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Témoignage : L’Anorexie en 5 mots…par deux jeunes femmes en rémission

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J’ai rencontré Léa Mauclère « virtuellement ». Impliquée dans la lutte contre les Troubles Alimentaires avec mon association SabrinaTCA92, je suis très présente sur les réseaux sociaux et j’ai bien sûr été ravie d’apprendre la parution de « Que je me suis arrêtée de manger » de Léa ! Tous les témoignages que j’ai lus m’ont à chaque fois apportés un éclairage différent et aidée à mieux comprendre ma maladie. Mieux comprendre pour mieux combattre…

Nous avons vite sympathisé et encore plus vite constaté la multitude de points communs que nous avons.L’idée d’écrire à 2 mains est née tout naturellement et je suis heureuse que Léa ait acceptée ma proposition.

Nous espérons toutes deux, qu’à travers cet article et ce jeu de questions-réponses, d’autres malades se reconnaîtront et trouveront des clés leur permettant de mieux affronter leurs souffrances.

Entre anecdotes, clins d’œil, et mots douloureux… Nous avons en tous les cas pris beaucoup de plaisir à échanger de la sorte, sur ces thèmes qui nous tiennent tellement à cœur.

Nous proposons un échange sur les TCA en 5 mots clés : l’hyperactivité, le Combat, la Beauté, l’Amour et la transcendance. Parce qu’il a bien fallu faire des choix afin de ne pas trop écrire au risque de lasser et de perdre nos lecteurs…

Bien sûr, le sujet nous passionne tellement que nous n’écartons pas d’écrire à nouveau. Qui sait, un nouveau projet de livre naîtra peut-être de ce premier article ?

Bonne lecture et nos plus belles pensées à tout(e)s les Combattant(e)s !

Sabrina... et sa complice Léa

 

L’hyperactivité vue par Léa…

 
Hyper-active ? Moi ?! Non !… je me trouve hyper-calme depuis que je ne suis plus anorexique… !
Et pourtant, force est de constater que l’hyperactivité – physique et mentale – constitue l’un des nombreux symptômes de la maladie, symptôme difficile à faire disparaître, même des années après la guérison.
D’où vient ce besoin d’être sans cesse occupé pour les personnes atteintes de TCA ?
 
Dans les phases anorexiques ou boulimiques, l’hyperactivité physique peut assez aisément s’expliquer par la volonté d’exercer un contrôle toujours plus important sur son corps. Pendant que le malade parcourt des kilomètres en courant ou en marchant, il cherche à dompter son corps en brûlant un maximum de calories. L’activité physique devient rapidement une drogue (endorphine et dopamine délivrées en masse par les neurones lors d’une activité physique intense entraînent une certaine dépendance – dépendance d’autant plus grande pour les anorexiques qui trouvent là le plaisir qu’elles se refusent avec la nourriture) ou peut également se transformer en trouble obsessionnel visant à calmer les angoisses.
 
Cette hyperactivité physique est souvent couplée à un surinvestissement psychique : en gros, les personnes souffrant de TCA ne trouvent que très rarement le bouton « pause » de leur cerveau. Résultat : des cogitations sans fin – souvent centrées sur la nourriture -, des problèmes d’insomnie et de nombreuses angoisses.
 

L’hyperactivité ou la théorie du vide…

Perso, j’ai un fort penchant pour cette théorie qui m’est peut-être personnelle quoique j’en doute fortement !
Ok, tout au début, le sport a été un moyen de brûler des calories, ok, je fais toujours plusieurs centaines d’abdos journaliers mais davantage pour calmer mes angoisses qu’autre chose. Mais l’hyperactivité chez les personnes atteintes de TCA n’est pas que physique, elle est aussi et surtout mentale. Donc ce n’est pas simplement une question de contrôle d’apports énergétiques…
 
Pourquoi - en plus de mon métier très prenant et de toutes les petites choses du quotidien – est-ce que je lis deux livres par semaine, tiens mon blog de lecture, écris un roman, apprends le japonais et me mets à écrire un article surl’hyperactivité ?? Tout simplement pour combler le vide. Mais pour le combler de façon saine après des années de crises boulimiques intensives ! Et le gouffre à l’intérieur des personnes souffrant de TCA est à ce point profond qu’il faut le colmater, par n’importe quel moyen ! Pas étonnant donc que les patients en voie de guérison accumulent des tonnes de projets. Après avoir passé des années à tenter d’oublier le vide en remplissant son estomac avant de le vider et de le remplir à nouveau, etc…, il paraît tout à fait logique de substituer à un comportement néfaste des activités positives. Je ne sais pas si cette théorie a déjà fait l’objet d’expériences scientifiques, mais je suis prête à parier que plus la personne se sent vide, plus elle se montre hyper-active dans tous les domaines !
 
