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Soins : vers la fin de la gratuité ?
Soins : vers la fin de la gratuité ?
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20 février 2013
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LDarondt

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Soins : vers la fin de la gratuité ?

Soins : vers la fin de la gratuité ?

La santé coûte cher, aux particuliers et aux organismes sociaux. C’est le constat que l’on peut faire en temps de crise où chaque poste budgétaire est examiné à la loupe. Un sondage indiquait d’ailleurs récemment que 29% des Français renonçaient désormais à se soigner en raison du coût trop élevé des soins.

Le prix de la santé

En 2008 déjà, une enquête IPSOS pour le Secours Populaire révélait que 4 Français sur 10 retardaient ou ne se soignaient pas par manque d’argent. Parmi les soins les plus touchés, on trouvait les prothèses dentaires, devenues trop chères pour 31% des Français, les lunettes ou lentilles de contact : 29%, les consultations chez un spécialiste : 24%, les consultations chez un dentiste : 23%, ou celles chez un ophtalmologiste : 19%. Des statistiques qui touchent aussi bien les familles que les personnes âgées, dont les besoins sont évidemment élevés. D’autres chiffres et d’autres études ont corroboré cette tendance. Selon l’association de consommateurs UFC-Que Choisir par exemple, entre 2001 et 2008, le budget santé des ménages a augmenté de 52%. Par ailleurs, en 2008, les Français ont consacré 600 euros en moyenne à leurs frais médicaux alors qu’ils n’en dépensaient que 400 en 2001. A ces charges il faudrait encore ajouter l’augmentation des tarifs des mutuelles, de 8 à 11%, en 2011.

La société n'est pas en bonne santé

Multiplication des examens, passage obligé par les spécialistes, dépassements d’honoraires non remboursés, le montant de l’addition pour rester en bonne santé augmente plus vite que les revenus des malades. Pourtant, malgré ce constat préoccupant, on continue de dégrader le système de santé actuel en oubliant que ce sont en grande majorité les salariés qui en bénéficient, et que leur état révèle en fait la mauvaise santé de notre société. Rappelons au passage que les Français sont les deuxièmes plus gros consommateurs d’anxiolytiques et d’hypnotiques en Europe avec au total 134 millions de boîtes de ces médicaments vendues en 2010.

Une sécurité toujours sociale ?

En France, la Sécurité sociale a vu le jour en 1945, juste après la seconde guerre mondiale. Dans l’article premier de l’ordonnance de sa création, il est indiqué qu’elle est « destinée à garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu’ils supportent ». La Sécurité sociale figure aussi dans la Constitution et son alinéa 11 stipule « garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs ».
 
Depuis, la protection sociale a du s’adapter aux soubresauts économiques en créant de nouvelles contributions ou en majorant celles déjà existantes. La fin du plein emploi et l’arrivée massive du chômage a tari ses sources de revenus alimentées par les cotisations sociales des salariés et l’organisme doit, depuis 1990, faire appel à l’impôt avec la contribution sociale généralisée (CSG) pour compléter son financement.
 
La solidarité reste cependant l'objectif premier de la Sécurité sociale. Dans cet esprit a été créée en 1999 la CMU – Couverture Maladie Universelle – qui permet l’accès aux soins et à une complémentaire santé aux populations les plus pauvres. Pourtant, ce dispositif qui prend en charge notamment les soins optiques et dentaires, est très encadré et doit respecter un parcours de soins très strict. En dix ans, écrit Le Monde, "la couverture-maladie universelle (CMU) est devenue l'un des piliers de la protection sociale en France. En permettant l’accès aux soins des plus démunis, elle a réduit les inégalités dans l'accès à la santé." Le journal fait malgré tout le constat que "le nombre de bénéficiaires de la CMU augmente sous l'effet de la crise économique, tandis que certains professionnels de santé s'obstinent à refuser de les soigner". Selon une étude rendue publique le 1er juillet dernier, un quart des médecins et dentistes installés à Paris refusent de recevoir des bénéficiaires de la CMU complémentaire, déplorant notamment d'être obligés de leur appliquer les tarifs de base de la Sécurité sociale. Une discrimination qui heureusement n’est pas pratiquée par tous les professionnels...

