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Quel futur pour le pharmacien : accompagnateur ou commerçant ?
Quel futur pour le pharmacien : accompagnateur ou commerçant ?
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19 mars 2010 | 6 commentaires
Auteur de l'article
Jean-Didier, 24 articles (Pharmacien)

Jean-Didier

Pharmacien
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Quel futur pour le pharmacien : accompagnateur ou commerçant ?

Quel futur pour le pharmacien : accompagnateur ou commerçant ?

Une rencontre avec Michel Rioli était organisée hier soir à l’initiative du Conseil Régional de l’Ordre des Pharmaciens et de la Faculté de Pharmacie de Lyon. Michel Rioli est rapporteur du rapport éponyme sur l’évolution de la pharmacie.

Je dois admettre que je fus agréablement surpris ! Tout d'abord, j'ai appris qui il est et pourquoi il s'intéresse au monde de la pharmacie d'officine : il est juriste de formation et marié... à une pharmacienne.

Il a capté mon attention lorsqu'il a reconnu la dérive commerciale de ma profession liée à notre mode de rémunération actuel qui fait que quelque soit le temps passé avec un patient nous sommes rémunérés de la même manière, incitant ainsi le glissement de la profession vers la simple distribution du médicament. Il nous a clairement mis face à notre démission du savoir et des compétences au quotidien. Et donc de constater que le glissement du médicament vers la grande et moyenne surface était alors tout à fait naturel. Son public était certes acquis mais quelle joie d'entendre une personne n'appartenant pas à la profession nous dire ça.

J'avais assez mal réagi au fait que même dans la partie concernant le projet professionnel, il fasse référence toutes les cinq lignes au financement. On ne peut pas parler argent avec moi, c'est un fait ; il me faut et il vous faut l'accepter (entendre de la bouche des patients que je travaille dans un commerce me blesse à chaque fois car pour moi, c'est nier mon investissement auprès d'eux). Cependant j'ai compris sa problématique : comment dégager du temps pharmacien pour l'accompagnement et le suivi pharmaceutique à moyen constant alors que les marges du médicament vignetté tendent à diminuer. Le fait d'aborder le problème sous cet angle me rassure puisque ceci démontre qu'il est axé non pas sur le développement économique de l'officine mais bien sur le développement de notre pratique professionnelle. Maintenant restons vigilant sur la manière dont les pharmaciens titulaires d'officine vont s'approprier ces nouveaux modes de rémunération !

La question de l'évolution des pratiques professionnelles vers un accompagnement accru du patient se traduisant par exemple par des entretiens pharmaceutiques de vingt minutes, vers un conseil à la prescription, etc... doit également nous obliger à répondre à la question de nos rapports professionnels avec les préparateurs en pharmacie. Je rappelle qu'elle avait été soulevée voici trente ans alors que la vénérable Simone Veil était ministre de la santé. Allons-nous les sacrifier, comme il avait été envisagé à l'époque, ou développer leurs compétences ?

Nous partageons également une analyse de la situation : notre profession est à un carrefour. Pour Michel Rioli, nous sommes sur la crête de deux versants : le versant profession de santé et le versant commerçant. Et alors qu'actuellement nous avons le double statut de profession libérale et de commerçant (au passage j'aime quand un pharmacien met sur sa page Facebook ou autre : profession libérale et non pas commerçant) nous allons dans les prochaines années [continuer à glisser vers le second ou prendre notre avenir en main et devenir des professionnels de santé à part entière. Pour ma part, la descente du versant commercial est bien entamée ; je crois plutôt au schisme de la profession dans les dix années qui viennent avec l'émergence d'un nouveau pharmacien qui ne sera pas en charge de la distribution du médicament mais du suivi et de l'accompagnement du patient en interprofessionnalité. Pour les personnes qui ont du mal à concevoir, à imaginer un autre pharmacien, je tiens à préciser que je partage le même diplôme que les pharmaciens-biologistes des laboratoires d'analyses médicales, que les pharmaciens d'industries chargés de production, que les pharmaciens inspecteurs de Santé Publique, que les pharmaciens des affaires réglementaires, que les pharmaciens hospitaliers, que les pharmaciens conseils de l'Assurance Maladie, que les pharmaciens des secteurs Recherche et Développement...

Alors oui, je commence à partager l'engouement du Pr Calop sur l'évolution que ce rapport peut apporter à ma profession, bien qu'il y ait quelques points noirs... Et cet engouement est d'autant plus soutenu que quatre cents personnes étaient présents hier soir à cette réunion !

