Présidentielle et euthanasie : quand le débat sur la fin de vie devient électoraliste

Entre les candidats qui sont favorables à l’aide active à mourir et ceux qui sont hostiles au moindre changement de la loi Leonetti, qui interdit l’acharnement thérapeutique, Gérald Kierzek, médecin urgentiste, appelle à la fin de vie des débats électoralistes sur l’euthanasie.
Le débat sur la légalisation de l’euthanasie vient de refaire brutalement surface à l’occasion de récents coups médiatiques[1] et politiques qui occultent malheureusement et dangereusement la réalité juridique et de nos pratiques médicales sur la fin de vie.
Photomontage de la campagne de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) représentant Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen sur un lit d'hôpital, mars 2012 (ADMD/AFP)
Le sujet est trop grave pour céder aux dérives électoralistes clivantes de type droite-gauche. Il mérite au contraire une réflexion apaisée et juste des politiques ; sinon, ces derniers risquent bien d’ouvrir une boîte de Pandore difficile à refermer.
La fin de vie mérite mieux que des coups
Proposition choc du candidat socialiste François Hollande dans ses 60 engagements pour la France :
"Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité."
Déjà, Jean-Michel Baylet, candidat perdant à la primaire socialiste, avait cédé à la facilité des sondages d’opinions dans l’affaire Bonnemaison en déclarant qu’il fallait dans l’urgence adopter une loi sur le droit de mourir dans la dignité à propos de cet urgentiste accusé d’euthanasie active. Ces déclarations sont les échos électoraux ou électoralistes à des sondages qui montrent que les Français seraient largement favorables à l’euthanasie active (84% en janvier 2012, selon le sondage organisé par l'Institut BVA pour la Chambre des notaires de Paris).
Une récente campagnepublicitairede l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) caricature encore un peu plus le débat pour ou contre l’euthanasie. Elle est d’ailleurs dénoncée par laSociété française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), consternée par les "images véhiculées" et par une campagne "caricaturale et simpliste, méprisante pour les malades, leurs familles et les équipes soignantes"
La réalité juridique et médicale est en effet différente des clichés que l’on veut bien nous servir en cette veille d’élection présidentielle.
Nous avons déjà les moyens de mourir dans la dignité
Pour ne pas tout confondre, il convient déjà de redonner un sens aux mots. L’euthanasie active est l’acte par lequel le médecin ou un proche du patient peuvent provoquer le décès du patient si la situation est justifiée (action de la part d'un tiers, l'injection d'une substance mortelle par exemple). Les pays européens ayant autorisé cette forme d’euthanasie l’ont strictement encadrée, avec par exemple aux Pays-Bas les "critères de minutie" demandés par la loi.
Au nombre de six, ils sont considérés comme remplis lorsque le médecin :
- a acquis la conviction que le patient a formulé sa demande librement, de façon mûrement réfléchie et constante ;
- a acquis la conviction que les souffrances du patient étaient sans perspectives d'amélioration et insupportables ;
- a informé le patient de sa situation et de ses perspectives ;
- est parvenu, en concertation avec le patient et compte tenu de la situation de ce dernier, à la conviction qu'aucune autre solution n'était envisageable ;
- a consulté au moins un autre médecin indépendant qui a examiné le patient et s'est fait une opinion quant aux critères de minutie visés aux alinéas précédents ;
- a pratiqué l'interruption de la vie avec toute la rigueur médicalement requise.
L’euthanasie passive concerne le patient qui refuse l'acharnement thérapeutique. Indirectement, le médecin administre des médicaments (sédatifs, anti-douleurs, etc.) dont la conséquence non recherchée est la mort.
Le "suicide assisté" (comme autorisé en Suisse) est la situation dans laquelle le médecin montre ou propose au patient conscient et en pleines capacités une méthode lui permettant de mettre fin à ses jours le plus sereinement possible.
Le cadre actuel de la loi (Loi n° 2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie) donne d’ores et déjà les possibilités aux praticiens de soulager les patients et lutter contre l’acharnement thérapeutique. Il se rapproche de l’euthanasie passive. Le texte indique en effet que les traitements ne doivent pas être poursuivis par une "obstination déraisonnable" et fait obligation de dispenser des soins palliatifs. Des traitements anti-douleurs efficaces peuvent être administrés en fin de vie, même s’il en résulte une mort plus rapide. Toute personne en phase terminale peut décider de limiter ou d’arrêter les traitements. Si le malade est inconscient, l’arrêt ou la limitation du traitement ne peuvent être décidés que dans le cadre d’une procédure collégiale et après consultation d’un proche ou d’une "personne de confiance" préalablement désignée par le malade.
L’urgence politique n’est pas de légiférer
Dans nos pratiques, la loi est claire et la science médicale suffisante pour soulager les patients, ne pas s’acharner et accompagner la fin de vie. Il n’y a donc aucune urgence politique à légiférer de nouveau. Et ce qui est qualifié d’hypocrisie sociale relève plus de la méconnaissance sociale, car l’arsenal juridique et thérapeutique existe (des directives anticipées au droit à aider à mourir).
Flash mob organisé par l'"Alliance VITA" contre l'euthanasie, le 24 mars 2012, Paris (K.TRIBOUILLARD/AFP)
Il y a en revanche urgence à soutenir et développer les soins palliatifs, faire connaître le cadre de la loi et former les praticiens, comme le souligne lerapport 2011 de l’Observatoire national sur la fin de vie.
La loi est en effet méconnue et la forte mobilisation citoyenne montre qu’un débat public doit avoir lieu. Le débat doit permettre d’expliquer les textes existants et leurs larges possibilités en matière de fin de vie. Autoriser des injections létales par un médecin, même avec le consentement du patient ou de sa famille et même avec une décision collégiale, me semble plus relever du "permis de tuer" que du "droit des patients", ouvrant la porte à toutes les dérives.
"Finir sa vie dans la dignité. Quelle absurdité de parler de dignité ! Celui qui souffre se fout de la dignité. Il veut arrêter de souffrir ! Un point c'est tout !"
Anonyme. Posté sur un forum.
Et ça, la loi le permet déjà.
POST-SCRIPTUM
[1] Cf. le livre publié le 10 avril "Le dernier tabou. Révélations sur la santé des présidents", Denis Demonpion et Laurent Léger (éd. Pygmalion).
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Suicide, euthanasie ou simple envie de s’en aller il ne devrait pas y avoir de débat, chacun est propriétaire de son corps et devrait en disposer comme il l’entend, ou alors qu’on inscrive clairement dans la constitution..votre corps est la propriété de l’état, ce sera plus claire.

