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Sport et TCA : Interview de Juliette, coach sportive et ancienne malade

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Juliette, c’est ma coach de Attack (mais pas que). Une fille extra, dynamique, qui met le feu pendant les cours. Du moins c’était ainsi jusqu’à ce fameux jour où nous avons fait plus amplement connaissance suite à quelques péripéties (mon directeur de salle saura ce que j’entends par là). Aujourd’hui elle témoigne et répond avec gentillesse à mes questions car elle soutient l’association et m’a également écrit un témoignage suite à la lecture de L’âme en éveil qui lui a parlé… en tant qu’ex malade.

Sabrina : Déjà un grand merci. Pour avoir accepté de répondre à mes questions mais aussi pour tous ces moments merveilleux passés à tes côtés en cours de fitness. Pour commencer, peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Juliette :

Merci à toi de m’avoir choisie, c’est un grand plaisir d’y répondre.

J’ai 32 ans et voici mon parcours : J’ai fais des études de danse en Horaires Aménagés et passé mon Baccalauréat en parallèle. J’ai pratiqué cette discipline avec passion pendant 7 ans en me pliant aux exigences requises telles que la technique, la silhouette ou encore la rigueur de l’entraînement. Ce qui était passionnant au début est devenu de plus en plus pesant lors de mon passage en milieu professionnel, le tout étant pratiqué dans une ambiance malsaine qui m’à poussée à une reconversion.

Suite à une déprime due à l’arrêt de ce métier, j’ai pris 20kg et me suis inscrite en salle de sport ou j’ai été encadrée par des professionnels très compétents qui m’ont transmis leur amour du métier de Coach.

N’ayant pas encore la force ni l’envie de redémarrer une formation, j’ai retrouvé un poste de secrétaire dans un grand groupe qui m’à permis d’évoluer de façon conséquente en l’espace de 6 ans (Secrétaire, secrétaire commerciale, commerciale puis ingénieur commercial). C’est à l’âge de 27 ans que je me suis sentie prête à me lancer. J’ai posé une demande de formation auprès de mon entreprise pour passer le diplôme de coach sportif que j’ai obtenu il y à 4 ans.

Depuis, j’exerce ce beau métier avec l’envie d’aider chaque personne à atteindre ses objectifs personnels. Je privilégie le coté sport et santé de cette discipline y étant très sensible.

Sabrina : Que représente le sport pour toi ? Est-il une condition sine qua non pour vivre de manière épanouie ?

Juliette :

Un grand oui ! Dans la vie d’un coach, il est très important de conserver un entraînement personnel afin de s’occuper de soi, car lors d’un cours ou d’un coaching nous sommes tournés vers les autres et ce n’est en aucun cas le moment de s’entraîner personnellement.

Au-delà du métier, le sport reste indispensable à mon équilibre mental et physique.

Sabrina : Tu m’as dit avoir souffert de TCA. Peux-tu nous en dire un mot ? Comment cela a commencé, comment tu t’en es sortie ? Ce que tu en penses aujourd’hui…

Juliette :

C’est vrai… Mes Trouble du comportement alimentaire ont débutés de façon marquante à la période où je préparais mon diplôme de Coach. Je m’étais mise en tête que pour entraîner, il fallait avoir le physique « parfait » sinon les adhérents n’auraient pas envie de me suivre.

J’ai donc commencé à éliminer plusieurs aliments, puis des familles entières jusqu’à peser les Kcal contenues dans une tomate en fonction de son poids.

Lors de ma première année de Coaching, je me suis blessée à une cheville : une fracture de fatigue à cause du calcium qui ne se fixait plus sur mes os (sans parler d’une aménorrhée totale et de la perte de cheveux). Le résultat à été l’arrêt de mon travail pendant 2 mois. C’est là qu’ont commencé mes crises de boulimie…

Au fur et à mesure que le temps passait, je perdais des « amis » qui trouvaient que j’exagérais, ou encore m’inventais des problèmes. Ils ne me comprenaient pas, étaient démunis face à mon problème, très conscients qu’ils ne pouvaient pas m’aider à leur niveau.

Forte de ces tristes constats et que les choses ne pouvaient pas continuer ainsi (j’avais envie de poursuivre une vie normale et surtout l’exercice de mon métier), j’ai pris rendez-vous avec une diététicienne spécialisée dans les Troubles du comportement alimentaire.

