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La France s’indigne...
La France s'indigne...
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8 juillet 2011
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Marc Girard, 35 articles (Médecin)

Marc Girard

Médecin
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La France s’indigne...

La France s'indigne...

Un autre regard sur "l’affaire" Médiator.

La présente tribune m’avait été réclamée par un grand hebdomadaire voici deux mois, mais n’a toujours pas été publiée : il serait dommage qu’elle ne soit pas portée à la connaissance du public, surtout dans le contexte qui motive l’émission C dans l’air de ce soir.

Le titre est une référence assumée au célèbre article de Pierre Viansson-Ponté, dans les semaines précédant mai 1968 ("La France s’ennuie...")

Il aura fallu à l’administration française la campagne 2010-11 de vaccination antigrippale pour conscientiser à quel point le précédent de 2009-10 (H1N1) a durablement altéré la confiance du bon peuple. Qu’à cela ne tienne : à l’occasion d’un micro-scandale toutes choses égales par ailleurs (400 morts en 35 ans imputés à Médiator : l’aspirine doit faire beaucoup mieux…), on va organiser une cérémonie expiatoire visant à convaincre les gens qu’on les a reçus cinq sur cinq, qu’on va tout révolutionner et qu’avant longtemps, ils vont pouvoir retrouver confiance dans le système. Bénéfice secondaire : en affaiblissant le numéro deux de l’industrie pharmaceutique française dont le fondateur-dirigeant a atteint la limite d’âge, on en aura grandement facilité la transmission, dans la logique irresponsable de concentration pharmaceutique qui a été celle des autorités depuis trente ans.

Moyennant quoi et grâce aux plus énormes ficelles de l’hystérisation consistant à parasiter la réflexion citoyenne par un battage médiatique autour de quelques bouffons anodins – piteux avatars des Jeanne d’Arc ou Saint-Just –, on va résoudre la question des conflits d’intérêts en remplaçant à la tête de l’AFSSAPS un conseiller d’Etat par un médecin issu de la cancérologie – probablement le domaine médical de plus gangrené de tels conflits ; on va gagner les récalcitrants en lui adjoignant comme bras droit un quidam dont le titre de gloire le mieux documenté est d’avoir « organisé » la campagne de vaccination contre le H1N1 ; on va court-circuiter la question d’une réglementation tentaculaire toujours prise en défaut en mandatant pour un pseudo-rapport deux médecins ignorants des réalités pharmaceutiques, incapables d’évoquer en 80 pages ne serait-ce qu’une seule fois le mot « réglementation » (sauf pour appeler celle « que chacun attend » !). Le reste est à l’avenant…

En s’attachant à détourner le mécontentement populaire vers des histoires ponctuelles et relativement dérisoires, l’aristocratie dirigeante de notre société essaie d’empêcher la conscientisation politique qui conduirait les citoyens à reconnaître, au-delà de chaque affaire particulière, les invariants des dysfonctionnements gravissimes qui se retrouvent désormais partout. Correctement pensée, la seule affaire Médiator eût dû permettre de repérer au moins ceux-ci, qui valent pour tous les secteurs (finance, nucléaire, agro-alimentaire, aéronautique, environnement, santé…) :

  • la marchandisation de tout et n’importe quoi – en l’espèce : celle du corps (notamment sous prétexte de prévention, tant il est vrai que le marché des bien-portants est bien plus étendu que celui des malades) ;
  • une réglementation inefficace légitimant sa profusion de sa constante inefficacité, pour justifier ensuite les passe-droits qu’appelle cette profusion démentielle ;
  • l’indépendance des experts menacée par les conflits d’intérêts, mais aussi par l’incompétence ;
  • l’impunité et, plus encore, l’inamovibilité des responsables même les plus indignes ;
  • la parole publique dévoyée jusqu’à l’imposture et au déni de l’évidence ;
  • la commercialisation de produits dont la défectuosité est pourtant la conséquence la plus attendue des prédations industrielles légitimées par le système ;
  • la connivence des médias ;
  • l’irresponsabilité des politiques ;
  • l’autorité de l’Etat au service des prédateurs.

Voilà donc le terrible état de fait que cherche à dissimuler le battage indécent autour du scandale Médiator – et de celui-là seulement…

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Mots-clés :
Médicaments H1N1 Mediator