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Pudeur, exhibition et soignants
Pudeur, exhibition et soignants
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7 septembre 2012
Auteur de l'article
Heidi, 5 articles (Infirmière)

Heidi

Infirmière
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Pudeur, exhibition et soignants

Pudeur, exhibition et soignants

Durant ces deux dernières journées de travail, j’ai fortement pensé à Leya_MK et son article de blog Dignité, mes fesses ! ainsi que la pétition lancée par farfadoc via son article Pour des chemises d’hôpital respectant la pudeur et la dignité des patients. En effet, j’ai mis deux sortes de chemises à des patients, fait des toilettes... la routine, en fait...

Oui, mais une routine qui devient sujet de réflexion... Je pense travailler en respectant la dignité des gens que je soigne, en ne les découvrant pas complètement, en mettant un linge de bain (oups... "une serviette de toilette" dit-on en France !) sur les parties du corps que je ne suis pas en train de laver, en...

Non, je ne vais pas raconter comment devrait se faire une toilette, le sujet n'est pas d'un intérêt percutant !

Mais je pense aussi à ces mots, ces gestes qui m'ont choquée de la part des patients !

A l'école d'infirmières, on m'a appris à respecter les patients, à travailler dans le respect des personnes en face de moi, mais jamais à réagir lorsque c'est moi qui étais mal à l'aise !

J'ai raconté la première toilette jamais faite à un homme, M. Huber ( Souvenirs, souvenirs... ), où ma naïveté et mon inexpérience étaient flagrantes...

Mais il y a aussi eu Monsieur Gaston, qui arrive aux Soins Intensifs après une lourde opération, mais réveillé. Je l'installe, soulève le drap de façon à voir les pansements et je l'entends me dire " Hein ? vous voulez voir comment elle est petite, ma zigounette !?"

(Navrée, Monsieur Gaston, votre "zigounette" ne m'intéresse absolument pas ! de plus, avec la sonde qui en sort, elle est pas forcément au mieux de sa forme... )

Il y a eu ce jeune homme, alcoolisé, drogué, fâché d'être retenu dans mon service qui n'a rien trouvé de mieux que de se masturber dès qu'une soignante arrivait vers sa chambre (les chambres sont vitrées). Le "problème" a été résolu de manière assez simple : nous avons envoyé notre collègue masculin s'occuper de lui.

Madame Annie, en pleine crise de porphyrie, qui s'est jetée nue sur un médecin en lui criant des mots d'amour...

Il y a tous ces regards par en-dessous quand on va vider un "uriflac" (sac collecteur d'urine), lorgnant dans notre absence de décolleté.

Il y a ces mains "baladeuses" qui nous agrippent, sur les parties très charnues de nos individus, alors que nous en maintenons le propriétaire (des mains) sur le côté pour que le ou la collègue puisse lui laver le dos.

Il y a cet homme qui, alors que ma collègue Lilia lui ôtait la sonde vésicale, s'est écrié "pas besoin de la nettoyer après, ma femme me fera une pipe !"

Alors, voilà... je suis choquée, mes collègues aussi, mais que faire ? comment faire comprendre à un/e malade, opéré/e, drogué/e, que le soignant a aussi droit au respect de sa pudeur ?

Comment leur faire comprendre que le langage cru n'est pas forcément drôle ? que de faire rougir une soignante n'est pas un défi lors de journée d'ennui ?

Qu'il n'est pas agréable d'entendre des insanités, des gros mots...

c'est juste impossible, je le sais bien...

Donc, on prend sur soi, on rit (jaune) et on passe à autre chose...

Mais une usure est possible, et je sais qui les jours où je craque, malgré tout mon amour pour mon métier, c'est à ces moments-là que je pense...

Infirmière Heidi
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