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Le point avec un expert : les antibiotiques, pourquoi ça ne doit pas être automatique ?
Le point avec un expert : les antibiotiques, pourquoi ça ne doit pas être automatique ?
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2 mars 2010 | 1 commentaires
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LC, 33 articles (Equipe de Rédaction)

LC

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Le point avec un expert : les antibiotiques, pourquoi ça ne doit pas être automatique ?

Le point avec un expert : les antibiotiques, pourquoi ça ne doit pas être automatique ?

Il y a une semaine, le Pediatric Infection Disease Journal nous informait d’une étude américaine montrant que les jouets présents dans les salles d’attente des pédiatres portaient des microbes, des virus responsables de rhumes, de gastro-entérites et de maladies respiratoires chez les enfants. Ces résultats bien que peu surprenants, si l’on se réfère au sempiternel cri d’alarme des parents « Pas à la bouche ! », ont amené l’équipe de Carevox à s’interroger sur la résistance bactérienne et la prescription des antibiotiques. La rédaction Carevox a joint le docteur Pierre Dellamonica, professeur au CHU de Nice et chef de service au département d’infectiologie, à ce sujet. Le professeur Pierre Dellamonica travaille avec le ministère de la santé, il s’occupe de la gestion des antibiotiques pour tenter d’en améliorer l’usage.

Carevox : Avec tous ces virus qui rôdent, la résistance bactérienne est un sujet d’actualité. Mais très souvent on ne comprend pas la signification du fameux slogan « Les antibiotiques, ce n’est pas automatique » ou on ne fait pas le lien. Pourriez-vous nous expliquer ce qu’est la résistance bactérienne et la situation en France par rapport aux antibiotiques, leur consommation et la recherche ?
Pierre Dellamonica : La résistance concerne un certain nombre de mécanismes inhérents à une espèce bactérienne, mais ce que l'on sait maintenant c'est que ces mécanismes de résistance peuvent se transmettre entre bactéries d'espèces différentes, c'est le premier point. Deuxièmement on sait qu’il y a une relation entre la quantité d'antibiotiques prescrite et l'émergence de ces souches résistantes. Et troisième point, malgré les efforts qui ont été faits en France, on sait que la France reste parmi les principaux consommateurs d'antibiotiques du monde. La France vient en deuxième position après la Grèce. Cette place explique que la France, par sa consommation importante qui va sélectionner beaucoup de mécanismes de résistance, risque d'être en première ligne, par rapport à des mécanismes de résistance qui vont se diffuser de plus en plus.
Cette situation pose un problème de santé publique. En effet, jusqu'alors c’est-à-dire avant les années 2000, on avait chaque année l'apparition de nouveaux antibiotiques qui étaient commercialisés. Or depuis cette période, le nombre d’antibiotiques commercialisés s’est excessivement restreint et il ne correspond plus à une couverture suffisante de ces nouveaux mécanismes de résistance. Dans le années 80, la recherche sur les antibiotiques s'est quasi arrêtée ou tout au moins très largement ralentie. La préoccupation actuelle est donc d'essayer de relancer la recherche pour trouver de nouvelles molécules, de nouveaux antibiotiques qui permettent de traiter ces bactéries multi résistantes.

C : Quels sont les risques de cette résistance ?
PD : Les risques, c'est que vous soyez infecté(e) par une bactérie qui présente ces caractères de résistance et que vous n’ayez aucun traitement antibiotique efficace à mettre en face.

C : Il s’agit de quelle maladie ? Et quelles sont les conséquences ?
PD : concerne surtout les infections nosocomiales. Mais de plus en plus on voit ces bactéries multi résistantes diffusées en ville, c'est-à-dire des gens qui présentent des infections communautaires acquises en ville, qui sont dues à des bactéries multi résistantes. C'est le cas par exemple d'infections dermatologiques ou systémiques staphylocoques, qui sont devenues résistantes à plusieurs classes d'antibiotiques. C'est valable aussi pour d'autres espèces bactériennes
Un des autres éléments de ce problème, c'est que dans les pays en voie de développement, les antibiotiques sont en général mal utilisés, tandis que ces pays en voie de développement sont déjà très fortement impactés par les bactéries multi résistantes. Et comme vous le savez, les bactéries voyagent avec les gens. On peut donc subir l'importation de bactéries multi résistantes venant de différents pays où l'utilisation est encore plus mauvaise qu'en France. Ҫa peut donc générer, des problèmes de santé publique. Cette situation explique pourquoi l'assurance maladie, suite à une campagne qui a été initiée du reste dans les Alpes maritimes, dans les années 2000, renouvelle chaque année son slogan « Les antibiotiques c'est pas automatique » pour essayer d'alerter le public qui a un mésusage des antibiotiques.