"La science médicale est suffisante pour soulager les patients" ??Je conteste cette affirmation...La morphine a des effets terribles:elle bloque l’organisme et provoque d’autres souffrances...

Il me semble que, excepté ces décisions prises dans le cabinet d’un médecin, en pleine possession de ses moyens, qui n’est autre qu’une demande de suicide assisté, ce que réclame l’ADMD est une énorme usine à gaz destinée à protéger juridiquement celui qui fait le geste, or il est bon d’avoir la possibilité d’un recours juridique, même si, on le sait, celui-ci n’aboutira généralement pas à une condamnation mais surtout à une explication qui peut faire progresser la société dont la première loi est "tu ne tueras point"
Plusieurs éléments me viennent en tête, y compris, lors d’une table ronde, cette psychiatre citant le cas des enfants prématurés dont l’avenir est incertain, dont le discours était le suivant "cette femme, mère de plusieurs enfants, passait son temps au chevet de son prématuré, abandonnant ses autres enfants. Le "collège" des médecins et soignants allaient décider d’abandonner les soins pour cette raison (l’enfant n’était visiblement pas uniquement assisté et pouvait s’en sortir)
Ce témoignage m’a outré car pour la fratrie, avoir son parent au chevet de celui qui demande beaucoup d’attention, est l’assurance qu’ils sont aimés. Or le collège avait fait l’impasse sur cette maman, sur la fratrie et décidait à sa place de la vie de son enfant.

"la société dont la première loi est "tu ne tueras point" "
Dans ce cas, pourquoi l’avortement et les opérations militaires sont-ils autorisés ?

Même si on n’est pas tout à fait d’accord, le débat sur les embryons (avant qu’ils ne soient foetus) a été longtemps discuté pour que l’avortement ne soit pas confondu avec un homicide.
Les "opérations militaires" seraient de l’ordre de la "légitime défense" d’ailleurs nous n’avons plus de ministère de la guerre mais un ministère de la Défense.
La société a "un peu" avancé durant toutes ces années.
Par contre, faire appel à une décision incluant nécessairement le "pouvoir médical", alors que nous avons tellement de reproches à faire à cette médecine omniprésente source de bien des malheurs - des sauvetages également, c’est vrai - médicalisation à outrance de toutes les étapes de la vie, me paraît un contre sens. De quel droit ? plutôt des philosophes, pourquoi pas ? en lieu et place de ces amateurs des diableries de salle de garde...








