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Médicaments dangereux : à qui la faute ?
Médicaments dangereux : à qui la faute ?
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12 avril 2011 | 5 commentaires
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Marc Girard, 35 articles (Médecin)

Marc Girard

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Médicaments dangereux : à qui la faute ?

Médicaments dangereux : à qui la faute ?

Sang contaminé, hormone de croissance, Distilbène, cérivastatine, Vioxx, Acomplia, Avandia, Di-Antalvic, vaccins contre l’hépatite B, la grippe ou le cancer de l’utérus : les gens n’en peuvent plus de constater que rien ne change malgré l’accumulation des scandales pharmaceutiques, et qu’en plus, tout semble s’aggraver dans une ambiance révoltante d’impunité.

Il s'agit donc de dire aux citoyens qu'ils ont raison d'être inquiets, de leur montrer que les réformes qu'on leur propose n'ont d'autre objectif que d'aggraver les conditions qui ont rendu possibles tous ces scandales, de les convaincre enfin qu'ils n'ont aucun motif sérieux de retrouver la confiance. Bref : de leur donner des éléments de fait suffisants pour inspirer leur protestation et alimenter leur résistance.

On partira le plus souvent d'expériences concrètes dont l'interprétation saute déjà aux yeux du plus profane, pour en tirer matière à une réflexion plus abstraite, tout en essayant de caractériser le rôle des principaux acteurs à l'œuvre : les médecins, les experts, les journalistes, les fabricants [1]...

Introduction

S’assumant comme politique, la réflexion de mon précédent livre [2] s'était d'emblée référée au climat de méfiance à l'égard des autorités tel qu'il s'était cristallisé après que les Français eurent été froidement bafoués dans leur volonté pourtant démocratiquement exprimée à l'occasion du référendum sur la Constitution européenne. Qu'il me soit permis de dire comme je suis fier d'avoir contribué à cette magnifique expression de défiance citoyenne qu'a représentée, ensuite, le lamentable ratage de l'indécente campagne vaccinale anti-H1N1 – escroquerie dans laquelle les institutions européennes ont si bien joué leur rôle au service des lobbies.

Les choses évoluant plus vite que ne le croient nos politiques, le climat dans lequel j'entends placer ce nouvel ouvrage sera celui de l'exaspération : les gens n'en peuvent plus de constater non seulement que rien ne change malgré l'accumulation des scandales, mais encore que tout semble s'aggraver dans une ambiance révoltante d'impunité. Le hasard fait que, écrivant ces lignes, je suis en train de lire l'ouvrage récent de l'économiste Jacques Généreux, La grande régression [3] : je pourrais reprendre presque mot pour mot le propos de son premier chapitre – notamment lorsqu'il dénonce la « pétrification » des esprits qui réduit à l'impuissance la critique du système malgré l'évidence de ses tares et la flagrance de ses échecs.

Les déterminants généraux évoqués par J. Généreux s'appliquent évidemment au cas particulier des industries de santé. Citons sans esprit d'exhaustivité : la recherche d'une rentabilité maximale sans aucun souci de l'avenir, le remplacement d'une éthique professionnelle par une réglementation qui nourrit sa profusion tentaculaire de ses constants échecs, la privatisation de l'État (via une mainmise de fait sur l'assurance-maladie et l'administration sanitaire), « la colonisation des esprits » par l'exploitation intéressée des dérives morales contemporaines – à savoir l'obsession de jouissance à court terme et le rejet narcissique de toute limitation (à commencer par celles du corps) et de toute contrainte (à commencer par celles du transgénérationnel, du vieillissement et de la mort).

Ce nonobstant, les choses avancent… L'année suivant celle de la supercherie pandémique, la campagne contre la grippe saisonnière a débouché sur un nouvel échec, prenant au dépourvu les autorités sanitaires qui n'avaient manifestement pas anticipé que les citoyens ne sont pas aussi bêtes, ni oublieux, qu'elles l'imaginaient. C'est l'explication la plus claire de cette affaire Médiator où, à l'occasion d'un scandale minuscule toutes choses égales par ailleurs, on organise une grande cérémonie incantatoire et expiatoire visant à faire accroire aux gens qu'on les a reçus cinq sur cinq, qu'on va voir ce qu'on va voir et qu'ils peuvent se rendormir : il faudrait comprendre que, avant longtemps, on aura fait place nette pour qu'ils puissent retrouver la confiance dans un système entièrement remis à neuf et retourner, comme s'il ne s'était rien passé, dans le giron des « experts » et autres bienfaiteurs de l'humanité qui n'ont d'autre souci que la santé de leur prochain…