Bien entendu, cette hyperactivité intellectuelle peut également s’accompagner d’une hyperactivité physique. Cette dernière est sans doute plus pernicieuse, surtout en période de guérison. Comme je l’ai dit plus haut, le sport à outrance est l’un des symptômes du comportement anorexique. Lorsque l’on reprend du poids, il n’est pas rare, après une obligatoire période de sevrage d’activité sportive pour laisser au corps le temps de récupérer, d’avoir envie de se remettre au sport, ne serait-ce que pour faire comme tout le monde, c’est-à-dire se défouler, rencontrer du monde (si l’on envisage d’intégrer un club) et surtout sculpter ce corps si difficile à se réapproprier après la perte et la reprise de poids. Et c’est justement là que le patient en voie de guérison va devoir être très vigilent. Le sport, oui, mais pas de nouveau dans le but de contrôler son corps. Le sport comme lien entre le corps et l’esprit, pas comme moyen d’emprise de l’un sur l’autre, pas comme moyen d’abrutissement pour s’oublier. Remarquez, on peut très bien calquer cet aspect du sport sur la lecture – la souffrance physique en moins pour cette dernière toutefois !
 

Hyperactivité et peur du lâcher-prise

Le fait d’être en mouvement constant (j’entends par mouvement aussi bien l’activité cérébrale que physique) témoigne aussi d’une impossibilité du malade atteint de TCA à lâcher-prise, sans doute par peur de perdre le contrôle sur son environnement – dont la maîtrise est aussi illusoire qu’impossible – et sur lui-même. Cette incapacité à lâcher-prise se retrouve dans les problèmes d’insomnie que rencontrent bien souvent les patients et les personnes en voie de guérison. Bien que le corps soit totalement affaibli par le manque de nourriture chez les malades, ceux-ci ne parviennent que très rarement à trouver le sommeil rapidement. Leur esprit, en éveil permanent, refuse de se mettre en pause, sans doute par peur de ne plus pouvoir exercer de contrôle sur le corps. Pour ma part, j’ai parfois connu des insomnies par peur de ne pas me réveiller le lendemain. Je ne faisais absolument pas confiance à mon corps et craignais de ne jamais me réveiller si je m’abandonnais au sommeil !
Les insomnies sont également fréquentes chez les personnes en voie de guérison. Cette fois, la peur de s’abandonner est toujours présente mais d’une façon plus positive si je puis dire. Les projets, les idées réduites à néant pendant la maladie reviennent en masse en période de guérison si bien que l’excitation propre à cette soudaine fertilité intellectuelle peut causer de graves troubles du sommeil.
 
En résumé, je crois que la notion d’hyperactivité est indissociable des troubles du comportement alimentaire. Mais cette hyperactivité – qui prend souvent sa source dans des angoisses de vide ou de lâcher-prise -, souvent très néfaste dans les périodes de maladie, peut être mise à profit de manière positive par les patients en voie de guérison. Encore s’agit-il de la dompter, de la sublimer au sens freudien et d’apprendre, peu à peu, à écouter son corps et son esprit afin de trouver le rythme de croisière qui convient.
 
Réaction de Sabrina :
 
D’anciennes malades jouent toujours à cache-cache avec des aspects de leur maladie. Retrouver la joie de vivre est possible. Renouer avec ses désirs, nourrir des projets…oui bien sûr. De là à se voiler la face et s’illusionner toujours un peu, la tentation est grande. Il est plus facile d’afficher une « boulimie de vie » nouvelle que d’oser dire ses faiblesses et parler de ses manques ou de ses peurs.
 
