Mon logo CareVox
CareVox par RSS
CareVox sur Facebook
CareVox sur Twitter
"La Recherche biomédicale en danger", par le Professeur Philippe Even
"La Recherche biomédicale en danger", par le Professeur Philippe Even
note des lecteurs
date et réactions
5 janvier 2011 | 1 commentaires
Auteur de l'article
Catherine Coste, 48 articles (Journaliste)

Catherine Coste

Journaliste
note moyenne des lecteurs
nombre d'articles
48
nombre de commentaires
1
nombre de votes
0

"La Recherche biomédicale en danger", par le Professeur Philippe Even

"La Recherche biomédicale en danger", par le Professeur Philippe Even

Le Mediator, cet antidiabétique aussi délivré comme coupe-faim, interdit depuis novembre 2009, aurait provoqué la mort de 500 à 2 000 patients. Une affaire qui soulève de multiples questions sur notre système de santé, la pharmacovigilance, la formation des médecins ... Cette affaire, l’arbre qui cache la forêt, nous permet de réinventer l’eau tiède : promotion et information ne sont pas interchangeables, surtout quand la santé et la déontologie médicale sont en jeu ...


 ==> Lire cet article sur AgoraVox, le journal citoyen en ligne.

"Depuis les recommandations faites par les autorités sanitaires françaises, le 16 novembre 2010, aux personnes ayant pris du Mediator de consulter leur médecin pour vérifier l’absence d’atteinte cardiaque, la publication d’une série de rapports dans la presse apporte chaque jour son nouveau lot de rebondissements et d’interrogations.
L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé citait, le mois dernier, le chiffre de 500 morts attribuables à ce médicament interdit depuis novembre 2009. Mais selon une autre étude menée à sa demande par deux chercheurs de l’INSERM et divulguée par Le Figaro, le nombre de victimes pourrait être bien plus important. Il serait estimé en réalité dans une fourchette de 1 000 à 2 000 décès. Cette nouvelle enquête a en effet pris en compte les effets à long terme du Mediator, commercialisé en France de 1976 à 2009 et prescrit au cours de ces années à près de 5 millions de patients.
Délivré sur ordonnance et remboursé par la Sécurité sociale, le Mediator, destiné aux diabétiques mais également largement prescrit comme coupe-faim aux personnes en surpoids, aurait également, d’après une lettre publiée par le quotidien, fait l’objet d’une première alerte en 1998.
" (Source)

"La Recherche biomédicale en danger" par le Professeur Philippe Even :

Peu de médicaments efficaces depuis 1985 : 50 pour cent de ces médicaments produits après cette date auraient peu ou pas d'efficacité - pis encore, ils seraient plus ou moins toxiques ! Les médicaments qui nous donnent une durée de vie et un confort de vie accrus auraient été inventés avant la seconde moitié des années 80 ! Pourquoi un tel manque de créativité aujourd'hui ? Il y aurait bien des raisons, mais parmi tant d'autres, une surtout : les laboratoires obéissent désormais à une logique de rentabilité à court terme. Quel recours pour les patients victimes d'un tel système ? A vrai dire, en France où il n'existe pas de système de "class action" comme aux USA, les fauteurs de trouble peuvent s'en tirer en toute impunité ou presque. Les responsables du laboratoire français Servier, qui auraient bénéficié d'un appui politique certain, et qui auraient maintenu le Médiator sur le marché français tout en connaissant sa toxicité, ne risqueraient pas grand-chose. Aux USA, de tels responsables auraient perdu leur job et devraient "rembourser à vie". Pourquoi une telle disparité d'un pays sur l'autre ? Du fait des "class actions", un groupement de patients victimes d'un médicament et portant plainte en justice. Très efficace aux USA ; inexistant en France. Mais ces disparités ne sont pas dues aux seules "class actions". Il faut mentionner à ce stade une différence majeure entre le "droit anglo-saxon" et le "droit romano-germanique" (système puisant ses origines dans le droit romain, source : Wikipedia). Dans le premier système, qui a cours aux USA, c'est un jury qui décide du montant des indemnités à accorder à la victime, ou aux victimes. Rappelons que dans ce pays un jury est constitué aussi bien pour une affaire civile que pénale. (Source). En France, un jury n'est constitué que pour une affaire pénale. Il arrive que le montant de ces indemnités accordées par un jury à la victime américaine dépasse largement les attentes les plus folles de ladite (ou desdites) victime(s) ayant intenté une action en justice. Pourquoi ? Parce que, outre le préjudice subi qui doit être quantifié, la faute peut l'être aussi. Ainsi, dans le cas du Médiator (mais rappelons que ce médicament a été d'emblée interdit aux USA, la Food and Drug Administration ou FDA, qui autorise la mise sur le marché des médicaments, ayant interdit le Médiator), le juge (et finalement, le jury) pourrait décider qu'en plus de tel ou tel préjudice devant être indemnisé à hauteur de telle ou telle somme, il y a une faute, pour laquelle il convient de fixer un montant d'indemnisation. Il arrive que ce montant là soit spectaculaire ...