C'est précisément pour contribuer à l'échec de cette mystification que le présent livre a été conçu  : dire aux citoyens qu'ils ont raison d'être inquiets, leur montrer que la réponse qu'on leur propose aux scandales qui les révulsent ne vise rien d'autre que l'aggravation des conditions qui ont conduit à la situation présente, les convaincre enfin qu'ils n'ont aucun motif sérieux de retrouver la confiance. Bref : leur donner des éléments de fait suffisants pour inspirer leur protestation et alimenter leur résistance. Le propos est certes inscrit dans l'actualité française, mais il s'est fixé une généralité suffisante pour être utile ailleurs que dans notre pays : mondialisation oblige…

Quoique ma précédente contribution – focalisée sur la colonisation des esprits (les fausses alertes de santé publique), la corruption du monde expertal et les perversions du principe de précaution – reste utilisable pour comprendre les scandales actuels, le point de vue adopté dans le présent ouvrage est un peu différent, et moins abstrait : on partira le plus souvent d'expériences concrètes dont l'interprétation saute déjà aux yeux du plus profane, pour en tirer matière à une réflexion plus globale, tout en essayant de caractériser le rôle des différents acteurs à l'œuvre (les médecins, les experts, les journalistes, les fabricants…).

L'exigence méthodologique reste la même, ce nonobstant : référencement, impersonnalité, théorisation.

  • Le référencement, c'est la justification transparente des sources (de telle sorte qu'idéalement, le lecteur puisse s'y reporter), de leur validité (certaines études sont clairement falsifiées), de leur pertinence (c'est un vieux truc du marketing pharmaceutique que de légitimer les allégations les plus folles par des références dont il apparaît, quand on se donne la peine d'aller les vérifier, qu'elles n'ont rien à voir [4]), ainsi que la hiérarchisation de leur crédibilité (certaines revues sont plus crédibles que d'autres [5], certains auteurs ont une compétence plus documentable que d'autres, certaines méthodes sont plus fiables que d'autres). A ce sujet, notons que qualifier autoritairement une source de « scientifique » ou affubler son auteur d'un titre ronflant de « Professeur » (éventuellement « grand » ou « bien connu »), ce n'est pas à proprement parler ce que j'entends par validation…
  • L'impersonnalité n'empêche pas l'évocation d'expériences personnelles, mais à la condition qu'elles soient suffisamment exemplaires pour alimenter une réflexion générale propre à inspirer les autres expériences individuelles.
  • La théorisation, ce n'est pas l'extrapolation égocentrique : tel médicament m'a rendu malade, donc il est toxique ; ma copine (ma mère/ ma sœur) s'est fait diagnostiquer un cancer du sein à la mammographie, donc la mammographie est bien utile (quoi qu'en disent des cons comme qui vous savez…). Ce n'est pas non plus le verbiage fumeux dont Sokal et Bricmont ont fourni une délicieuse réfutation [6]. C'est un effort d'abstraction qui cherche à découvrir, par delà le cas particulier, la ou les lois qui éclaireront d'autres cas particuliers – ou, le cas échéant, d'autres expériences individuelles : c'est, par excellence, un principe d'impersonnalité.

J'ai souvent soutenu que je ne croyais pas à l'efficacité politique d'une critique se limitant à la faute des autres et que, relativement à des problèmes aussi intriqués que ceux dont nous parlons, il fallait commencer par balayer devant sa propre porte. Cette position, dont je n'ai jamais varié, appelle quelques mots d'explication eu égard au ton plutôt vif des pages qui suivent. Qu'on me permette, en effet, de rappeler que je suis médecin (chap. 1) et que je me suis toujours assumé tant comme expert [7] (chap. 2) que comme professionnel de l'industrie pharmaceutique (chap. 4) ; quant au journalisme (chap. 3), si je n'ai jamais eu ma carte de presse, je pense l'avoir pratiqué au moins autant que d'autres qui s'abritent derrière cette fonction pour justifier leur prétention à intervenir dans le débat public. Il en résulte que le présent livre mérite d'abord d'être considéré comme réflexion autocritique sur trente ans d'activité multiforme.

La crise sociétale qui justifie ce livre se solde entre autres par une atroce paupérisation des gens. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité que, dans la mesure du possible, le prix d'achat de cet ouvrage ne soit pas un obstacle à son acquisition. Il en résulte logiquement des limites de volume qui me contraignent à aller rapidement à ce qui me semble essentiel, tout en sacrifiant certains développements. On pourra me le reprocher. Mais, outre que – tant que la Providence me prête vie – je n'ai pas dit mon dernier mot, je cherche, dans ce travail, à disséminer des éléments significatifs généralement occultés du débat, en les reliant par le fil conducteur d'une pensée cohérente et en restant extrêmement vigilant relativement au risque de récupération.