C : Qu’entendez-vous par « mésusage » ?
PD : Le mésusage est essentiellement dû à une prescription trop facile, trop large qui favorise la sélection de ces mécanismes de résistance. Il ne faut pas oublier qu’un antibiotique, quand il agit, va agir sur la bactérie qui donne l'infection, mais aussi sur toutes les bactéries de notre flore bactérienne : cutanée, muqueuse, digestive. Et comme ce sont des endroits où il y a beaucoup de bactéries, la capacité de sélection devient importante. Ainsi quand vous mettez un antibiotique sur un certain nombre de bactéries différentes, l’antibiotique va tuer toutes les bactéries sensibles et ne laisser que les résistantes et soit les résistantes disparaissent à court terme quand l'antibiotique s'arrête, soit elles persistent. Ces bactéries résistantes peuvent alors à ce moment-là être transmises de personnes à personnes, si ces bactéries rencontrent une personne particulièrement sensible. La personne va alors être infectée et au lieu d'avoir une infection standard, par ex. urinaire avec un colibacille sensible quasiment à tous les antibiotiques, il va s’agir d’un colibacille qui va être résistant à de multiples antibiotiques. Ainsi si on prend l'exemple de l'affection urinaire, on avait avant des infections urinaires qu'on pouvait soigner par des traitements par la bouche. Or maintenant on peut se trouver face à des bactéries, pour lesquelles il va falloir avoir recours à des antibiotiques en perfusion.

C : Comment se propage cette résistance bactérienne ?
PD : Ҫa peut être lors d’échanges de poignées de main, mais aussi dans la nourriture. En effet dans le monde animal, on utilise aussi beaucoup d'antibiotiques, notamment dans l'élevage, chez les animaux de rente, comme disent les vétérinaires. Il peut donc y avoir une sélection de bactéries résistantes transmises à l'homme par voie digestive. Ces bactéries peuvent s'implanter à ce moment-là chez l'homme et générer des situations infectieuses, soit chez l'individu qui en est porteur soit chez d'autres personnes par transmission. Les voyages font de la résistance bactérienne un sujet quasi mondialisé.

C : Quand on dit « maladies nosocomiales », on pense généralement à « maladies attrapées dans les hôpitaux » ?
PD : Actuellement c’est sorti de l'hôpital. Jusque dans les années 2000 c’était dans le milieu hospitalier, maintenant c'est à l'extérieur de l'hôpital.

C : Qu’en est-il de la maladie du légionnaire ?
PD : Les légionelles restent sensibles aux antibiotiques standards.

C : Mais cette résistance bactérienne n’est-elle pas normale ?
PD : Quand vous considérez une bactérie, il y a deux sortes de résistances : une résistance naturelle, c’est-à-dire que l'espèce de bactérie est résistante à une, deux, trois classes d’antibiotiques ou à zéro et il y a la résistance acquise, quand la bactérie en plus de ses résistance naturelles acquière des mécanismes de résistance provenant d'autres espèces bactériennes. Et c’est ça le problème majeur : l'acquisition des mécanises de résistance qui souvent du reste, codent pour plusieurs classes d'antibiotique en même temps. 
C : Avec ces deux résistances, comment ça se passe pour soigner le malade ?
PD : Sur le plan pratique, ça implique que lorsque vous avez une maladie, par ex. si vous avez contracté telle ou telle pneumonie, le médecin jusqu'alors raisonnait dans son choix d'antibiotique sur la résistance naturelle et il faisait un choix probabiliste. Ainsi il avait appris que s'il utilisait tel antibiotique, à 90-95% il y avait des chances pour que ce soit efficace. Maintenant comme il y a de la résistance acquise, dans l’exemple de la pneumonie, l'agent de la pneumonie, le pneumocoque est devenu plus résistant à certains antibiotiques. Le médecin n’est donc plus du tout sûr quand il prescrit son traitement probabiliste d'avoir le même score de succès spontané qu'il y a dix ans. 

C : Ce que vous nous dites est assez préoccupant et on n’en a pas forcément conscience. Comment peut-on y faire face ? 
PD : Il faut développer la recherche et le développement sur les antibiotiques et il faut essayer de modifier le comportement des Français pour qu'ils utilisent moins d'antibiotiques. Pour vous donner un exemple, un Hollandais un Allemand ou un Scandinave consomme chaque année entre deux et trois fois moins d'antibiotique qu’un Français.

 

Crédit photo : blog.ecolect.net
 

L.C Journaliste pour CareVox
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Commentaires
0 vote
par Estelle Vereeck (IP:xxx.xx8.26.71) le 22 mars 2010 a 09H36
Estelle Vereeck, 26 articles (Dentiste)

À l’inverse, il faut savoir recourir aux antibiotiques sans tarder et sans tergiverser dans certains cas : l’abcès dentaire, par exemple. Non traité à temps, l’abcès dentaire peut évoluer vers une pathologie gravissime : http://www.holodent.com/article-352...