Je suis de celles-là et j’en ai parfaitement conscience : je vis bien mieux depuis que je mets mon hyperactivité à profit. Léa le dit bien et je suis d’accord avec elle : mon hyperactivité est très « pratique » pour ne pas avoir à affronter ce vide immense qui me définit. J’adhère à cette théorie du vide.
Je mets un point d’honneur à reconnaître que cette hyperactivité revêt un caractère pathologique et qu’elle n’est selon moi qu’une continuité de mon anorexie. Mon maître mot est devenu « authenticité ». Aussi je n’ai pas peur de le dire : je ne suis pas guérie. Me déclarer guérie parce que les TCA ne dirigent plus ma vie serait mentir. Et le plus grave : ce serait ME mentir. Ce que je ne veux plus…
 
L’anorexie me permettait « d’afficher » ma colère. Ce rejet du monde que l’on me servait sur un plateau, auquel je ne voulais pas « goûter », si ce n’est pas pour le dégueuler tant il ne parvenait pas à répondre à mes aspirations. J’ai compris que cette lutte est vaine et que l’anorexie ne peut que me limiter dans ce que j’estime avoir à faire ici-bas. L’anorexie n’est pas un désir de mourir. C’est un désir « d’autre chose ». De « plus » ? Et qu’est-ce que l’hyperactivité si ce n’est vouloir toujours plus ? Toujours plus de choses à faire, toujours plus vite, toujours plus intensément… On peut bien me rétorquer que je n’ai pas de diplôme de psychologie et que par conséquent mon investissement dans la lutte contre les troubles alimentaires est une mascarade. Et bien croyez-le ou non je ne pense pas qu’il faille de diplôme de psychologie pour voir le lien que je viens de faire.
 
« Anorexie / Hyperactivité, même Combat », si j’ose dire…
Avec ou sans diplôme je pense être objective sur ma maladie. Sur mes progrès, mes victoires et ce que j’ai encore à travailler. L’important est d’être sur son chemin…
Je n’arrive pas à taire cette colère que je laissais exploser dans des crises interminables de boulimie. Aujourd’hui je transforme cette colère en énergie positive. Elle me sert de carburant pour avancer... Et le moteur tourne croyez-moi ! Parfois le terme « hyperactive » ne me semble même pas assez fort et je me demande d’où me vient cette énergie, comment je tiens avec ce rythme effréné qui fait d’ailleurs peur à ceux qui ne me connaissent pas personnellement.
J’ai accepté de dire oui à la vie. Et j’aime la vie. Mais cette colère j’y tiens au fond. J’aime avancer avec fureur dans la vie. J’ai pourtant beaucoup d’admiration pour les personnes qui optent pour la douceur. Ces personnes ne ressentent pas le besoin de « Combattre ».
 

Ah le Combat… parlons-en !

 

Je m’intéresse au développement personnel. A la psychologie. Et à de nombreuses disciplines qui permettent de faire un travail sur soi et de calmer son mental. Je suis la première à vanter les bienfaits de la méditation pleine conscience. La première à encourager les malades à prendre soin d'elles, s’accorder du temps pour elle, du repos, se distraire… Ces règles que j’applique bien mal quand il s’agit de moi. Parce que je n’arrive pas à me détacher de la notion de Combat. Pour moi, les victoires se gagnent dans la douleur. J’ai le goût de l’effort, que ce soit physique ou intellectuel. La facilité m’ennuie. Le calme aussi. J’ai très peur de la monotonie. J’ai un tempérament de feu, l’adrénaline est mon addiction.
 
Quand vous êtes coupée de vos émotions de longues années, lorsque vous apprenez à les vivre à nouveau c’est tellement grisant… Je ne peux m’empêcher d’appuyer à fond sur la pédale pour voir jusqu’où mes émotions peuvent monter en intensité. La peur de ne plus les ressentir à nouveau ?
J’aime le terme de Combat. Il résume toute ma vie. Combat contre la maladie, Combat pour me reconstruire, Combat pour me faire comprendre ou tout du moins entendre maintenant que j’ose prendre la parole. Combat pour avoir un sentiment d’existence. Mais il est à prendre au second degré ce terme. Car plutôt que de faire la guerre à ceux qui m’ont fait du mal ou de fighter cette médecine qui n’a pas su me soigner, je livre un Combat d’Amour : j’aimerais faire monter tout le monde sur le Ring et qu’on le livre ensemble le Combat contre ces maladies. Dans le respect et dans l’amour des uns et des autres.
 
