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Que faire face à un médecin "sans coeur" ?
Que faire face à un médecin "sans coeur" ?
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21 août 2012 | 13 commentaires
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Ludivine, 7 articles (Interne en médecine générale)

Ludivine

Interne en médecine générale
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Que faire face à un médecin "sans coeur" ?

Que faire face à un médecin "sans coeur" ?

Une lectrice m’écrit “j’ai lu avec intérêt ces conseils que vous préconisez avant de rencontrer un médecin dans son cabinet et vous en remercie. Quel dommage qu’il n’y ait pas de conseils aussi pour les médecins sans cœur qui vous assènent sans scrupule leur vérité ! Comme cet urologue annonçant à mon mari âgé qu’il a très certainement un cancer de la prostate mais qu’il ne préconise « aucune surveillance pour lui ». Alors fallait il vraiment que mon mari sache qu’il avait un cancer puisqu’il n y a aucun soin à prévoir vu son âge ?”

Le cœur du problème

L’expérience que relate cette lectrice n’est malheureusement pas un cas isolé. Pourquoi me direz-vous certains médecins créent-ils si régulièrement des traumatismes chez leurs patients ? De mon point de vue, il y a plusieurs facteurs qui une fois mis ensemble donnent des réactions inadaptées chez les médecins et autres praticiens de santé.

Premier point : le décalage.

Etre médecin est un métier. Un métier, cela signifie que l’on est habitué à voir certaines situations de manière quotidienne ou hebdomadaire. En somme, devoir annoncer des cancers, des maladies graves, constater des décès etc. sont autant de choses auxquelles les médecins sont contraints de “s’habituer”. Mais nous sommes des humains, – et là, vous trouverez peut-être que je suis trop idéaliste – mais on ne peut jamais s’habituer réellement ce genre d’actions. Alors, on se protège comme on peut.

Deuxième point : la distance.

Pour se protéger, on utilise la distanciation, la froideur apparente. Pour ne pas être exposé aux émotions de la personne à qui l’on parle, on éteint les nôtres afin de ne pas encourager celles de ceux qui nous font face. En étant froid et fermé, on espère stopper l’autre. C’est une barrière, pour ne pas dire pour certains une muraille de protection.

Troisième point : l’autorité.

En étant bien barricadé, et cela sans même s’en rendre compte, le médecin peut alors annoncer, mais toujours croyez-moi avec une certaine appréhension, une mauvaise nouvelle ou asséner une information dont le médecin sait par avance qu’elle va être contestée par le patient. Pour se rassurer lui-même, le médecin utilise sa prétendue autorité afin de ne pas encourager le dialogue, l’égalité des parties.

Quatrième point : le décalage.

S’en suit un terrible décalage entre l’état d’esprit du médecin et du patient lors de l’annonce de la nouvelle. Le patient est de son côté totalement dans l’émotionnel, soit il craint ce qui va lui être annoncé et ses émotions trouvent porte close dans les mots du médecin. Ou bien, le patient ne s’attend pas du tout à ce genre de nouvelle, et se trouve totalement sidéré à l’annonce d’une information qui fait s’effondrer en quelques mots toutes ses perspectives d’avenir. La froideur qui accompagne la nouvelle coupe tout espoir d’amélioration, de guérison et c’est ce qui est le plus dangereux.

Alors que faire en cas de choc émotionnel ?

- lui faire la remarque : souvent les médecins – et pas que – ne se rendent pas compte du pouvoir des mots. C’est la chose la plus évidente mais également la plus difficile car se faisant, l’on se permet de critiquer l’attitude du médecin. Pour autant, faites-le ! C’est vraiment le meilleur conseil que je puisse vous donner tant une bonne remarque d’un patient peut instantanément changer l’attitude du médecin et lui rappeler le caractère humain de la discussion que vous êtes en train d’avoir. C’est comme un électrochoc pour lui. En lui disant que ce que vous lui dites vous fait mal, vous dites en réalité : “docteur, je vous rappelle que je suis un être humain qui souffre et non pas un simple nom dans votre liste de rendez-vous !”. C’est très efficace, car cela renverse les règles du jeu de rôle “médecin-patient”.

