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Lithium et atteintes rénales : faisons le point
Lithium et atteintes rénales : faisons le point
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6 août 2012
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Vincent Bourquin, 33 articles (Néphrologue)

Vincent Bourquin

Néphrologue
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Lithium et atteintes rénales : faisons le point

Lithium et atteintes rénales : faisons le point

Une excellente présentation a été donnée par le Dr Fabien Stucker sur le thème Lithium et rein.[1]

Le lithium est le traitement de premier choix dans la prise en charge et la prévention des rechutes des troubles bipolaires.

La preuve de l’effet bénéfique du lithium sur les maladies mentales est attribué au psychiatre australien John Cade : cette découverte fut l’effet du hasard, car croyant que l’urée était responsable de ces maladies, in injecta à des cobayes de l’urate de lithium, et constata qu’au contraire l’injection possédait un effet calmant, il publia ses résultats en 1949.[2]

Cependant on connaissait depuis l’Antiquité romaine l’effet bénéfique des eaux thermales, souvent chargées de lithium, sur les manies et mélancolies : Soranos d’Ephèse (98-177), qui étudia à Alexandrie et exerça à Rome comme gynécologue, préconisait les bains et l’absorption d’eaux minérales provenant de sa ville natale, qui contiennent effectivement du lithium comme on l’a su beaucoup plus tard.

A partir de 1880 des médecins recommandèrent le lithium contre la goutte et les rhumatismes, mais des doses excessives conduisirent à des accidents, ce qui entraina son retrait de la pharmacopée. Au XXe siècle les “lithinés du docteur Gustin” étaient des pastilles contenant du bicarbonate de sodium et un peu de lithium, donnant avec de l’eau une boisson pétillante, conseillée pour l’arthrite.

Après la découverte de Cade, la FDA autorisa à nouveau l’emploi des composés du lithium pour le traitement des maladies mentales (troubles obsessifs compulsionnels, syndrome bipolaire, et même désintoxication des adeptes du cannabis), évitant aux patients les méthodes barbares de la lobotomie et des chocs électriques. A en croire les “lithothérapeutes” un pendentif en pétalite protège contre les ondes négatives, celui en kunzite lutte contre la dépression.

L’utilisation des sels de lithium depuis de si nombreuses années a permis de mieux comprendre les risques rénaux associés à une exposition de longue durée. Il existe principalement deux atteintes rénales secondaires à la prise prolongée de lithium. Le diabète insipide néphrogénique est la plus fréquente, survenant à moyen terme, suivi de la néphrite tubulo-interstitielle chronique, apparaissant à plus long terme. L’hypercalcémie est une autre complication d’un traitement de longe durée de lithium. Enfin, un syndrome néphrotique ou une acidose tubulaire rénale peuvent être observés mais sont plus rares.

La cellule principale du tube collecteur est la cible principale de l’effet néphrotoxique du lithium qui est caractérisée par une dérégulation de l’aquaporine-2 (AQP2). Cette dérégulation est la conséquence d’une accumulation de lithium à l’intérieur de la cellule, via le canal sodium épithélial (ENaC) qui entraîne une inhibition de signal via la glycogène synthase kinase type 3ß (GSK-3ß). Cela entraîne une diminution de la perméabilité à l’eau des cellules principales et une perte d’eau. Cette situation correspond à un diabète insipide néphrogénique (DIN) et se traduit par une perte du pouvoir de concentration des urines, une polyurie et une hypernatrémie. Le traitement du DIN est l’amiloride qui bloque l’ENaC, empêchant le lithitum d’entrer dans la cellule.[3]

En cas d’intoxication aiguë, il faut hydrater le patient et arrêter les néphrotoxiques. Il n’y a pas de consensus clair pour l’indication à la dialyse, mais elle doit être discutée en cas de symptômes sévères neurologiques (coma, épilepsie, léthargie), cardiaques et rénaux (IRA, troubles électrolytiques) ou en cas de contre-indication à l’hydratation. Les taux sériques élevés (> 2.5 mmol/l) sont mal corrélés à la toxicité (accumulation tissulaire) et c’est la clinique qui doit primer.

Afin d’éviter les effets secondaires du lithium, la posologie doit être adaptée de façon à obtenir une concentration plasmatique thérapeutique de lithium la plus basse possible. La surveillance des taux de lithium doit se faire de manière consciencieuse surtout chez les patients âgés et les patients atteints de pathologies cardiaques ou rénales.

Dr Vincent Bourquin

SOURCES

  • Lithium et atteinte rénales chroniques: un sujet toujours d’actualité.

    1. Grünfeld J-P, Rossier BC: Lithium nephrotoxicity revisited. Nat Rev Nephrol 2009, 5:270–276.

    2. Cade JFJ: Lithium salts in the treatment of psychotic excitement. Med J Aust 1949, 2:349–352.

    3. Bedford JJ, Weggery S, Ellis G, McDonald FJ, Joyce PR, Leader JP, Walker RJ: Lithium-induced nephrogenic diabetes insipidus: renal effects of amiloride. Clin J Am Soc Nephrol 2008, 3:1324–1331.

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Rein Lithium