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Un patient à Auschwitz ?
Un patient à Auschwitz ?
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9 août 2012 | 6 commentaires
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Docteur David Vincent, 74 articles (Médecin généraliste)

Docteur David Vincent

Médecin généraliste
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Un patient à Auschwitz ?

Un patient à Auschwitz ?

Un de mes patients en maison de retraite se croit retenu à Auschwitz ; il se recroqueville de peur quand les aide-soignants arrivent pour s’en occuper, surtout quand il s’agit d’un aide soignant bien baraqué. Avec celui-ci ça ne passe pas. On a beau lui prouver qu’il n’y a pas de chambre à gaz au sous-sol, on le lui a montré en le poussant dans son fauteuil roulant, il n’en démord pas.

Pour lui la nourriture est empoisonnée, on veut le tuer. Mais il est calme : quand on le laisse tranquille, il se couche en position foetale pour l'après-midi, il ne dérange personne.
J'ai compris que l'infirmière me demandait de façon détournée quelques neuroleptiques afin qu'il se libère de ses angoisses et qu'il arrête de gonfler celui qui lui fait sa toilette. Mais premièrement ce n'est pas ma tasse de thé, deuxièmement je l'ai déjà vu sous neuroleptiques et il est pareil, juste moins autonome.
Alors ce n'est pas drôle, je le reconnais bien volontiers, cela réveille quelque chose comme l'inconscient collectif chez certains et à fortiori chez lui ( qui n'a pas été déporté !) mais c'est comme ça. Peut-être en l'écoutant parler cela dénouerait certaines choses, mais il est à moitié Alzheimer : cela s'appelle le chat qui se mord la queue.
Je vais relire le livre " homéopathie en psychiatrie", peut-être ont-ils une réponse.
Docteur Vincent
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Commentaires
6 votes
par easy (IP:xxx.xx5.42.174) le 9 août 2012 a 17H30
easy (Visiteur)

Cet homme a pu ressentir, à un moment de sa vie, comme Richard Durn et des millions d’autres, qu’il ne partageait plus grand chose avec les autres au sens d’un jugement sur une situation donnée (la sienne, mais pas forcément) Au fil du temps, il aura bien plus souvent remarqué les fossés qui le séparent des autres que les passerelles

Quand un individu placé dans un hôpital dit aux autres que ça lui évoque Auschwitz et que les autres lui répondent "Mais pas du tout, c’est l’inverse" a-t-il vraiment tort de considérer que les autres sont aveugles et qu’il ne doit plus se fier à leurs sens ?

Ca peut faire très mal à un soignant ou à un prof de lire ça mais oui, bien sûr que oui, un hôpital, une école, peut ressembler énormément à un camp de concentration. En niant en bloc la ressemblance ou la moindre ressemblance, vous démontrer que vos sens sont formatés et j’ajoute, de manière volontaire, afin de vous persuader que vous, que tout ce que vous faites et pensez est le contraire d’Auschwitz.

Non, il n’est pas vrai qu’avant et après Auschwitz, nous ayons fait le contraire. Non vous n’êtes pas le contraire d’Auschwitz.

Auschwitz, ce n’était pas qu’un endroit où l’on assassinait une personne. C’était un endroit où l’on traitait le sort d’individus de manière industrielle, très rationnelle.

Or maternelles, collèges, lycées, ateliers, bureaux, hôpitaux, administration, circulation, tout est traité selon la logique économique et efficace d’Auschwitz.

En un rien de temps, à l’occasion d’une révolution par exemple, votre hôpital et son personnel déjà formaté, peut se transformer en prison et gardiens. Cf les Khmers rouges.

Je vais vous donner un exemple extrême. Il y a quelque jours, une vache hacelée par un taureau trop chaud, a escaladé l’escalier sur 5 étages d’un immeuble. Il y avait 50 ’individus’ humains à s’hystériser de l’évènement au pied de l’immeuble. Si votre patient avait été là, il aurait vu ces gens téléphoner aux pompiers, il aurait vu cette sorte de Police mettre 3 minutes (après toute une péripétie de transport) pour faire redescendre la vache. Il aurait donc eu la preuve que les gens sont incapables de penser autrement que par le Système.

Lui, votre patient, aurait peut-être eu l’idée d’essayer (en se sachant maladroit) de se débrouiller seul de cette vache et il aurait entendu les gens dire "Nooonn ne fais pas ça, tu ne peux pas penser correctement seul. Seule la Police pense bien et fait bien. Toi tu ne peux pas être capable face à une vache effrayée. Tu ne peux faire que des conneries"

Ce que Nietzsche a essayé de dire, avec "Humain trop humain" et alors qu’il devenait détraqué, c’est que de toutes les options possibles offertes à l’Homme, depuis des options hyper individualistes en TIGRE jusqu’aux options hyper collectives en FOURMI, il a choisi très fortement le second pôle.

Tout dans un hôpital, médocs, théories, bâtiment, argent, protocoles, résulte du choix FOURMI. Et parce que c’est un choix, parce que l’homme semble être le seul animal à pouvait tant choisir, ce choix FOURMI le caractérise

Et qui est LE responsable d’une fourmilière ? Qui est à interpeller en conscience pour ce qu’Elle fait subir à chacun ? Qui a posé que Arbeit macht frei ? PERSONNE parce que TOUT LE MONDE.