Dans ce système de droit dit "anglo-saxon", tout plaignant arrivant une fois que le procès a eu lieu, et portant plainte pour des préjudices identiques, pourra bénéficier d'une indemnité équivalente à celle versée à la victime à l'issue du procès ayant déjà eu lieu. C'est le principe de la "class action" : un groupement de patients peut porter plainte contre un même préjudice, et / ou d'autres patients peuvent bénéficier d'indemnités similaires à celles ayant été versées à une victime ayant par le passé (récent ou moins récent) intenté une action en justice pour des raisons identiques. Dans le système de droit dit "romain", il n'en va pas de même : seul peut être indemnisé un préjudice pour lequel la victime peut établir la preuve formelle. Et là, il y a de fortes chances pour que les indemnités se réduisent comme peau de chagrin. Prenons l'exemple d'une victime du Médiator : si elle était au chômage lors de la prise du médicament, comment expliquer (même si cela s'avère vrai par la suite) que la prise de ce médicament a conduit à une perte d'emploi ? Ne pouvant prouver formellement ce préjudice, la victime ne sera pas indemnisée. D'autre part, toujours dans le système de droit dit "romain", sans possibilité de "recours collectif" ou de "class action", chaque victime doit intenter un procès de son côté, dans la solitude la plus complète, et prouver (plus ou moins laborieusement) le ou les préjudices subis. Le fait de devoir "réinventer la roue" à chaque procès dissuade bien des victimes. En France, les victimes indemnisées le sont souvent (montants en général modestes) à condition de ne pas porter plainte. Or les victimes ne veulent pas avoir à choisir entre l'indemnisation et le recours en justice ! Obtenir les deux "est toujours un combat", dixit Christian Saout, représentant des patients. (Source : "C dans l'air", France 5, 28/12/2010 ("Ces médicaments qui nous tuent").

Présentation de l'éditeur

"L'expérience de l'auteur, sa documentation et son style acéré sont uniques. Quatre questions : qu'est-ce que la recherche ? Où en sommes-nous ? Pourquoi ? Comment la sauver ?

Les faits sont incontournables : un Nobel en trente ans ; 4 %, puis 2 % des articles des grands journaux scientifiques ; absence dans les thématiques de pointe ; aucune avancée technologique ayant transformé la médecine ; aucun des médicaments ayant allongé la vie de vingt ans ; aucune grande société biotechnologique préparant l'avenir. Malgré ses centaines de chercheurs d'excellence, la France est reléguée au 7e rang mondial.

L'État bureaucratisé, aveugle et immobile, en a été jusqu'en 2008 le principal responsable : financements et salaires trois fois inférieurs à ceux des grands pays, formation dogmatique, quand la recherche est contestation et libre imagination ; centres de recherche minuscules et dispersés n'atteignant pas la masse critique de cerveaux et de plateaux techniques ; hiérarchies ne laissant aucune place aux jeunes ; patrons des agences et instituts choisis parmi des chercheurs de 3e rang, sans vision du futur, quand les instituts étrangers sont emmenés par des Nobel ; gouvernance aberrante par 200 structures administratives concurrentes laissant les décisions aux lobbies, X, Mines, Ponts, CEA, qui privilégient, au service de leurs clans, privés autant que publics, des recherches technologiques programmées, d'intérêt souvent secondaire ou de grands programmes ruineux, presque constamment inutiles ou en échec (génopôles, agences du sida, ITER, station orbitale, LMJ, etc.), étouffant la recherche fondamentale et les sciences du vivant. L'auteur formule douze propositions pour redresser la barre."