Table des matières

Chap. 1 - Les médecins

  • Dérive vers le préventif
  • Information médicale
  • Sens des sources
  • « Le roman de la médecine »

Chap. 2 - Les experts

  • Conflits d'intérêts
  • Rôle des décideurs
  • Impunité et inamovibilité
  • Incompétence
  • L'illusion du processus collégial
  • Erreur et obstination

Chap. 3 - Les journalistes

  • Déontologie
  • Formation intellectuelle
  • Vérification des sources
  • Conflits d'intérêts

Chap. 4 - Les fabricants

  • Un monde méconnu
  • Inflation réglementaire
  • Innovation
  • Un business insolent
  • Associations de patients
  • Risque zéro

Conclusion

SOURCES

  • [1] Prix public : 9€. Il est d'ores et déjà possible de commander ce livre sur le site Amazon.fr.

    [2] Marc Girard, Alertes grippales – Comprendre et choisir, Escalquens, Dangles, 2009.

    [3] Paris, Le Seuil, 2010.

    [4] Pilar Villanueva et coll., « Accuracy of pharmaceutical advertisements in medical journals », The Lancet, 2003, 361, pp. 27-32.

    [5] Même si Internet, indubitablement, est en train de faire bouger les frontières relativement à cette hiérarchisation des supports – et l'on commence à voir des scientifiques parmi les meilleurs qui ne publient que sur la toile : il est encore trop tôt pour dire si les conséquences de cette révolution seront, ou non, favorables à la culture en général et à la science en particulier.

    [6] Alan Sokal, Jean Bricmont, Impostures intellectuelles, Paris, Odile Jacob, 1997.

    [7] A l'opposé de ceux qui tiennent l'expertise judiciaire pour un modèle, j'ai toujours dit, par exemple, que ma critique de l'expertise en général s'enracinait dans mon expérience judiciaire.

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Commentaires
1 vote
par Jean Umber (IP:xxx.xx8.249.210) le 12 avril 2011 a 18H33
Jean Umber, 2 articles (Professeur de chimie)

Cher Docteur Girard,

Vous posez à juste titre la question "A qui la faute ?".

A nous tous bien entendu.

Mais je rétorque aussitôt, dans un français maladroit : "A quoi la faute ?"

En effet, il me semble que le problème que vous soulevez depuis un certain temps et que chaque français (américain, anglais,...) découvre un peu plus chaque jour n’est pas une question de personne, mais réside dans la manière même dont est faite la recherche thérapeutique. Le ver est dans le fruit.

Certes, ce sont des personnes qui, de manière consensuelle, ont mis au point le déroulé de l’étude des médicaments, mais ce déroulé est entré si profondément dans les mœurs que personne ne songe à se poser des questions à son sujet.

Tout d’abord, le fonctionnement de la cellule est un processus chimique très bien régulé (au départ). Ces réactions peuvent s’étudier comme une partition. C’est un peu ce que je ressens quand je lis un travail comme celui de McMurry et Begley (Chimie organique des processus biologiques). Et l’on constate l’ubiquité de ces réactions, qui ont lieu simultanément dans des cellules différentes, avec des buts souvent différents, voire contraires.

Or, le dogme sur lequel est fondé la pharmacologie moderne est celui de la clé et de la serrure. Mais les autres serrures qui seront ouvertes par cette clé ne sont pour eux que la source des effets secondaires, d’ailleurs généralement mal cernés. Plus grave, la recherche dans ce domaine est une recherche totalement empirique (au sens du chimiste), c’est à dire qu’elle n’est guidée que par le hasard, et aucune loi générale n’est là pour aider le biochimiste à chercher au bon endroit. On sait simplement que telle structure permet telle réaction, qu’il faut par exemple empêcher cette réaction, et les chimistes vont lancer la synthèse de mille, voire dix mille substances différentes pour y pêcher la molécule miracle. Un chimiste de chez Astra Zeneca m’a avoué sa déception de ne travailler que de cette manière.

Ensuite, la manière effective selon laquelle la substance agit n’est jamais vraiment recherchée. Cela a été étudié pour le Plavix par exemple, mais sait-on exactement comment les AINS fonctionnent ? Quand on découvre que la synthèse des prostaglandines est associé à un processus d’oxydation qui met en jeu des agents nitrants, et que l’on constate que tous les AINS sont justement des composés (phénols, esters de phénol, aromatiques alkylés,...) capables de piéger ces agents nitrants, on en vient à se demander si le modèle clé serrure est vraiment suffisant pour expliquer leur activité.

