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L’Hôtel-Dieu de Paris en danger : Marisol Touraine, battez-vous pour l’hôpital public !
L'Hôtel-Dieu de Paris en danger : Marisol Touraine, battez-vous pour l'hôpital public !
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31 août 2012 | 1 commentaires
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Dr Gérald Kierzek, 17 articles (Médecin urgentiste)

Dr Gérald Kierzek

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L’Hôtel-Dieu de Paris en danger : Marisol Touraine, battez-vous pour l’hôpital public !

L'Hôtel-Dieu de Paris en danger : Marisol Touraine, battez-vous pour l'hôpital public !

C’est la rentrée ministérielle et notre contributeur Gérald Kierzek, médecin urgentiste et secrétaire général de l’association "Hôpital pour tous", en profite pour s’adresser à la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Inquiet pour l’avenir de l’Hôtel-Dieu, il souhaite qu’elle porte secours à son service des urgences et entame ainsi un sauvetage de l’hôpital public.

Depuis l’élection présidentielle et l’installation du nouveau gouvernement, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, a multiplié les annonces sur l’hôpital public. Elle a souhaité redéfinir la politique hospitalière pour renforcer le service public, évoqué un "pacte de confiance" ou encore une réforme du système des urgences hospitalières.

On ne peut que saluer le retour à un certain bon sens, tant ces dernières années ont été marquées par une dérive et un mépris à l’égard des soignants et soignés, le sommet étant atteint avec la loi HPST. Il faut le rappeler : l’hôpital doit soigner, accueillir tout le monde et prendre en charge toutes les pathologies, 24 heures sur 24, et les soignants doivent être associés à son projet. Après les annonces, il est temps de passer aux actes, car la situation des hôpitaux publics est devenue intenable.

À cet égard, l’Hôtel-Dieu de Paris (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) est un cas d’école exemplaire et symbolique de l’Hôpital public avec un grand "H". Les mesures annoncées (installation du siège de l’administration, suppression des activités d’hospitalisation et menace sur les urgences) risquent en effet, si elles sont appliquées, de réduire un peu plus une offre de soins déjà à flux tendus. Outre le caractère symbolique de fermer un hôpital,les projets de restructuration représentent une triple aberration en termes de santé publique, d’économie et de management.

Répondre aux besoins de la population

L’Hôtel-Dieu, situé sur le parvis de Notre-Dame, devant lequel passent 13 millions de touristes par an et plus de 750.000 voyageurs chaque jour, prend en charge plus de 110.000 urgences chaque année. Au cœur de tous les transports, il accueille les patients des neuf arrondissements de proximité, mais aussi de toute l’Ile-de-France, avec ses services de médecine interne, psychiatrie, ophtalmologie, pneumologie, chirurgie thoracique, et son plateau technique (biologie, radiologie, médecine nucléaire, pharmacie). Quelque 226.000 consultations et 29.200 hospitalisations y ont été réalisées en 2010.

Le projet de restructuration proposé[1] est incohérent et ne répond pas aux besoins de la population. Proposer un centre de santé (ou maison médicale de jour ou dispensaire) sous des airs séduisants ("partenariat et recherche avec la médecine générale de ville", "consultations sans rendez-vous pour désengorger les urgences", "médecine préventive et de dépistage pour les étudiants et les populations fragilisées", etc.) ne correspond pas aux réalités médicales. Ces activités ne peuvent être assurées en autarcie sans un plateau technique performant (biologie, radiologie, médecine nucléaire) ni lits d’hospitalisation. Or, pendant l’été, 14 lits de médecine interne d’aval des urgences ont été supprimés, soit 30% !

Le centre de santé ne peut pas se substituer aux urgences. Et fermer le service d’urgences de l’Hôtel-Dieu revient à transférer les malades vers d’autres hôpitaux de proximité déjà saturés.