Biographie de l'auteur

Philippe Even, professeur émérite et ancien vice-président de l'université Paris-5, ancien doyen de la faculté de médecine Necker et président de l'Institut Necker, a publié, entre autres, au cherche midi, Avertissement aux malades, aux médecins et aux élus (2002) et Savoirs et pouvoir (2004)." (Source)

Les médicaments immunosuppresseurs ne sont pas indemnes de cette logique de rentabilité à court terme. Qui financera une étude permettant d'évaluer si certains patients greffés peuvent prendre moins de médicaments immunosuppresseurs (dont les effets secondaires sont connus : risque accru de cancer, de diabète, d'insuffisance rénale ...) tout en gardant le bénéfice du médicament permettant à leur organisme de garder le greffon salvateur ? Il n'est pas déraisonnable d'imaginer que les grands labos pharmaceutiques produisant les immunosuppresseurs ne vont pas se ruer afin de financer une étude contre leurs intérêts.

Les interactions entre de grands laboratoires pharmaceutiques comme Novartis, leader sur le marché du médicament immunosuppresseur, et les associations ayant pour but de promouvoir le don d'organes, type France ADOT, sont connues. En clair : Novartis contribue largement à financer les actions de communication de France ADOT. Une promotion du don d'organes, financée par les labos pharmaceutiques producteurs d'immunosuppresseurs, qui se donne pour de l'information et non pour ce qu'elle est, c'est-à-dire de la promotion : voilà qui n'est pas sans poser des questions de déontologie médicale. Petit rappel : le "don" ou prélèvement d'organes dit "post-mortem" se fait lors du décès du patient donneur se trouvant dans un état de coma dépassé ("mort encéphalique") ou d'"arrêt cardio-respiratoire persistant". Ces deux états, distincts mais permettant le don d'organes dit "post-mortem", sont irréversibles. Afin de permettre le prélèvement d'organes, cet état d'irréversibilité équivaut à un constat légal de décès. Légal, afin de permettre le prélèvement. Avez-vous déjà entendu France ADOT informer sur ces réalités du prélèvement "post-mortem" d'organes vitaux ? Non. On parle de "don d'organes après son décès". Cette banalisation du prélèvement d'organes vitaux "post-mortem" dans le discours public (les actions de communication de France ADOT sont largement relayées par les médias) n'est pas sans fondement : la greffe est économiquement rentable : 2/3 des 15.000 patients en attente de greffe en France attendent un rein, et la greffe rénale économise à la Sécu entre 9 et 12 ans de dialyse (source : Agence de la biomédecine). Le "Don d'organes" : entre information et promotion, une information qui ne s'affranchit jamais de la promotion du Don : la perception d'un "marketing social du Don" - Philippe Steiner, "La Transplantation d'organes : un commerce nouveau entre les êtres humains"- est née ...

Il y a quelques années, parler de "marketing social du Don" - qui plus est chez un grand éditeur : Gallimard - aurait été inenvisageable, car politiquement incorrect. Le Dr. Irène Frachon, médecin pneumologue formée à l'hôpital Antoine Béclère à Clamart (hôpital spécialisé dans l'hypertension pulmonaire) a publié en juin 2010 un brûlot : "Médiator 150MG : Combien de morts ?" - livre qui a largement contribué à alerter la population sur les dangers du Médiator, alors que lesdits dangers étaient connus comme le loup blanc par nombre de professionnels de la santé, depuis plusieurs décennies, sans que rien ne bouge : le médicament était resté sur le marché français. Il a fallu ce livre ...

Me pardonnera-t-on cette formulation à l'emporte-pièce ? En France, pour donner à voir les errements bovariens et autres mésalliances des laboratoires pharmaceutiques, on n'a pas de "class action", mais on a des éditeurs ...

Les internautes qui ont lu cet article ont aussi consulté
Polémiques & Débats
Commentaires
0 vote
par g Patord (IP:xxx.xx1.115.228) le 27 janvier 2011 a 17H55
g Patord (Visiteur)

Philippe Even est le médecin qui a été lié au scandale de la cyclosporine qui a fait 3 morts en 1985 : il n’est pas légitime et ne doit pas participer à une réflexion sur l’éthique en médecine !