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S’accepter vulnérable

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Le monde dans lequel nous vivons véhicule en permanence des images caricaturales de ce qu'est la réussite. Celui qui réussi est fort, il a de volonté, il ne se laisse pas déstabiliser par les échecs. Celui qui réussi c'est celui qui se maîtrise et qui ne laisse échapper aucun signe de vulnérabilité. Celui qui réussi n'a pas d'état d'âme, il contrôle, gère et traverse toutes les épreuves la tête haute.

Or ce "killer" auquel nous devrions ressembler pour compter est un leurre, une création fantasmatique que l'on nous impose.

Ce killer n'existe pas, tout être humain est confronté à des émotions inconfortables comme la honte ou la peur de ne pas être à la hauteur, tout être humain connaît le sentiment d'impuissance ou la peur d'être rejeté. Toute personne vivant sur cette terre a connu l'échec et en a été fortement affecté. Nier cette réalité revient à nier notre part d'humanité.

Il est toujours possible d'essayer de coller à l'image du "killer", c'est le cas de l'un de mes patients que nous nommerons ici Pierre.
Il affiche en permanence la façade d'un homme qui contrôle tout. Il ne laisse paraître aucun signe de faiblesse. Lorsque sa femme l'a quitté et que ses amis prenaient de ses nouvelles il avait toujours la même phrase à la bouche "c'est la vie, je vais de l'avant" en dissimulant toute trace de tristesse. Pour ses amis Pierre vivait parfaitement bien les choses.
Professionnellement Pierre est un avocat talentueux et lorsqu'il avait la malchance de perdre un procès il met tout en œuvre pour contrôler ses émotions, "il faut être positif, toujours !".
Pierre, celui que tout le monde perçoit comme un "killer" est au fond de lui un être extrêmement triste, il travaille à outrance pour ne pas ressentir d'émotion, il boit le soir pour "se vider la tête", il mange (beaucoup) pour s'anesthésier...Il prend du poids ce qui induit chez lui un fort sentiment de honte qu'il essaie de contrôler en étant un "killer" dans sa façon de gérer son poids (régime protéiné, sport à outrance...).

Pierre celui que tout le monde prend en exemple comme un modèle de réussite est en fait un être humain comme nous tous donc un être vulnérable.
En essayant de contrôler son inconfort Paul s'est coupé de sa part d'humanité.

Dans son ouvrage La grâce de l'imperfection - Laissez tomber ce que vous pensez devoir être et soyez qui vous êtes - la chercheuse sur les émotions Brené Brown propose plusieurs pistes pour vivre en harmonie avec notre vulnérabilité. Elle propose même de faire de cette vulnérabilité une force.

L'un des axes les plus importants proposés par Brené est de développer la compassion pour soi. Comme l'explique une autre spécialiste des émotions Kristin Neff la compassion pour soi repose sur trois composantes :

- La bienveillance envers-soi

Être chaleureux(se) et compréhensif(ve) envers soi-même dans les moments douloureux, d'échec ou de sentiment d'être inadéquat(e), plutôt que d'ignorer les difficultés ou de se critiquer négativement.

- La reconnaissance de son humanité

Reconnaître que la souffrance et l'échec personnel fait partie de l'expérience partagée par l'humanité.La frustration par rapport au fait que les choses ne se produisent pas comme désiré est souvent accompagnée d'un sentiment irrationnel d'isolement, d'être seul(e) à vivre ces situations. Reconnaître que l'on est humain est aussi reconnaître que les pensées, les émotions et les comportements sont affectés par des facteurs « externes » tels que l'histoire parentale, la culture, les facteurs génétiques et environnementaux, ainsi que par les comportements et les attentes des autres. Cette reconnaissance aide à être moins critique sur ses faiblesses personnelles.

​- La pleine conscience

Observer les pensées et les émotions négatives telles qu'elles sont, sans essayer de les nier ou de les supprimer, et sans les juger.Le fait de relier ses propres émotions et pensées à la nature humaine aide à percevoir sa propre situation dans une plus large perspective. Cette observation aide à ne pas se sur-identifier à ses pensées et émotions, ce qui prévient d'être emporté(e) par une réactivité négative, favorisée par un focus étroit et une rumination des émotions négatives.

Ce travail axé sur la bienveillance et la compassion envers-soi est le cœur de mon travail. En effet la majorité des problématiques alimentaires, comme celle de Pierre, sont d'ordre émotionnel. Se comporter envers-soi en ami avec douceur et sollicitude, accueillir la honte et la culpabilité avec bienveillance, renoncer à tout contrôler parfaitement sont des éléments centraux visant à renouer avec un rapport sain avec son corps et la nourriture.

 

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