En revanche, maintenir des urgences en y intégrant une filière "courte" pour les patients relevant d’une consultation de médecine générale est l’option garantissant qualité et sécurité de prise en charge. Il faudrait pour cela garder un plateau technique de radiologie, un centre de médecine ambulatoire assurant les consultations de médecine et de prévention toutes spécialités (ainsi que vaccination/médecine universitaire, douleur, adolescents, VIH, sport, dos, sommeil, etc.) et l’ophtalmologie médicale et chirurgicale ambulatoires qui rendent des services indispensables.

Coûts inutiles

L’Hôtel-Dieu, tel qu’il est aujourd’hui, a déjà été largement rénové ces dix dernières années à coups de millions d’euros : les urgences ont été refaites à neuf il y a moins de cinq ans, ainsi que les urgences médico-judiciaires, l’ophtalmologie, la radiologie et les services de médecine interne, rentables en termes d’activité. Le service d’ophtalmologie est premier au classement établi par "Le Point". Les patients d’autres hôpitaux sont même accueillis à l’Hôtel-Dieu faute de places disponibles ailleurs.

Fermer cet hôpital ou ne plus y accueillir de patients serait nier ces investissements et engendrerait une perte d’activités rentables pour l’AP-HP. C’est également sans compter les coûts de transformation à engager pour l’implantation du siège administratif ou les millions dépensés dans des cabinets de conseils ou des agences de communication.

Concurrence malsaine entre les équipes

Depuis dix ans, et malgré une série de "plans stratégiques", aucun projet médical, architectural, administratif ou encore universitaire cohérent n’a abouti. Pire, au nom du concept de groupe hospitalier, nous assistons à une lente dérive : fermetures en série de services entiers de soins (nutrition, hématologie, diabétologie, etc.), démissions de responsables, valses et inflation de directeurs, perte d’emplois médicaux et paramédicaux, épuisement physique et psychique des soignants, pressions directes sur les "opposants" au projet institutionnel et, au final, réduction progressive quantitative et qualitative de l’offre de soins.

Le regroupement de l’Hôtel-Dieu avec l’hôpital Cochin a généré aussi une concurrence malsaine entre les équipes, chacun cherchant à "avoir la peau de l’autre" pour préserver son service et ses moyens. Ces regroupements et fusion ont d’ailleurs été dénoncés par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) dans un récent rapport.

Préserver ce pilier historique de l'égal accès aux soins pour tous

Au total, l’histoire et l’accessibilité de l’Hôtel-Dieu font de cet hôpital en partie rénové et moderne aujourd’hui un pilier historique de l’égal accès aux soins pour tous. Au carrefour de tous les transports publics franciliens, il accueille des publics de toute l’Île-de-France. Démanteler cet hôpital donnerait en outre un signal extrêmement négatif à l’ensemble de l’hôpital public et à ses agents, qui ont plus que jamais besoin d’être valorisés dans leur engagement.

Un hôpital est fait pour soigner des malades par des médecins et des soignants ; sinon, ce n’est plus un hôpital ! Madame la ministre de la Santé, Madame la ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, vous qui vous êtes tant battue à nos côtés comme maire d’arrondissement il y a seulement quelques mois, faites cesser ces restructurations conduites en dépit du bon sens. Sauvez l’Hôtel-Dieu. Redonnez ses lettres de noblesse au service public, afin que vos propos ne restent pas lettre morte.

Docteur Gérald KIERZEK Médecin des Hôpitaux- Praticien Hospitalier Urgences médico-chirurgicales, médico-judiciaires, SMUR Hôtel-Dieu Cochin http://www.sante-urgences.com/

POST-SCRIPTUM

  • [1] Rapport du groupe de travail réflexion prospective présidé par Madame Yannick Moreau, conseillère d’État : "Création
 d’un hôpital universitaire de santé publique
à l’Hôtel-Dieu". Juin 2012. CME AP-HP. Cellule de réflexion sur une maison médicale de jour à l’Hôtel-Dieu de Paris. Juin 2012.

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Commentaires
0 vote
par Damien (IP:xxx.xx1.148.91) le 18 septembre 2013 a 07H22
Damien (Visiteur)

Marisol Touraine, il faut vraiment que vous fassiez un effort pour la survie de l’hotel-dieu.

Damien, de La ROchelle, non loin de Limoges !

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