Certains l’ont bien compris et ma « bargitude » fait sourire car ils perçoivent clairement la noblesse de la cause que je défends. Pour d’autres ce n’est pas gagné. Il serait dommage de n’accepter que des personnes officiellement « guéries » dans les rangs des Combattants… D’ailleurs, qu’appelle-t-on « être guérie » ? Une étiquette de plus…et les erreurs d’étiquetage sont tellement nombreuses que je m’en passe merci.
J’aime la vie. Cela devrait suffire comme réponse au fameux « es-tu guérie ? » !
Léa, je suis sûre que le terme Combat t’évoque quelque chose… ?
 
Réponse de Léa :
 
Oh que oui ! Ce mot m’inspire !
Depuis le début de la maladie – je n’aime pas ce terme… mais bon, faute de mieux… - j’ai connu plusieurs phases. Une première phase d’euphorie et de déni total mais qui n’a pas été très longue heureusement. Et ensuite, une longue phase – dont je ne suis toujours pas sortie aujourd’hui et dont je ne puis dire si j’arriverai à sortir un jour – de combat perpétuel.
 
Combat contre la maladie, contre la mort mais surtout combat pour la vie. Parce que tout autant que toi Sabrina, j’aime profondément la vie. Mais combat tout de même parce que je dois encore perpétuellement livrer bataille pour ne pas laisser le côté obscur de la maladie reprendre le dessus. Duel interne contre moi-même, éprouvant face à face psychique à la Dr Jekyll et Mr Hyde que se livrent mon Moi vivant et ce qui reste de mon Moi mort. Heureusement, la vie remporte chaque jour une nouvelle bataille. Mais la lutte est rude et fatigante. J’avoue parfois être épuisée de me battre et songe à abdiquer. Mais je ne le ferai pas. Tant que je n’aurai pas complètement éradiqué cette partie sombre de moi-même, je n’abandonnerai pas.
 
Je ne sais pas si je parviendrai à la terrasser un jour. Et d’une certaine façon, ce n’est plus vraiment le problème. Cette force que j’ai su trouver en moi, je ne veux plus m’en servir seulement pour moi. Je veux maintenant aider les autres à se battre, les aider à repartir du côté de la vie, leur prouver que oui ! La vie vaut la peine d’être vécue et qu’elles y ont tout autant droit que les autres ! Les aider à trouver, en elles, leur propre force vitale.
 
Sabrina, ne trouves-tu pas que ça fait très « Amazones des temps modernes » ? (l’ablation d’un sein en moins s’entend !)
 
Sabrina :
 
« Amazone » ou bien encore « femme guerrière » ? hmm j’aime quand tu parles ainsi Léa ! Plus sérieusement, tu as une nouvelle fois mis le doigt sur différentes problématiques dont je parle dans mon témoignage. La dualité des anorexiques y est largement développée et – admire ce clin d’œil du hasard – je parle effectivement du Dr Jekyll et Mr Hyde. Les plus curieux iront voir ce que toi et moi entendons par là…
 
Je me reconnais en tant « qu’Amazone vindicative ». Longtemps « Célibattante », j’aime le fait d’obtenir les choses par moi-même (ce qui me pose d’ailleurs problème vis-à-vis de mes parents qui m’aident financièrement). J’aime mon indépendance et essaie d’être la plus autonome possible. Après bon nombre de mauvaises expériences avec les hommes, j’ai « sorti les piquants » mais de toute façon ce n’était pas vraiment la peine : mon côté fonceuse et libérée en a fait fuir plus d’un !
Je m’interroge toutefois de savoir si ce n’est pas la société elle-même qui donne naissance à ces « Amazones des temps modernes » comme tu dis. La femme d’aujourd’hui ne doit-elle pas être « parfaite » ? Se montrer brillante au travail, élever parfaitement ses enfants, se « blinder » émotionnellement et bien sûr… Etre mince ?!
 
Les femmes qui refusent ce diktat n’ont pas franchement le choix et la douceur toute féminine cède alors le pas sur une attitude guerrière qui permet de se faire une place dans la société. La faiblesse, la docilité… C’est sympa mais pour exister pleinement il convient de s’affirmer. En tout cas c’est ma crainte si je ne bataille pas : rester transparente et étouffer. Parce que trop à l’étroit dans une étiquette de « femme normale » prête à entrer dans le moule.
« Appeler les femmes « le sexe faible » est une diffamation ; c’est l’injustice de l’homme envers la femme. Si la non-violence est la loi de l’humanité, l’avenir appartient aux femmes ». (Ghandi)
 
Mais faire la guerre (contre moi, contre les autres) pour faire la guerre, cela n’a pas grand intérêt. Si je poursuis le Combat (le terme reste le même bien que je sois passée du Combat contre la maladie au Combat pour la vie moi aussi), c’est parce que je rêve de Beauté, d’Amour… et que mes idéaux sont très forts.
Je crois que sur la Beauté et sur l’Amour aussi, nous avons des choses à dire…
 
 

Ah ! La Beauté et l’Amour… !