Celle-ci m’à fait faire des exercices sur cette base et a mis le doigt sur l’aspect psychologique et la pression que je me mettais. Je m’en suis sortie il y à 2 ans et c’est avec grande fierté que j’en parle librement aujourd’hui.

Sabrina : Je donne une conférence sur le sport et les TCA. Concrètement, en tant que coach, quel est ton avis sur cette question de santé publique ? Il est difficile d’interdire l’accès aux salles de sport même si certaines demandent un certificat médical… Que peuvent faire les coachs pour aider les malades ?

Juliette :

C’est malheureusement un fléau qui touche de plus en plus de personnes, les hommes comme les femmes.

En effet, le certificat médical n’est pas toujours exigé lors de l’inscription en club de sport, mais sans celui-ci, les inscrits prennent le risque de ne pas être assurés en cas d’accident.

Notre rôle de Coach se limite à la surveillance, et aux conseils sportifs d’entraînement. Bien entendu l’aspect humain de ce métier nous permet d’écouter et de communiquer avec les adhérents. Si ces derniers veulent nous confier leurs problèmes, nous sommes là pour les écouter et cela est très courant.

Dans le cas des troubles du comportement alimentaire, il est rare que les clients viennent se confier à nous malgré la relation de confiance que nous essayons d’instaurer.

Sabrina : As-tu déjà été confrontée au problème à la salle ?

Juliette :

Oui et non. Je vois toutes les semaines des personnes qui viennent de façon excessive à la salle : celles-ci peuvent pratiquer jusqu’à quatre fois par jour (le plus souvent après chaque repas) et passent plusieurs heures sur des machines à activation cardio-vasculaire.

Etant donné que ces adhérents restent des personnalités très réservées (il est difficile d’obtenir un « bonjour » ou un « au revoir »), il m’est très compliqué de communiquer avec eux. Mon rôle se limite donc à veiller sur eux avec une attention particulière.

Sabrina : Tu es encore jeune mais comment envisages tu l’avenir ? L’après-carrière, les projets…

Juliette :

Tout d’abord merci de me considérer comme jeune ;-)

Je suis consciente que je ne pourrais pas rester Coach toute ma vie. Dans un premier temps car ce métier nécessite un investissement physique important et comme le dit le dicton « on n’a pas tous les jours vingt ans », et dans un second temps car il est possible mais très compliqué de fonder une famille en parallèle (grossesse, horaires décalées etc…). Donc j’envisage mon avenir sereinement, j’ai déjà fait beaucoup de choses je sais que je devrais me reconvertir pour un autre métier comme le commerce mais j’espère tout de même rester dans le milieu du sport pour exercer.

Sabrina : Tu as lu mon livre témoignage et je te remercie pour le magnifique mot que tu as écrit dessus. Qu’est-ce qui t’a le plus interpellée dans ce livre ?

Juliette : Ce qui m’a le plus interpellée dans ton livre c’est ton hospitalisation et la démission de certains médecins face à ce fléau.

Sabrina : Parfois je me demande d’où te vient ton énergie… Peut-être allons-nous le savoir avec cette réponse : quelle est ta citation ou devise préférée ? Et pourquoi ?

Juliette :

Mon énergie n’est que le reflet de ma passion pour mon métier et dans cette optique je te dirais que « Mon plus beau salaire est votre sourire » (celui de mes adhérents).

 L’une de mes phrases préférée est : « La vie est comme un miroir, si tu lui souris, elle te renvoie ton image ». Cela résume beaucoup de choses.

Sabrina : Un dernier mot pour nos lecteurs, envers l’association ?

Juliette :

Mon combat a été de m’accepter comme je suis. Je ne serais jamais parfaite (qui l’est vraiment ?) et ma plus grande victoire a été d’apprendre à être moins exigeante avec moi-même et ce pour une vie actuelle plus épanouie.

J’aimerais dire que quelque soit la cause des troubles alimentaires, le plus important est de rester soi-même et de comprendre que chacun d’entre nous à un rôle sur cette terre.

En résumé : Ne baissez jamais les bras !

Je suis particulièrement fière de ma coach. Je connais la boulimie : la honte, la culpabilité, le poids du secret. Aujourd'hui elle témoigne et ce "coming out" est salué par des athlètes qui "ne savaient pas", "n'auraient pas du se comporter comme ci ou du faire ça". 

Le but n'est pas de culpabiliser qui que ce soit, le but est d'inciter d'autres malades à sortir du déni et d'autres professionnels à être plus attentifs à leurs athlètes...

Sabrina

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