation des rendements ?
GM  : Elles sont nombreuses et croissantes. Citons la raréfaction des ressources en eau, la dégradation des sols ou l’érosion de la biodiversité avec le grave problème d’extinction des espèces, mais aussi l’impact déjà visible du changement climatique, en particulier sur le déploiement des pathologies végétales et animales. 
 
IBD : Comment peut-on malgré tout intensifier l’agriculture ?
GM  : En inventant sans cesse de nouvelles modalités d’intensification respectueuses de l’environnement, comme le semis direct sur couverture végétale permanente qui a permis d’augmenter la production de la banane antillaise, tout en réduisant les pesticides de 70 %. Les biotechnologies permettent également la mise au point de variétés encore plus adaptées aux contraintes du milieu. La gestion de l’eau demeure essentielle (50 % de l’eau mondiale est utilisée pour l’agriculture). Il faut aussi se soucier de la gestion de la fertilité, la protection des cultures, la biodiversité, la complémentarité entre espèces.
 
IBD : Qu’en est-il des disponibilités alimentaires pour les consommateurs ?
MG  : La croissance démographique mondiale entre 1960 et 2000 (3 à 6 milliards de personnes) s’est accompagnée d’une augmentation encore plus rapide de la disponibilité alimentaire ; la situation s’est donc globalement améliorée. Le nombre de personnes sous-alimentées a diminué jusqu’en 2008, année qui a vu un pic de sous-nutrition associé à un problème majeur : l’envolée des prix. Alors les populations urbaines pauvres ont eu des difficultés pour acheter à manger. Une volatilité excessive des prix est un problème pour lutter contre la faim. D’où des décisions lentes et difficiles à prendre sur une meilleure utilisation des stocks ou un système d’alerte comme le Système d’information sur les marchés agricoles (AMIS) au niveau mondial.
 
IBD : Que pensez-vous de l’état de nos régimes alimentaires et qu’appelez-vous le double fardeau ?
MG  : Chaque fois qu’une famille ou un pays s’enrichit, l’histoire alimentaire est la même : une demande de diversification de l’alimentation tout d’abord, puis une augmentation de la consommation de produits d’origine animale. C’est ce qui est observé au niveau mondial actuellement. Par ailleurs, désormais, tous les continents connaissent le double fardeau : la cohabitation de l’obésité avec la sous-nutrition. En 2011, 925 millions de personnes étaient sous-alimentées et 1,6 milliards en surpoids, dont 400 millions d’obèses. Il y aura 700 millions d’obèses en 2025. L’obésité touche tous les pays du monde. Les risques liés au surpoids et à l’obésité sont considérables, autant que ceux liés aux déficiences alimentaires. D’où un besoin de veiller aussi à la « sécurité nutritionnelle » des populations.
 
IBD : Quelles seraient vos conclusions sur toutes ces problématiques ?
MG  : L’agriculture mondiale a besoin d’investissements massifs dans les années à venir pour augmenter sa production de 40 à 90 % selon les hypothèses d’augmentation de la demande. La gouvernance internationale de l’agriculture et de l’alimentation doit être repensée pour mieux relier les politiques de production et celles relatives à la santé dans les actions de la FAO et celles de l’OMS dans le secteur de la nutrition. Par ailleurs, en matière de commerce international, l’OMC devrait s’intéresser aux barrières à l’exportation qui peuvent provoquer un période de tension et des augmentations brutales de prix. Pour finir, chaque individu peut participer à la réduction des pertes et du gaspillage.
 
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"9 milliards d'hommes à nourrir - un défi pour demain", M. Guillou et G. Matheron, 2011

SOURCES

  • -Conférence Benjamin Delessert, 11/10/2013
    -"9 milliards d'hommes à nourrir - un défi pour demain", M. Guillou et G. Matheron, 2011 François Bourin éditeur
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