Soins publics ou privés de soins

La privatisation du système de santé est souvent évoquée pour remédier aux problèmes du secteur. Elle ne ferait cependant qu’aggraver la situation de beaucoup de patients dans l’impossibilité financière d’y avoir accès. Heureusement, notre protection sociale a fait ses preuves et elle est aussi compatible avec des initiatives des entreprises, des laboratoires et des compagnies d'assurances et ce, plus particulièrement dans le domaine de la prévention. Des organismes à but non lucratif comme la Croix-rouge agissent aussi en ce sens. Celle-ci se présente en France comme « la première Institution privée du secteur médico-social et sanitaire », et assure la gestion de près de 600 établissements. Ses centres de santé, ouverts à tous, sont des structures de soins et de prévention, de proximité où les équipes de la Croix rouge, composées de professionnels, luttent contre les inégalités sociales de santé et défendent une médecine de qualité pour tous. Avec son projet « Stratégie 2015 », programme d’actions en faveur des personnes vulnérables, des jeunes, l’association se donne pour ambition de prendre en compte les besoins sociaux et « d’humaniser la vie » « dans un monde sans cesse plus déshumanisé ».
 
Comme la Croix rouge, nombre d’entreprises veulent donner un sens éthique et solidaire à leur développement et s’investissent dans l’aide aux plus défavorisés. L’aide passe souvent par un soutien effectif aux associations humanitaires qui travaillent sur le terrain. C’est le cas de la société Optic 2000 qui parraine depuis plus de 3 ans l’association Médecins du Monde en lui fournissant des milliers de verres et de montures. Yves Guénin, patron de cette coopérative de lunettiers s'en explique : « Il m’arrive en effet de dénoncer la « marchandisation » de la santé parce que je vois poindre le risque d’un système médical à deux vitesses dans lequel les moins aisés seraient priés de se tourner vers une sorte de « soin médical a minima », notamment en matière d’optique. Nous constatons ainsi que dans de nombreux pays ayant fait le choix de dérembourser progressivement les soins d’optique, les patients se tournent vers des soins au rabais faisant souvent intervenir l’automédication avec tous les risques que cela implique. »
 
Autre initiative, pilotée celle-ci par Colgate France qui écrit sur son site : « Saviez- vous que les soins dentaires font partie des premiers soins auxquels renoncent les gens par manque de moyens ? » Un constat qui a amené la marque à organiser avec le Secours populaire français des journées de dépistages gratuits et de prévention dans 10 des antennes de l’association partout en France. Si l’initiative peut apparaître comme une opération commerciale, et la marque ne s’en cache pas, elle n’en touche pas moins des populations, qui sont ainsi sensibilisées aux problèmes de la santé dentaire.
 
Les mutuelles elles aussi prennent une part active à la solidarité, avec les OCAM, organismes complémentaires d’assurance maladie. Ces réseaux agréés de professions médicales prennent en charge à des tarifs abordables les patients assurés, comme le Groupama pour les opticiens et dentistes et la MGEN pour les chirurgiens dentistes et opticiens. Dans ce cadre d'ailleurs, Optic 2000 a conclu de nombreux accords avec les OCAM les plus importants soit près de 300 conventions "Tiers Payant" signées, au bénéfice de 30 millions de bénéficiaires potentiels.
 
En 2010, c’est le fonds Axa pour la recherche qui a permis la création et le financement à l’université de Newcastle d’une chaire consacrée à « la Longévité et le Bien-Vieillir ». La fondation de l’assureur explique que les travaux du Pr Carol Jagger, titulaire de la chaire et spécialiste du grand âge « permettront de mieux comprendre les tendances, les causes et les conséquences de la longévité et de l’aspiration à bien vieillir, notamment afin de contribuer à définir de nouvelles politiques de santé publique et de protection sociale. ». L'Inserm rappelait récemment, en dévoilant les résultats d'une étude pan-européenne, que la France se trouve dans une situation paradoxale. Alors l'espérance de vie des femmes françaises, atteignait 85,3 ans en 2010, la France est très mal classée lorsqu'on examine le "bien-vieillir".
 
Que ce soit pour les lunettes, les soins dentaires ou la médecine générale, un juste équilibre reste à trouver dans la prise en charge des patients. L’Etat, garant de la protection sociale de tous doit y participer, tout comme les mutuelles, les professions de santé et les assurances, mais le modèle idéal reste à inventer. Celui-ci devra intégrer les droits minimaux des citoyens et les devoirs d’une société solidaire. Ce ne sera pas gratuit, reste à savoir quel juste prix il faudra payer.
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