Il vaut mille fois mieux naître termite sans option que de naître sapiens avec un choix naturel entre tigre et termite mais se retrouver obligé de vivre termite parce que la masse nous interdit de vivre en tigre.

La position foetale indique un désir de retour à un monde moins fourmilère où il y a soi + sa mère + son père basta.

Foetal parce qu’un foetus ne vit pas encore le fourmilisme qui apparaît à l’enfant lorsqu’à la question "M’enfin, pourquoi je dois aller à l’école "sa mère lui répond "Parce que"

Foetal parce qu’à la limite on n’est plus que soi face à sa mère

Foetal parce qu’à l’extrême limite on n’est plus que face à soi-même, ce qui, vous en conviendrez, n’a rien à voir avec la situtation de foumilière

Foetal parce que la démarche vers la non vie, vers le suicide, ressort comme la seule chose que l’on puisse faire en toute individualité. Jamais un individu ne s’appartient autant que quand il décide de se suicider. Il a alors deux grandes options, se suicider lentement pour profiter enfin de son individualisme ou se jeter sur la mort en goinfre. Votre patient est un gourmet.

1 vote
par Jean-Louis CHARPAL (IP:xxx.xx2.221.113) le 10 août 2012 a 11H21
Jean-Louis CHARPAL (Visiteur)

@ easy

Je ne voudrais pas réduire votre message à une seule phrase, car votre intervention a sa cohérence et sa logique d’ensemble.

Je souhaiterais juste compléter cette phrase : "Auschwitz, ce n’était pas qu’un endroit où l’on assassinait une personne. C’était un endroit où l’on traitait le sort d’individus de manière industrielle, très rationnelle."

D’un point de vue hstorique, il y avait 2 sortes de camps nazis complétement différents : les camps d’extermination (chambres à gaz et fours crématoires) tels que Birkenau, Bergen-Belsen et les camps de concentration (Buchenwald, Mattahausen).

Dans les camps d’extermination les déportés ne restaient en vie que quelques heures et étaient aussitôt assassinées (il n’ y a pas d’autres mots).

Dans les camps de concentration, pas de chambres à gaz, mais un enfer 24h sur 24 : peu de nourriture, pas de soins, brutalités incessantes, travail exténuant. Tout était fait pour aboutir après quelques mois à la mort de 95 % des internés.

Ces camps avaient pour objectif d’assassiner les gens en masse mais de façon sadique, à petit feu. Le résultat global des 2 "méthodes" a été pratiquement le même.

La caractéristique d’Auschwitz était de réunir sur un immense espace un camp de concentration et un camp d’extermination.

Nous sommes un peu loin du sujet de départ du docteur Vincent, mais ces précisions m’ont paru intéressantes au plan historique.

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par easy (IP:xxx.xx5.42.174) le 10 août 2012 a 12H34
easy (Visiteur)

Bonjour Jean-Louis

Vous nous livrez de la documentation triviale qui n’infirme ni ma phrase ni le fait que les camps sont une construction voulue par PERSONNE (comme dans une fourmilière) visant à rationaliser le traitement en masse de destins d’être vivants

Nous sommes face à un homme qui trouve que l’hôpital tient de la fourmilière et je crois qu’on ne peut le mettre en confiance qu’en l’abordant avec le maximum de tigreté que nous pouvons encore trouver en nous.

Ce médecin a un souci, il voudrait aider son patient, le rassurer. Je doute que la documentation commune sur les types de camps et mille autres détails les concernant puissent lui être utiles

Ce ne sont pas nos discours de fourmis fières de leur écoles et hôpitaux qui peuvent nous aider à comprendre pourquoi un tigre peut y voir une horreur et nous jeter à la figure que ce dont nous sommes fiers ressemble à ce dont nous avons honte.

0 vote
par TZ (IP:xxx.xx2.200.23) le 10 août 2012 a 11H51
TZ (Visiteur)

Le monde n’est pas fait que de fourmis et de tigres, mais de toutes les nuances pouvant exister entre l’un et l’autre, voire même dans d’autres proportions car le mystique religieux n’a ni un rôle de fourmi, ni un rôle de tigre.

Attention à ne pas toujours vouloir faire entrer les choses dans des petites cases, des catégories, car c’est cela qui brise la créativité et l’amour humains.

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par easy (IP:xxx.xx5.42.174) le 10 août 2012 a 13H12
easy (Visiteur)

J’ai dit quelque part que le monde n’était fait que de vision en fourmis et de tigres ?

Vous n’avez pas remarqué que le sujet de ce topic c’est un patient qui se réfugie en solitude pendant qu’il dit que l’hôpital et Auschwitz se ressemblent ? Vous le trouvez complètement barjot où vous parvenez à voir un tout petit peu ce qu’il voit ?

0 vote
par Evelyne59 (IP:xxx.xx6.84.176) le 11 août 2012 a 09H17
Evelyne59 (Visiteur)

Essayez peut être un beau bouquet de fleurs sur sa table de chevet, renouvelé constamment jusqu’à ce qu’il se rassure... Pas de fleurs à Auschwitz !