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Qui va financer la recherche sur le cerveau ?
Qui va financer la recherche sur le cerveau?
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17 avril 2012 | 1 commentaires
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Julia Metgazi, 1 article (Rédacteur)

Julia Metgazi

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Qui va financer la recherche sur le cerveau ?

Qui va financer la recherche sur le cerveau?

Le 5 septembre 2011, le "European College of Neuropsychopharmacology" (ECNP) lançait un appel aux gouvernements européens à financer davantage la recherche sur les maladies psychiatriques et neurologiques. Cet appel, à lui seul, montre l’urgence de la situation : plus d’un tiers de la population européenne souffrant de troubles neurologiques d’un côté et, de l’autre, un désengagement de plusieurs grands laboratoires pharmaceutiques de la recherche en neurosciences dont, le plus récemment, AstraZeneca. Se pose aujourd’hui la question cruciale de savoir qui, désormais, va financer la recherche sur le cerveau.

Un enjeu majeur de santé publique pour l'Europe du 21ème siècle

 
Selon une étude du "European Brain Council" publiée en octobre 2011 et menée en 2010 dans 30 pays européens, 38,2% de cette population, soit 164,8 millions d'individus, jeunes et personnes âgées, souffrent d'une maladie mentale chaque année. Les maladies les plus fréquentes sont les troubles anxieux (14%), l'insomnie (7%) et la dépression majeure (6,9%), mais les quatre pathologies isolées les plus invalidantes (exprimées en DALYs, c'est à dire en années de vie perdues pondérées par l’invalidité) seraient la dépression, les démences, l’abus d’alcool et l’ictus apoplectique.
 
Ce sont ainsi les maladies du cerveau qui apportent la contribution la plus lourde à la charge de morbidité totale dans ces pays (elles atteignent 26,6 % de la morbidité totale). Les sociétés occidentales payent au prix fort la prise en charge de ces pathologies. Entre 2005 et aujourd'hui, le coût des troubles neurologiques a doublé, pour atteindre en 2011 le montant de 800 milliards d'euros au total (contre 150 à 250 milliards pour le cancer). Une véritable bombe à retardement pour les gouvernements européens, qui menace à la fois l'économie et la société, d'autant que les progrès dans la connaissance des mécanismes des pathologies neuropsychiatriques n’ont pas encore abouti à la découverte de traitements pharmacologiques efficaces à 100%.
 

Un financement insuffisant

 
La neurologie a été pendant longtemps considérée comme une discipline "contemplative". Cependant, de récentes publications prouvent que la compréhension du fonctionnement du cerveau avance de plus en plus vite. Pour autant, la recherche en neuropsy reste l'enfant pauvre de la R&D pharmacologique. Des initiatives de structuration et de coordination de programmes de recherche sont certes organisées au niveau européen. En témoignent le 7ème PCRD (Programme cadre de recherche et de développement technologique, 2007-2013) de l’Union européenne, ou encore la coordination au niveau européen des programmes nationaux pour la lutte contre les maladies neuro-dégénératives et les maladies mentales.
 
Cependant, la recherche n'est globalement pas assez soutenue, eu égard au coût très élevé de ces maladies. Au niveau français, le coût global s'élève à 107 milliards d’euros si l'on fait la somme des dépenses directes et indirectes, comme les arrêts de travail ou la perte de qualité de vie. Pour autant, seulement 2 % du budget de la recherche biomédicale, soit 25 millions d’euros, sont consacrés aux pathologies neuropsychiatriques, comparés aux 20 % du budget de la recherche consacré à la lutte contre le cancer.
 
De gros efforts sont, il faut le reconnaître, réalisés en France pour rationaliser et optimiser la recherche, à l'image de l'Institut Thématique Multi-Organisme (ITMO) "sciences cognitives, neurologie, psychiatrie", qui coordonne les établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST), les universités et les centres hospitalo-universitaires (CHU) notamment, et qui organise les indispensables transversalités entre les domaines thématiques. Mais ces efforts ne suffisent pas, le secteur privé que constituent les grands laboratoires pharmaceutiques est une contribution plus que nécessaire dans le paysage de la recherche sur les maladies du cerveau.
 

