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Un vaccin canadien anti-Ebola est à l’essai

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Un virus pandémique, une population exposée, un vaccin mis au point... Enfin ! Mais on ne sait pas encore si rVSV-EBOV, le nom du vaccin canadien contre Ebola, pourra permettre d’enrayer la propagation de cette fièvre hémorragique qui tue, selon les souches et les épisodes, de 25 à 90 % des personnes atteintes. Testé sur des animaux avec succès, il doit encore faire ses preuves chez l’être humain.

 

« Il faut vérifier l'innocuité et l'efficacité du vaccin. Il est trop tôt pour faire des projections. De un à deux ans d'étude seront encore nécessaires », affirme Benoît Mâsse, qui préside le Comité de contrôle des données et de la sécurité des deux études cliniques menées actuellement en Guinée sur le vaccin canadien. Le chef de l'Unité de recherche appliquée du CHU Sainte-Justine et professeur à l'École de santé publique de l'Université de Montréal est un acteur de premier plan dans la lutte contre le virus Ebola. Il revient sur les leçons tirées de la récente épidémie en Afrique de l'Ouest et sa prise en charge.

L'épidémie de fièvre Ebola qui sévit depuis plus d'une année en Afrique de l'Ouest, la plus grave depuis l'apparition de la maladie en Afrique centrale en 1976, a surpris par son ampleur sans précédent. Selon le décompte de l'Organisation mondiale de la santé [OMS], elle a fait près de 11 200 morts sur quelque 27 000 cas déclarés en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, les trois pays les plus frappés par le virus depuis février 2014. C'est davantage que toutes les épidémies d'Ebola ayant eu lieu au cours des 40 dernières années. Quel est l'état de la situation aujourd'hui ?

B.M. : Depuis quelques semaines, l'épidémie amorce une décrue en Afrique de l'Ouest. Mais on compte encore une cinquantaine de nouveaux cas chaque semaine en Guinée, pays où le virus a fait ses premières victimes il y a 18 mois. La situation reste inquiétante. Historiquement, Ebola venait puis disparaissait au bout de quelque temps. C'est la première fois que le virus semble demeurer.

Outre les conditions d'hygiène difficiles en Afrique de l'Ouest, les déplacements locaux et transfrontaliers de plus en plus fréquents des populations et les particularités des rites funéraires africains ont contribué à la propagation du virus. Mais ils n'expliquent pas à eux seuls la tournure dramatique prise par les évènements...

B.M. : Non. Plusieurs contraintes techniques, matérielles, structurelles et politiques ont limité la capacité des systèmes de santé des pays touchés à faire face à ce problème de santé mondiale. Mais les résistances culturelles sont l'un des nombreux facteurs combinés de la propagation. Car, pour être contaminé, il faut avoir été en contact direct avec les fluides corporels d'une personne infectée. Or, le virus reste extrêmement actif à l'intérieur des cadavres... et les familles cachaient leurs morts. Lorsque cela fait mille ans que des communautés procèdent d'une certaine façon avec les défunts, vous ne pouvez pas changer les coutumes du jour au lendemain.

Malgré une réponse rapide de l'OMS, la façon d'aider a par ailleurs été très clinique. Et il y a eu une forte résistance de la part des populations. Un important travail social a été fait pour informer et rassurer les populations méfiantes et mal renseignées qui n'osaient plus se rendre dans les services de santé de peur d'y mourir.

On a appris que la communication doit être plus ancrée dans la culture et les coutumes des communautés concernées. C'est comme pour le sida : il faut d'abord écouter les gens et comprendre leurs craintes et leurs croyances afin d'établir une communication sur cette base.

Dans un tel contexte, comment se déroule l'administration du vaccin canadien élaboré par l'Agence de la santé publique du Canada ?

B.M. : C'est tout un défi. D'abord parce qu'il s'agit d'une campagne massive de vaccination. On a eu recours au même devis d'étude que dans le cas de la variole, alors que l'intervention contre l'éclosion avait bien fonctionné dans les années 70. Avec une telle campagne, on traite aussi des gens qui ne sont pas infectés par Ebola. On ne doit donc pas prendre de risques. Des études précliniques sur des animaux ont fait état de résultats prometteurs. Mais des effets néfastes sur les articulations sont possibles. Par prévention, des études d'innocuité sur les humains ont été réalisées. Maintenant, on en est à l'étape d'aller sur le terrain, là où il y a l'infection. Deux études cliniques sont en cours en Guinée sur le vaccin canadien. L'Institut de santé publique de la Norvège, Médecins sans frontières et l'Organisation mondiale de la santé sont engagés dans ce projet. La contribution du Canada est d'assurer la sécurité des participants et la crédibilité des résultats des études.

Ces études sont sous la responsabilité du comité international que vous présidez. Parlez-nous de ce comité et des objectifs des études.

B.M. : Le comité international est composé de six membres indépendants originaires de France, du Royaume-Uni, de Guinée, de Côte d'Ivoire et du Canada. Ces spécialistes apportent tous un savoir-faire différent. Le comité a pour mandat de contrôler les données et de voir à la sécurité des participants des deux études cliniques en Guinée. La première tente d'évaluer l'efficacité du vaccin. Dans la seconde, le vaccin est administré à tous les travailleurs de première ligne qui souhaitent le recevoir. Il n'y a pas de groupe placébo. Pour cette étude, on ne pourra donc pas estimer son efficacité, mais ça va permettre de déterminer le profil d'innocuité du vaccin. À ce jour, plus de 2000 patients, dont 500 travailleurs de première ligne, ont reçu le vaccin. L'adhésion du public est grande.

Cela est en soi une bonne nouvelle. Car, si le vaccin fonctionne, il va contribuer à conférer une certaine immunité à la population ?

B.M. : Exact. C'est ce qu'on espère. Mais un vaccin est rarement efficace à 100 %. Des différences peuvent apparaître selon l'âge ou l'état de santé de la personne vaccinée. Avec le vaccin contre la grippe saisonnière par exemple, les adultes jeunes sont protégés à près de 70 %, alors qu'au-delà de 80 ans le taux tombe sous la barre des 50 %. Il ne faut donc pas arrêter de se laver les mains ! Pour l'heure, les agences sanitaires nationales et internationales font le suivi de toutes les réactions graves apparues après l'administration du vaccin canadien pour déceler si ce dernier est en cause ou non. En cas de doute, le comité international a de 24 à 48 heures pour recommander à l'OMS d'arrêter temporairement le recrutement dans l'étude afin de déterminer et de vérifier si le vaccin est encore sécuritaire pour les participants. Pour l'instant, tout se passe bien, mais on demeure sur nos gardes.

Propos recueillis par Dominique Nancy

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