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Pouvons-nous encore faire confiance à notre système de santé ?
Pouvons-nous encore faire confiance à notre système de santé?
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22 août 2011
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Dr Yen BUI, 5 articles (Rédacteur)

Dr Yen BUI

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Pouvons-nous encore faire confiance à notre système de santé ?

Pouvons-nous encore faire confiance à notre système de santé?

La réforme du système de santé fait les gros titres des médias à la rentrée. Ces mesures sont-elles suffisantes ?


C'est la question lancée par un magazine et elle est totalement justifiée vu tous les scandales sanitaires ces derniers temps. Pour ne citer que les plus importants, nous avons déjà une grande liste :
 
  • Le scandale du sang contaminé,
  • Le scandale des hormones thyroïdiennes,
  • Le scandale financier du vaccin de la grippe aviaire,
  • Le scandale du Médiator,
  • Le scandale concernant l'annulation totale des recommandations de la HAS sur les traitements du diabète et de d'Alzheimer. (1)
  • Le scandale du décret interdisant les techniques de la lipolyse alternatives à la liposuccion (2), qui est intégralement suspendu par le conseil d'État le 17 juin 2011.
 
Ces trois derniers concernent la HAS, la Haute Autorité de Santé, un organisme qui devrait guider la bonne pratique des médecins. Cette comité d'experts émet des avis encadrant la conduite à tenir des médecins pour tout, le diagnostic, le traitement et le suivi. Les médecins ne suivant pas leur recommandations risquent d'être poursuivis en cas d'effet secondaire. Tel est le cas dans l'affaire Médiator. Or l'annulation totale de leurs recommandations dans le traitement du diabète, de la maladie d'Alzheimer et dans la lyse adipocytaire montre comment ces experts peuvent se montrer malhonnêtes par conflit d'intérêts ou simplement incompétents.
 
Sur la qualité du rapport de la HAS concernant les soi-disant effets secondaires graves des techniques de la lyse adipocytaire, les termes de l'avis du Conseil d'État sont particulièrement virulents . Ils soulignent : (2)
 
- L'absence de l'impartialité
 
- Le non respect du contradictoire. (C'est-à-dire que ce rapport ne tient compte que des avis négatifs)
 
- La présence du conflit d'intérêt ( au moins un des auteurs du rapport présente un lien avec les parties intéressées).
 
« -Absence de transparence des conditions dans laquelle l'évaluation a été menée.
 
-L'évaluation est incomplète
 
-Ses auteurs ont ignoré certaines références bibliographiques.
 
  • certaines techniques considérées comme présentant un danger grave pour la santé humaine et interdites par le décret contesté, n’ont fait l’objet d’aucune étude
  • il existe plusieurs contradictions entre les conclusions des auteurs de l’étude et les recommandations adoptées
  • l’avis est entaché d’erreurs de fait sur les effets indésirables des techniques de lyse adipocytaire qui ne sont pas liés à la pratique de la mésothérapie elle-même mais aux conditions dans lesquelles cette technique a été pratiquée » 
 

La partie de texte en gras sont des extraits de l'avis.
 
Il est donc scandaleux que les gens soi-disant spécialistes, considérés comme des experts payés par l'État fassent autant d'erreurs sur les recommandations qui servent de guide de bonne pratique aux médecins. Les médecins mal guidés ne peuvent qu'être de mauvais praticiens, mettant en danger tous leurs patients. Par ailleurs, ce rapport porte atteinte à l'image des médecins qui pratiquent ces actes de lyse adipocytaire, jetant frauduleusement le doute sur leur compétence. Ces médecins pourront probablement porter plainte contre la HAS, notamment contre ces médecins « experts » pour préjudices.
 
 
Rappelons que la HAS est financée à 92% par l'État français (3). L'origine des 8% restant reste floue sous le terme « autres ». Nous nous demandons d'où proviennent ces 8% « autres »c ? Si des organismes privés qui ne contribuent que ces 8% arrivent à contrôler la HAS à travers ce biais ? D'autre part, pourquoi devrons-nous payer pour de mauvais conseils et des recommandations aussi peu recommandables, successivement annulées par le Conseil d'État pour fautes scientifiques et conflit d'intérêts ?
 
Cela est d'autant plus grave que ce sont les médecins de ville, la plupart des généralistes dont la compétence est peu considérée dans l'hiérarchie scientifique, qui fournissent des preuves scientifiques récoltant durant leur temps personnel et qui sont obligés de payer de leur poche toutes ces actions de recours (4) afin de faire reculer les exactions de ces soi-disant spécialistes.
 
Autre fait inadmissible est que ces experts sont toujours impunis jusqu'à ce jour quel que soit le scandale et son ampleur. Le contrôle efficace des experts afin d'obtenir un vrai travail d'encadrement de l'exercice médical est primordial pour une médecine de qualité dont nous sommes tous des usagers.


Monsieur Xavier Bertrand, ministre de la Santé, a été très courageux d'attaquer à ce problème quelques mois après sa prise de fonction. Dans les mesures de réforme du médicament datant du 23 juin 2011 (5), figurent des nouveautés comme le formulaire unique de déclaration publique d'intérêts ( déclaration de l'existence des conflit d'intérêts) que tout le monde peut consulter sur une base de données publiques et la sanction de ne plus pouvoir siéger dans les commissions d'expertise en cas de manquement à cette obligation.
 
Ces mesures ont été largement saluées mais paraissent insuffisantes selon nombreux forums de discussion et par la revue médicale Prescrire (6), la seule indépendante et sans publicité.
 
Quand un médecin de ville commet une faute professionnelle, même si elle était d'origine d'aléas thérapeutique, des risques connus et qui peuvent survenir à une proportion prévisible, le patient peut réclamer des indemnisations financières. Pourrions-nous exiger les mêmes remboursements financiers à ces experts afin de freiner leur manque de scrupule ?
 
- Qu'ils versent une somme précisée par avance en cas d'omission de noter certain conflit d'intérêt concernant leur mission, par exemple le double de la somme allouée ou de la somme provenant de la malversation pour trafic d'influence.
 
  • Que toutes ces fraudes et ces fautes soient consignées sur leur curriculum vitae.
  • Que les experts dont les rapports de recommandation sont annulées pour erreurs graves soient écartés du travail d'expert pendant au moins cinq ans.
  • Qu'ils soient jugés en pénal quand ils commettent des fautes avérées comme le cas des erreurs de prescription faites par les médecins de ville dans leur exercice. Leurs mauvaises recommandations entrainent des dégâts bien plus importants en touchant simultanément de nombreuses personnes.
 
Tant que les experts ne sont pas de vrais professionnels compétents auxquels nous pouvons réellement faire confiance, nous ne pouvons faire confiance à notre système de santé.
Dr Yen BUI

SOURCES

  • 1/ .http://www.formindep.org/-RECOURS-CONTRE-LES-RECOMMANDATIONS-.html

    2/ http://www.conseil-etat.fr/cde/node.php?articleid=2372

    3/ http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_637731/budget-et-sources-de-financement

    4/ http://www.formindep.org/Bilan-comptable-2009-2010.html

    5/ http://www.sante.gouv.fr/un-nouveau-systeme-du-medicament-au-service-des-patients.html

    6/ http://www.lepoint.fr/sante/reforme-du-medicament-prescrire-les-conflits-d-interets-ne-vont-pas-disparaitre-de-sitot-01-08-2011-1358629_40.php
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