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Polémiques & Débats
Commentaires
1 vote
par Mammon (IP:xxx.xx8.53.110) le 21 mars 2010 a 08H59
Mammon (Visiteur)

Bonjour l’auteur

Je ne suis moi-même pas pharmacien mais en ayant une ribambelle dans mon entourage proche, je perçois leur inquiétude quant à l’avenir de la profession. Le métier de pharmacien a changé. Rappelons qu’à l’origine, il était l’herboriste / apothicaire, chargé de concocter les médicaments à la demande du médecin pour son patient. L’évolution du médicament a fait que sa synthèse se déroule désormais dans les laboratoires des grands groupes pharmaceutiques, le pharmacien étant chargé de sa délivrance et du contrôle de la prescription du médecin. Le noeud du problème vient du fait que seule la vente de médicaments (et produits dérivés) permet au pharmacien de générer les revenus nécessaire pour faire fonctionner son entreprise et de gagner sa vie. D’où la dérive mercantile de certains et la pression des grands groupes industriels pour s’accaparer ce marché (on pense à Leclerc). Le coeur de métier du pharmacien, sa connaissance du médicament qu’il doit faire profiter à ses clients, n’est pas rémunérateur. Notons aussi le gâchis immense des médicaments vendus en France, du à leur conditionnement souvent inadaptés aux prescriptions, dérive entretenue par les grands laboratoires pharmaceutiques qui pousse les pharmaciens à vendre le maximum de boîtes de médicaments, et empêche de fait leur délivrance à l’unité. Que faire ? Les "consultations pharmaciens" seraient une voie à explorer mais elles se heurteront inévitablement à des résistances, d’une part des médecins qui craindraient la perte de certaines de leurs prérogatives, d’autre part des patients qui ne sont pas prêts à changer leurs habitudes. Sauf si une réforme totale du système de santé se met en place, une révolution même : la fin des paiements à l’acte pour les médecins. Délivrés de leur obligation de "faire du chiffre" (accumuler les consultations pour générer des revenus suffisants), eux-aussi pourraient se concentrer sur leur coeur de métier, le suivi des patients plutôt qu’une certaine forme de prestation de service. Ils délégueraient plus volontiers tout ce qui a trait à la "bobologie" à leurs collègues pharmaciens. Se mettra t-elle en place ? Grosse question mais quoi qu’il en soit, l’avenir des pharmaciens semble inextricablement lié à celui du système de santé, dont ils sont l’un des maillons.

1 vote
par Jean-Didier (IP:xxx.xx7.13.62) le 22 mars 2010 a 21H27
Jean-Didier, 24 articles (Pharmacien)

vous résumez assez bien mes posts ! ;-p

vous m’oppose juste sur le délestage de la bobologie ! je n’en ai rien à faire ! J’en des compétences spécifiques en optimisation des thérapeutiques et en iatrogénie médicamenteuses. C’est là qu’il faut q’on aille et non qu’on se perde à vouloir imiter les médecins !

0 vote
par Jean-Didier (IP:xxx.xx7.13.62) le 22 mars 2010 a 21H29
Jean-Didier, 24 articles (Pharmacien)

au passage votre pseudonyme est assez drôle par se pertinence, je ne doute que ce soit volontaire.

1 vote
par lucide (IP:xxx.xx8.72.25) le 23 mars 2010 a 14H30
lucide (Visiteur)

Vite un mouchoir, je vais pleurer

0 vote
par MorganRemedeo (IP:xxx.xx3.13.30) le 4 février 2011 a 12H56
MorganRemedeo (Visiteur)

Un article sur Jaibobola.fr sur le même sujet, en écoutant l’ordre des pharmaciens début 2011 : http://www.jaibobola.fr/2011/01/ave...

0 vote
par cypripe (IP:xxx.xx8.17.196) le 20 janvier 2012 a 17H05
cypripe (Visiteur)

Le problème vient aussi d’un défaut de communication. Rappelons au patient que pharmacie veut dire "science des poisons" pour leur faire comprendre qu’une pharmacie n’est pas un supermarché. Ainsi il est plus logique et sécurisant pour eux qu’un pharmacien (qui a fait 6 ans d’études) s’occupe d’eux. Mais encore faudrait-il que le patient puisse faire la différence entre le pharmacien, le préparateur en pharmacie et l’esthéticienne ou la vendeuse en pharmacie quand il se rend en officine.

Aussi, il faudrait commencer par réformer les études qui, quand on y réfléchit bien, ne préparent pas vraiment au métier puisque pour apprendre l’officine, il faut le faire en dehors de ses heures de cours. Vu le volume horaires des cours, je trouve ça problématique... La réforme de la profession devrait commencer dès la base. Pourquoi pas des cours pratiques de bobologie ????