- si vous n’osez pas, pour autant, n’en restez pas là ! Ne pas se satisfaire de ce qui a été dit ! Un médecin n’est pas Dieu et vous serez surpris en consultant différents médecins de la multiplicité des réponses qui peuvent être apportées à un même problème. Là où un médecin verra tout en noir, un autre saura trouver des petits pas à faire vers la guérison.

- ensuite, il vous faut accepter la réalité de ce qui a été dit concernant votre maladie mais jamais se résigner. En somme, se tourner vers l’avenir.

- n’oubliez pas par ailleurs que la plupart des médecins ont rarement été sérieusement malades. Considérant ce point crucial vous avez une longueur d’avance sur leurs réflexions concernant la maladie. Tant que l’on a pas expérimenté en conscience la faillite de son corps, on ne peut réellement comprendre ce qui se passe dans la tête d’un patient. Sur ce point, c’est vous qui devez enseigner à votre médecin ce qu’est la maladie vécue de l’intérieur.

- chercher des personnes de confiance pour en discuter, pour dire ce que les paroles nous ont fait.

- un autre point important : se rappeler que c’est notre corps, que l’on est la SEULE personne à vivre dedans et qu’à ce titre, malgré tout ce qui a pu être dit, nous sommes les seules à pouvoir réellement prendre les décisions concernant la suite de ce qui va nous arriver. Le médecin ne fait que proposer, le patient peut toujours refuser.

Pourquoi ces attitudes de la part des médecins ?

Nous l’avons vu dans le premier paragraphe : le besoin de protection. Mais souvent, d’autres problématiques se greffent et renforcent le besoin de réassurance. Il est possible qu’un médecin soit froid car il n’a :

- pas de réponse ou d’explication à apporter

- pas de solution à proposer

- pas de formation sur la gestion des émotions / ignorance des mécanismes psychiques

- des problématiques personnelles / un handicap émotionnel qui le rende mal à l’aise dès que l’on s’écarte des “protocoles” et de la technique

- ignorance du pouvoir des mots, pas de conscience de l’effet des mots et de la fragilité des êtres humains. Ce dernier point rejoint les deux précédents mais est tellement vrai pour nombre d’humains.

Quel est l’objectif ?

L’objectif est de se souvenir du rôle supposé du médecin : vous aider à aller mieux. Pouvez-vous considérer qu’en annonçant une nouvelle brutalement et sans proposer de suite de soutien, il est possible d’entamer un chemin vers une quelconque guérison ? Personnellement, je ne le pense pas. Certes, la “mauvaise nouvelle” doit être annoncée et elle créera toujours un choc, mais elle est et ne doit rester qu’un temps et ne pas accaparer notre énergie en ressassements infinis. Je sais combien il est difficile d’agir lorsque tout espoir semble avoir été coupé par des mots mal choisis ; mais il faut s’imposer de ne pas s’y arrêter plus de deux ou trois jours. Après, il faut aller vers la guérison, trouver ce qui fait du bien à la fois à notre corps et à notre esprit.

Si votre esprit tourne toujours en rond plusieurs jours après le choc de l’annonce : écrivez une lettre, un mot à votre médecin pour lui expliquer sa maladresse et envoyez lui. Ainsi vous serez soulagé d’une partie de votre tension interne car vous aurez transformé en mots votre souffrance, et dans le même temps, sans forcément y penser de prime abord, sachez que vous aurez rendu un grand service à votre médecin en lui rappelant que la relation médecin-patient est une relation “à deux”, un dialogue et non pas un monologue. En tant qu’être humain, cela devrait le faire réfléchir sur sa manière d’exercer son métier.

Après ça, n’y pensez plus, allez vous promener dans la nature et réfléchissez à ce que vous voulez pour votre avenir et où vous allez trouver les matériaux nécessaires pour le construire.