Le désengagement des laboratoires pharmaceutiques

 
L'annonce d'AstraZeneca, en février 2012, de son désengagement de la recherche dans le secteur des neurosciences, l'abandonnant aux gouvernements et milieu associatif, suscite une interrogation quant à l'avenir du financement de la recherche sur ces pathologies. AstraZeneca n'est pas le premier à se désengager de ses activités de recherche, mais cette annonce intervient au moment même où le groupe publie un bénéfice en hausse et licencie des milliers de salariés. L'activité de recherche et développement en neurosciences se retrouve réduit à une quarantaine de chercheurs, lesquels mèneront leurs travaux en externe, via un réseau de partenaires industriels et académiques. Le responsable de la R&D indique clairement, de son côté, que la firme cherche avant tout à partager les coûts et les risques.
 
AstraZeneca n'est pas le seul laboratoire à susciter de vives inquiétudes auprès du corps médical. Dès février 2010, GSK annonçait son retrait de la recherche sur la dépression comme, plus récemment, Sanofi Novartis. Un récent article de la revue Nature Reviews, publié par John L. LaMattina, ex-président de la R&D chez Pfizer, explique cette tendance comme la conséquence de la vague de fusions-acquisitions qui a marqué la dernière décennie dans le secteur pharmaceutique. LaMattina y avance notamment que « Bien que les fusions et acquisitions dans le domaine pharmaceutique ont paru être rationnellement justifiées dans une optique financière à court-terme, leurs conséquences sur l’activité de recherche et développement des firmes concernées ont été dévastatrices ». Le résultat, selon lui, c'est le ralentissement des mises sur le marché de médicaments nouveaux. Ce qui s'explique par le fait que ces fusions amputent mécaniquement la recherche : pendant la phase de fusion, les programmes sont réexaminés, et cette opération complexe, qui prend souvent un an, s’accompagne toujours d’un gel des investissements, des recrutements, et de l’apparition de nouveaux programmes. Seules des firmes plus petites, moins soumises à la dictature des cours de bourses, gardent un niveau d’investissement en recherche élevé.
 

Une recherche externalisée

 
Le risque aujourd'hui, c'est de voir les grands laboratoires pharmaceutiques comme AstraZeneca préférer une attitude "opportuniste" consistant à surveiller les avancées des laboratoires publics et de biotechnologies, et de ne coopérer que sur les programmes de recherche qui leur paraissent moins risqués, ce qui accélère bien évidemment l'externalisation de la recherche (outsourcing). Au final, les labos ne conserveraient qu'une activité de sélection des molécules à développer, toutes les autres composantes de leur métier se retrouvant progressivement externalisées, telles que les essais cliniques ou la fabrication. Gère-t-on la santé publique aujourd'hui comme on fabrique des biens de grande consommation ? C'est malheureusement, en tout cas, ce que préfigure ce cas d'école...
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Commentaires
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par astus (IP:xxx.xx1.252.222) le 18 avril 2012 a 10H59
astus (Visiteur)

Affirmer que "plus d’un tiers de la population européenne (souffrirait) de troubles neurologiques", c’est raconter de grosses bêtises tout comme affirmer que la prévalence des troubles autistiques, noyée dans le grand n’importe quoi des TED, serait passée de 1/10000 il y a vingt ans à 1/150 aujourd’hui. Tout ceci est dans le droit fil du DSM IV, qui en 1994 dénombrait déjà 410 troubles psychiatriques (! !!), avec à la clé de nombreux conflits d’intérêts et des laboratoires qui en profitent pour vendre des produits qui font de la France la championne de consommation des psychotropes, pendant que la psychiatrie humaniste se meurt. Il d’ailleurs prévu de médicaliser aussi les légers troubles cognitifs (normaux) qui apparaissent avec l’âge, et pourquoi pas le deuil, parce qu’il parait que c’est aussi une maladie.