 
« Voir la vie en beau  » comme le souhaitait tant le narrateur du « Mauvais Vitrier » de Baudelaire… Je l’ai tellement vue en « moche » cette vie qui a pourtant de si belles choses, de si belles rencontres (la nôtre, quoique virtuelle pour l’instant en est la dernière preuve !) à nous offrir.
 
Mais qu’est-ce que la Beauté  ? Qu’est-ce que cet idéal de perfection physique et mental que recherche l’esprit anorexique ? Jusqu’aux années 1970, une belle femme était une femme bien en chair, avec des formes généreuses. Il n’y a qu’à voir les Odalisques de Delacroix, Renoir ou Botero, toutes sont très enrobées. Et les esthètes n’ont jamais renié la beauté de ces œuvres. Aucun homme au monde du temps de Marilyne Monroe n’a jamais critiqué ses formes plantureuses. Pourquoi diable nos sociétés occidentales en sont donc venus à prôner la minceur voire la maigreur comme normes de beauté et de réussite ? Je dis bien occidentales car dans les pays du Maghreb, par exemple, une femme mince n’est absolument pas considérée comme une belle femme. La beauté n’est qu’un concept subjectif, soumis aux changements de mode. Je ne suis pas devenue anorexique pour ressembler à des soi-disant icônes de magazines. Malheureusement, de nombreuses jeunes filles tombent dans l’engrenage des troubles alimentaires en raison d’un idéal pris sur papier glacé… idéal impossible à atteindre puisque inexistant grâce aux pouvoirs du « Dieu Photoshop » ! Alors, plutôt que de vouloir à tout prix –et surtout au prix de sa santé – rechercher la « beauté » physique, pourquoi ne pas s’intéresser davantage à la beauté spirituelle. Une belle personne ne serait-elle pas une personne qui parvient à s’écouter elle-même, à s’enrichir de diverses expériences pour ensuite faire profiter les autres de ses richesses ? N’est-ce pas faire preuve de beauté et d’amour que de vouloir s’améliorer afin de faire don de ses connaissances aux autres ? Wahou ! Je me rends compte que je tiens là une magnifique transition ! (oui, je sais, je me lance des fleurs au passage parce que je m’aime !!)
 
Concernant la question amoureuse, je ne te rejoins pas forcément Sabrina. Je me considère comme une grande amoureuse. Mes périodes de célibat ont souvent été très courtes. Peut-être une nouvelle fois davantage par peur du vide que par amour véritable. Néanmoins, j’ai toujours eu besoin de partager mon quotidien avec quelqu’un pour recevoir de l’amour mais également en donner. Je pourrais assez aisément affirmer que j’ai été quelqu’un de docile, qui n’aime pas les conflits. Longtemps, j’ai été une fille invisible, celle dont on ne se souvient jamais du nom, l’élève réservée dont les profs remarquent à peine l’absence… A ce point invisible que j’ai cherché à disparaître tout à fait…
 
Et, étrangement, cette volonté d’effacement de mon corps m’a rendue subitement très visible. Et aussi bizarrement que ça puisse paraître, plus je disparaissais, plus j’avais l’impression qu’on m’aimait… Difficile de guérir, de reprendre du poids dans ces conditions… Mais je m’égare ! J’en reviens à l’Amour. Je crois que c’est tout simplement ce qui m’a sauvé. Ce qui m’a retenu à la vie. Ce qui m’a fait comprendre la beauté de cette vie (et hop ! je recase la beauté ! trop forte !). Depuis plus de cinq ans et demi, je suis amoureuse. Vraiment amoureuse. Mon compagnon m’a fait comprendre qu’on pouvait se battre à deux contre la maladie et que l’union faisait la force. Et c’est vrai. Ça a été long, la guerre n’est pas encore totalement gagnée, mais nous avons remporté de si nombreuses batailles que je veux croire en la victoire totale. Alors je ne suis peut-être pas le même genre de guerrière que toi Sabrina… si je devais tenter de me définir, je serais une sorte de combattante de l’ombre ou d’agent secret… la blonde angélique dont on ne se méfie pas mais qui possède une volonté d’acier. Avec toi, belle brune piquante, nous allons former un duo choc et charme pour lutter contre les TCA et parvenir à transcender nos troubles pour en tirer du positif !
 