Retrouvez tous mes articles sur mon blog L'Ordonnance ou la Vie

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Commentaires
2 votes
par Jean-Philippe Jason (IP:xxx.xx8.36.6) le 21 août 2012 a 17H16
Jean-Philippe Jason, 42 articles (Sophrologue)

Bonsoir, malheureusement les médecins ne sont pas formés comme vous l’avez souligné, à gérer les états émotionnels, cela est fort regrettable ! Bon nombre de médecins ne sont pas formés aux troubles primaires ou secondaire de la sexualité,il serait peut-être judicieux de leurs "imposer" des cours de sexualité et non des cours optionnels ( 2 heures pour des années d’études) ! je vous souhaite une bonne soirée. Cordialement. Jean-Philippe. http://eclosion83136.canalblog.com

2 votes
par Docteur Paul Touron (IP:xxx.xx2.1.209) le 21 août 2012 a 18H12
Docteur Paul Touron, 3 articles (Dermatologue)

Il y aurait en effet beaucoup à dire sur les études de médecine ! Il faut aussi prendre en compte l’attitude de refus de certains patients qui ne veulent ni entendre ni savoir. Dans ce cas, il peut être indispensable de d’être un peu brusque et d’appeler un chat un chat…

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par denzo (IP:xxx.xx9.150.51) le 21 août 2012 a 19H23
denzo (Visiteur)

Vous oubliez aussi que le Médecin doit se "protéger" car il ne peut pas exercer son art dans l’empathie et encore moins l’affect ! Enfin, je pense que vous vous méprenez sur les médecins qui ne choisissent pas cette profession parce que c’est un "métier", mais par vocation !

0 vote
par pgl62 (IP:xxx.xx7.219.39) le 24 août 2012 a 00H49
pgl62 (Visiteur)

Vocation de soigner pour certains, mais plus pour tous !

Remplacons l’exercice libéral par le salariat, obligeons les à une véritable formation continue, dont certains (MG) estiment ne pas avoir besoin et supprimons l’influence des labos (un pilote d’avion, un enseignant, etc..., ont des FMC)

Seuls les meilleurs survivront Et je les connais bien.

0 vote
par pgl62 (IP:xxx.xx7.219.39) le 24 août 2012 a 01H05
pgl62 (Visiteur)

Vocation ! : Pas tous... ou ils ont oublié

1 vote
par nad (IP:xxx.xx9.175.222) le 21 août 2012 a 19H34
nad (Visiteur)

article intéressant et de bons conseils. Cependant peu de gens osent remettre en question la parole du médecin, même la pire...Le savoir, l’autorité sont prédominants. Je pense surtout qu’il faut prendre un avis ailleurs, peut -être voir du côté des médecines alternatives. Il m’est arrivé de tenter de me dégager de l’autorité de mon médecin, parce qu’il ne voulait m’orienter vers un spécialiste alors que je répétais une infection devenue chronique et des prenais des antibios à outrance. Refus d’orientation d’un autre médecin parce qu’il ne croyait pas à la thérapie alors qu’elle se déroulait en milieu hospitalier. Heureusement, c’était des problèmes bénins. mais à chaque fois, ça été une bagarre ! Il faut toujours rester maitre de son corps, de ses choix et ne laisser personne décider à sa place ;

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par emma463399 (IP:xxx.xx8.109.146) le 21 août 2012 a 20H41
emma463399 (Visiteur)

Personnellement j’ai été dans le passé traumatisée par un médecin qui ne voulait pas me donner le diagnostic d’une maladie (heureusement curable) qu’avait contracté mon fils à la naissance. Lorsque je lui ai posé la question il m’a dit "autrefois il serait mort, aujourd’hui cela se soigne" et cela sans me nommer la maladie (malgré mes questions). Je suis restée sans plus d’information durant 3 jours pendant lesquels mon bébé était en service néonatal et moi en service post accouchement. J’ai seulement eu des bribes d’information (déformées) par une aide soignante. J’avais eu une hémorragie à la naissance et on m’avait mise dans une chambre double où je voyais défiler les visites pour le bébé de ma voisine de chambre. Bref tous les ingrédients pour faire une petite dépression post accouchement. Donc juste pour dire que le silence médical n’est pas forcément bienfaiteur, il peut induire encore plus d’angoisse pour le patient ou la famille (on s’imagine le pire). Tout dépend je pense du temps que prends le corps médical pour bien expliquer et avec tact le diagnostic. Je crois que c’est ce qui manque réellement : l’échange.Mais on sait tous dans quel état sont aujourd’hui nos hopitaux : sous-effectif structurel.

