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La chronothérapie des cancers : soigner à la bonne heure
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5 juillet 2013
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La chronothérapie des cancers : soigner à la bonne heure

La chronothérapie des cancers : soigner à la bonne heure

Le Docteur Francis Lévi, cancérologue responsable de l’Unité de Chronothérapie du Département de Cancérologie de l’hôpital Paul-Brousse et directeur de l’Unité INSERM « Rythmes Biologiques et Cancers » travaille depuis le début de sa carrière sur l’influence du rythme biologique dans la prise en charge des cancers. Il est à l’origine du concept de chronothérapie.

Comment peut-on définir la chronothérapie et quelle est sa mise en application ?

La chronothérapie est l’administration des traitements en fonction de l’horloge biologique du patient. Le métabolisme de notre organisme est rythmé de sorte qu’à certains moments précis de la journée ou de la nuit, un médicament donné peut s’avérer plus toxique pour les cellules cancéreuses et moins agressif pour les cellules saines.  L’organisme, plus tolérant au traitement, est alors capable de supporter des doses plus fortes de médicament. En suivant ces rythmes circadiens (d’environ 24 h), on optimise donc le traitement en améliorant l’efficacité anti-tumorale et en réduisant de deux à dix fois les effets secondaires. Un traitement par chrono-chimiothérapie peut se montrer près de deux fois plus efficace qu’une chimiothérapie classique.

En quoi consiste actuellement le traitement chronomodulé le plus utilisé ?

Quatre médicaments combinés sont administrés selon l’horloge biologique, par des pompes programmables dont le premier modèle a été mis en place en 1997. La pompe est préparée à l’hôpital, par les infirmières de chronothérapie et reliée, par cathéter, au patient, qui peut alors rentrer à son domicile et recevoir une chimiothérapie complexe dans son environnement personnel. C’est un point très positif dans le processus thérapeutique : l’administration des médicaments à domicile diminue le stress du patient et le positionne comme acteur de sa propre santé. Pour améliorer le confort du patient et la qualité des soins, nous attendons, l’an prochain, un nouveau modèle de pompe programmable plus performant développé dans le cadre du projet PICADO qui intègre les progrès technologiques dans une prise en charge globale du patient à domicile, multi-acteurs et multi-pathologies, avec le soutien de l’Etat, des Régions Ile de France et Champagne-Ardenne, et de la Ville de Paris.

A Paul-Brousse, combien de patients ont été traités par chrono-chimiothérapie ?

Depuis 1990, environ 2800 patients atteints de cancer ont été pris en charge dans l’Unité de Chronothérapie de l’hôpital, ce qui représente près de 20 000 cycles de chronothérapie, dont 80% réalisés à domicile. Chaque cycle dure 3 à 5 jours et est renouvelé toutes les 2 à 3 semaines, selon les protocoles. Les bons résultats en termes de tolérance et d’efficacité ainsi que la satisfaction des patients qui ont reçu ce traitement conforte et motive toute l’équipe pour une amélioration permanente de cette prise en charge. Récemment la chronothérapie a montré une efficacité importante contre les cancers hépatiques, dans le cadre d’une étude européenne conduite par notre Unité.

Quelles sont les perspectives de la chronothérapie ?

Pour l’instant, ce traitement chronomodulé est basé sur un profil moyen de la population. L’enjeu, pour les prochaines années, est de personnaliser davantage la programmation des doses de médicaments car les rythmes biologiques diffèrent selon les patients. Le sexe est un premier facteur de variations qui est maintenant pris en compte, mais il s’agira de s’adapter aux particularités de chaque patient, notamment de ceux dont le métabolisme est perturbé par la pathologie ou ses traitements. Cette médecine personnalisée est d’ailleurs un enjeu de plus en plus affirmé, non seulement en cancérologie, mais aussi pour la plupart des maladies chroniques telles que le diabète, les maladies cardiovasculaires ou neurodégénératives.

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