Sabrina :
 
Aïe moi qui voulais recaser mon article « Stop au procès » qui fait la peau à l’accusation (trop facile) faite à la société et aux médias de « fabriquer » des anorexiques. Je crains de n’avoir rien à ajouter Léa… Hormis souligner le fait que tout comme toi je n’ai jamais cherché à maigrir pour ressembler à qui que ce soit. Recherche de performance en ce qui me concerne…
 
Quant à l’Amour, la Célibattante a baissé les armes et puisque tu parles de beauté spirituelle c’est cette beauté qui nous a séduits au premier regard si j’ose dire ;) Je n’ai jamais fermé la porte à l’Amour et pour moi la Vie trouve toute sa saveur lorsqu’on a trouvé son compagnon de route. J’ai longtemps préférée être seule qu’accompagnée de quelqu’un qui ne me connaît pas et ne cherche pas à me connaître, nuance… Quand on a l’impression que l’autre nous connaît mieux que nous-mêmes... On revoit sa vision du couple ou les a priori qu’on pouvait avoir sur les hommes J
 

La Transcendance

Plutôt que de faire des redites sur tes écris magnifiques concernant la Beauté et l’Amour, je voudrais conclure sur un autre terme qui fait échos en moi : la Transcendance.
« Transcendance (du latin transcendens ; de transcendere, franchir, surpasser) indique l'idée de dépassementou de franchissement. C'est le caractère de ce qui est transcendant, c'est-à-dire qui est au-delà du perceptible et des possibilités de l’entendement ».
 
S’il y a bien un terme qui résumerait mon anorexie, ma « mort » et ma « résurrection » c’est sans doute celui-ci. J’ai évoqué ce désir « d’autre chose » en parlant de l’hyperactivité. Clairement pour moi cet « autre chose » se trouve au-delà du visible ou de ce que l’entendement nous permet de concevoir aisément. C’est dans la spiritualité (et le sport ne l’oublions pas !) que j’ai trouvé mon salut. J’ai compris les raisons de mon incarnation et ce que j’ai à faire pour me permettre d’évoluer. Peut-être régler certaines dettes aussi… Si je doute toujours quant au fait de pouvoir guérir un jour c’est principalement parce que je me sens à l’étroit dans la matière et que mon désir de retour à la Source est fort. Je vis parfois des choses intenses et je me sens connectée bien que je ne cherche pas à développer ce don. Je parle souvent de mes « Anges », parce qu’il faut bien donner un nom à ceux qui m’ont aidée lors de mon année en hôpital psychiatrique où j’ai failli mourir. A ceux qui continuent de veiller sur moi et que je remercie tous les jours.
 
Entourée comme je le suis, de mes anges terrestres (bon on peut simplement les appeler mes médecins, mes amis, ma famille si tu préfères), et de mes Anges ou Guides, je devrai accomplir ma mission sans heurt à présent. Ne serait-ce que pour les remercier de m’avoir ouvert les yeux sur la Beauté de la vie (tu vois, moi aussi je peux la recaser celle-là…).
 
Tu sais quoi Léa ? Je pense que le mot de la fin je le laisserai au Pr Michel Lejoyeux, le parrain de mon association. Le Professeur conclue son dernier ouvrage, « Réveillez vos désirs » avec 3 mots pour terminer le voyage à la rencontre de l’envie : la foi, la volonté, et l’espérance.
Je pense qu’il est inutile de développer…
A moins que je me trompe, nous sommes deux personnes qui ont ces 3 valeurs et la recette marche, aujourd’hui les envies et les projets sont là.
 
Nous sommes EN-VIE
 
Sabrina Palumbo & Léa Mauclère
 

A lire : 

Quand je me suis arrêtée de manger
Léa Mauclère, City Edition

L’âme en éveil, le corps en sursis
par Sabrina Palumbo , Edition Quintessence
Combat d’une anorexique pour sa renaissance.
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