Et parfois, les publications qui essayent de montrer le fonctionnement de certains médicaments contiennent des contradictions graves, qui passent inaperçues parce qu’il s’agit de chimie pointue, et que les personnes qui revoient ces publications sont plutôt des biologistes...

Dans le domaine de la thérapeutique, nous manquons de lois d’application claires et simples. Les statistiques ne suffisent pas, à mon avis.

3 votes
par Marc Girard (IP:xxx.xx2.127.63) le 14 avril 2011 a 17H41
Marc Girard, 35 articles (Médecin)

Je ne doute pas de votre sincérité, mais votre intervention illustre parfaitement ma dernière phrase sur le risque de "récupération" : les lobbies pharmaceutiques applaudiraient des deux mains à votre plaidoyer "pharmacologique" - qui les dispenserait, cette fois officiellement, du fardeau des essais cliniques et des investigations épidémiologiques. De la même façon que les mêmes lobbies ont été les premiers bénéficiaires de l’activisme gay qui a introduit que "l’urgence de santé publique" pouvait justifier toutes les torsions méthodologiques et réglementaires - on voit aujourd’hui le résultat avec Gardasil ou les vaccins anti-H1N1... De la même façon, encore, que lesdits lobbies sont parmi les plus ardents soutiens des ligues antivivisectionnistes, car qui a le plus d’intérêt à la minimisation des tests chez les animaux ?

Pour en revenir à votre objection "pharmacologique", les poubelles de la pharmacie sont pleines de médicaments qui auraient dû marcher sur la base de tel ou tel mécanisme théorique qui ne s’est jamais confirmé en pratique (Médiator en est un superbe exemple - parmi tant d’autres). Réciproquement, la pharmacovigilance ("unexpected effects") recense nombre de complications imprévisibles sur une base purement pharmacologique : vous connaissez, vous, le mécanisme des complications du practolol, ou de la thalidomide ? Et pour s’en tenir à votre exemple des AINS, l’aspirine a été un grand médicament bien avant qu’on ait la moindre idée relativement à ses mécanismes d’action.

Ce que la recherche clinique et l’épidémiologie nous ont appris, c’est que les effets des médicaments échappent, pour le meilleur et pour le pire, à l’analyse réductionniste qui a donné tant de preuves de sa fécondité dans des sciences plus "dures" comme la physique ou la chimie. La santé publique aura grandement gagné quand tout le monde aura compris ça. Ce ne sont pas les essais cliniques ou les investigations épidémiologiques qui sont pervers en eux-mêmes, c’est la façon inadéquate ou frauduleuse dont ils sont menés. Mais la pharmacologie n’est pas - et ne sera jamais - une alternative.

1 vote
par Clojea (IP:xxx.xx1.105.156) le 12 avril 2011 a 19H39
Clojea (Visiteur)

A qui la faute...... mais aux labos bien sur, car leur maître mot est l’argent, les bénéfices et la rentabilité.

0 vote
par Jean Umber (IP:xxx.xx1.249.55) le 17 avril 2011 a 08H31
Jean Umber, 2 articles (Professeur de chimie)

Je crois que vous vous méprenez sur le sens de mon intervention.

Celle-ci se veut en effet beaucoup plus restrictive quant à la méthode utilisée actuellement, et que je comprends bien que vous défendiez à juste titre.

En effet, les biochimistes devraient être capable en amont d’évaluer non seulement la capacité d’une substance à faire du bien, mais aussi à faire du mal. Et ceci en relation avec les dernières découvertes de la chimie cellulaire.

Savoir qu’un AINS agit en perturbant l’équilibre cellulaire du monoxyde d’azote n’est pas anodin, celui-ci ayant un impact ubiquitaire sur pratiquement toutes les fonctions cellulaires.

Il s’agit simplement de demander à ce que la fonction chimique ne soit pas considérée comme anodine en soi et que la totalité des fonctions moléculaires soit prise en compte dans l’évaluation de la toxicité.

0 vote
par christian pène (IP:xxx.xx2.139.153) le 21 avril 2011 a 18H18
christian pène (Visiteur)

si les malades se refusaient à consommer les faux remèdes qu’on veut leur faire prendre , et se contenter de laisser la nature réparer à son rythme en évitant tout ce qui est dangereux....mais les gens veulent une réparation rapide par ailleurs impossible , en tout cas avec les faux remèdes de la médecine officielle