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par alinea (IP:xxx.xx0.161.168) le 21 août 2012 a 20H46
alinea (Visiteur)

On ne demande pas à un médecin d’avoir de l’affect : on lui demande de faire son boulot. Il y a quelques médecins, tout de même qui sont dignes de ce nom ! Les autres sont des incompétents, point barre.

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par Jean-Philippe Jason (IP:xxx.xx8.36.6) le 21 août 2012 a 21H43
Jean-Philippe Jason, 42 articles (Sophrologue)

Si certains patients refusent le diagnostic, n’est-il pas du rôle du praticien médical d’orienter les patients en souffrance vers des psychothérapeutes ? cela aiderai considérablement les patients à "accepter" leurs maladies ou troubles.

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par Jean-Philippe Jason (IP:xxx.xx8.36.6) le 21 août 2012 a 22H01
Jean-Philippe Jason, 42 articles (Sophrologue)

Effectivement le médecin doit se protéger mais rien ne l’empêche d’avoir de l’empathie. Ces même médecins seront confrontés un jour où l’autre à consulter un confrère, n’aimeraient-ils pas avoir en face d’eux un homme ou une femme qui puisse écouter leurs souffrances et les accompagner à traverser certaines épreuves douloureuses. Si certains médecins voulaient lâcher un peu de leur "pouvoir" et orienter le patient vers des psychothérapeutes,sexothérapeutes, naturopathes... cela permettrait au médecin de se tenir dans son rôle, non négligeable, de soignant.

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par Jean-Pierre (IP:xxx.xx8.130.97) le 22 août 2012 a 09H20
Jean-Pierre (Visiteur)

Bonjour,pour ma part,lors de la première échographie,j’avais compris de quoi il retournait:j’ai de mandé au médecin de me le confirmer:est-ce un cancer(de la prostate) ?Elle m’a dit:oui.Je ne lui en veux nullement,je voulais savoir.Ensuite,c’est vrai je suis resté"sidéré":le mot correspond à la réalité.J’ai caché à ma famille la vérité,en attendant toute la série d’examens qui suivent,et confirment définitivement l a réalité.J’ai vécu une longue période de peur ;C’est ainsi:il s’agit d’un affrontement solitaire avec..la possibilité de la mort.Là-dessus,personne ne peut aider,si ce n’est une prothèse de croyance en un au-delà...Il reste que la médecine ne s’intéresse qu’au corps organique,et nous laisse seuls avec nos chocs psychiques,profonds et durables,et incommunicables.Mais la perspective pour moi,c’était cinq ans de "survie" avec métastases ,donc l’horreur.Alors,le choix est vite fait !Bravo pour le boulot:tripatouillages dans votre ventre durant deux heures,en sommeil profond,bien sûr,et puis hop,on rentre chez soi,et voilà:qui dit mieux ?!!Merci à la médecine !Et vive la vie !

0 vote
(IP:xxx.xx1.13.224) le 22 août 2012 a 10H35
 (Visiteur)

Il y a là un article traduit en français d’un médecin qui veut inviter les médecins à s’intéresser aux émotions de leurs patients et à leur enfance :

http://alice-miller.blogspot.fr/201...

0 vote
par Jean-Philippe Jason (IP:xxx.xx8.36.6) le 22 août 2012 a 17H46
Jean-Philippe Jason, 42 articles (Sophrologue)

Merci pour le lien,fort intéressant.