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L’expérimentation animale impose de revoir notre plan variole
L'expérimentation animale impose de revoir notre plan variole
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4 janvier 2012
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Bernard Guennebaud, 9 articles (Rédacteur)

Bernard Guennebaud

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L’expérimentation animale impose de revoir notre plan variole

L'expérimentation animale impose de revoir notre plan variole

Plusieurs études conduites sur des animaux ont montré l’inefficacité du vaccin antivariolique utilisé au cours de la campagne d’éradication lorsque ces animaux avaient été contaminés peu de temps auparavant ou même un peu après et alors que ce vaccin se montre très efficace quand il est utilisé dans des conditions normales, c’est à dire un délai suffisant entre la vaccination et la dose d’épreuve. Une de ces études a même mis en évidence que cette vaccination réalisée à proximité de la contamination pourrait aggraver la variole.

Comme le proposent certains auteurs de ces études il faut très sérieusement envisager de modifier les plans variole en y remplaçant la vaccination des contacts constatée inefficace par des antiviraux ou des injections d'anticorps.

Chemin faisant, ces constatations expérimentales devraient conduire à réexaminer le rôle qu'a pu avoir la vaccination des contacts au cours de la campagne d'éradication et même auparavant. Et aussi la compétence et le rôle de l'expertise nationale et mondiale (OMS) qui n'ont pas su voir – ou voulu voir - cette absence d'efficacité à partir des très nombreux rapports de terrain et des multiples flambées de variole qui se produisirent tout au long de la campagne d'éradication.

J'ai d'ailleurs déjà écrit un article sur cette aspect des choses [9]. Le moins qu'on puisse dire est que les résultats de ces expérimentations animales n'infirment pas, bien au contraire, les conclusions auxquelles j'étais parvenu. Je précise que j'ignorais ces résultats expérimentaux au moment de la rédaction de cet article. 

Les documents

Trois documents ont été publiés sur le site de l'OMS en décembre 2010 sur les recherches menées sur le virus de la variole entre 1999 et 2010 :

1- Le premier a été rédigé par les chercheurs eux-mêmes [1]

2-Le second est un rapport d'un comité d'experts indépendants sur ces recherches [2]

3- Le troisième est un rapport du comité consultatif de l'OMS sur ces recherches [3].

Ce dernier rapport n'hésite pas à remettre en cause l'efficacité de la vaccination antivariolique sur les contacts telle qu'elle était affirmée dans la mouvance de la grande campagne d'éradication de la variole.

En effet, page 38 on peut lire :

« Importance pour la santé publique

Le premier objectif de la préparation au risque de bioterrorisme lié à la variole est de sauver des vies si d’une façon ou d’une autre la variole réémergeait. Le fait de disposer de médicaments contre la variole présenterait des avantages importants au cours d’une flambée, en permettant d’administrer un traitement après exposition.

Une étude effectuée par Stittelaar et al., publiée dans Nature le 11 décembre 2005, décrivait une infection intratrachéale létale par l’orthopoxvirus simien et démontrait que le traitement par un antiviral au moment de l’infection était protecteur, tandis que la vaccination ne l’était pas ».

Ce Comité consultatif constitué par l'OMS pour examiner ces recherches porte alors l'appréciation suivante :

« Ces résultats semblent remettre en question les données limitées, rassemblées pendant la phase d’éradication de la variole, relatives à l’efficacité de la vaccination administrée jusqu’à 4 jours après l’exposition pour prévenir la maladie. »

 


Le seul fait d'envisager, de la part d'un tel comité, de remettre en cause l'affirmation maintes fois martelée de l'efficacité de la vaccination des contacts au cours de la campagne d'éradication est déjà énorme, et même presque surréaliste, en tout cas totalement inattendu. 

J'ai pu trouver le résumé de l'étude * [4]. Il y est reconnu que si la vaccination préventive est bien documentée, on sait peu de choses sur l'efficacité de la vaccination antivariolique quand elle est utilisée après exposition au virus de la variole (vaccination des contacts).

* L'accès à l'étude complète est payant. J'ai reproduit le résumé en anglais en annexe IV.

Malgré cette indigence de résultats et de données il a souvent été affirmé avec beaucoup de certitude par l'OMS ou par son directeur du programme d'éradication de la variole Donald Henderson et consciencieusement répété par beaucoup d'autres, que cette vaccination était très efficace quand elle était administrée dans les 3-4 jours qui suivaient l'exposition au virus de la variole. J'ai déjà expliqué dans un autre article [9] que ces affirmations ne s'appuyaient à l'époque sur aucun argument consistant, qu'il soit de nature épidémiologique ou immunologique. J'avais d'ailleurs rapidement exposé cela au congrès de la Sfsp à Lille le 4 novembre 2011. Je vais y revenir ici avec de nouveaux arguments apportés par ces expérimentations.

Sur cette question capitale voici ce que rapporte l'étude en question :

Le premier résultat expérimental présenté dans cette étude porte sur des singes auxquels on a administré une dose de poxvirus du singe provoquant une infection mortelle.

Le traitement par un antiviral administré 24 heures après cette dose donne une

réduction significative de la mortalité.

Par contre, le vaccin antivariolique administré 24 heures après cette dose

ne donne aucun résultat significatif quant à la réduction de la mortalité.

 

Une autre expérimentation animale conduite par Staib et al. (2006) est particulièrement intéressante et d'abord parce qu'elle est publiée intégralement en accès libre [5].

Pour résumer :

Les vaccins utilisés au cours de la campagne d'éradication (et avant) étaient produits avec le virus de la vaccine qui avait gardé la capacité de se répliquer (vaccin VACV dans l'étude : Vaccinia Virus). Un nouveau vaccin appelé MVA* a été obtenu avec le virus dit Ankara en atténuant la virulence du virus de la vaccine par plus de 570 passages sur embryon de poulet jusqu'à lui faire perdre sa capacité de se répliquer. Les auteurs ont expérimenté avec les 2 vaccins.

* MVA : Virus Ankara Modifié


1- Avec le vaccin "VACV", les animaux vaccinés 14 jours avant une épreuve mortelle par le virus de la variole sont entièrement protégés. Donc le vaccin est efficace sur ces animaux, ce qui est essentiel pour la suite. Par contre, quand on les vaccine 2 jours avant l'épreuve ou à tout autre moment après, c'est l'échec total.

Autrement dit, l'expérimentation animale est en défaveur des affirmations soutenues au cours et avant la campagne d'éradication sur la soi-disant efficacité de cette vaccination en post-exposition, c'est à dire sur les contacts.

2- Quand on utilise le vaccin MVA* le résultat est favorable s'il est inoculé 2 jours avant l'épreuve. Dans les 3 heures après on évite le décès mais pas une forme grave de la maladie. Au delà c'est l'échec.

Il est curieux de constater que le vaccin MVA plus atténué se montre plus efficace dans ces circonstances que le VACV, ce qui est contraire aux normes habituelles. D'ailleurs les auteurs, qui avaient d'abord expérimenté avec le MVA, avaient envisagé que le vaccin VACV se montre plus efficace pour cette raison. Ils ont constaté le résultat inverse, ce qui démontre une fois de plus combien il faut se méfier des raisonnements en immunologie :

Pour faciliter la vérification des mes affirmations par les internautes qui liraient ces lignes et en raison de leur grande importance, j'ai reproduit les passages en anglais avec une traduction (Annexe I).

Les auteurs se montrent sévères (ils pourraient l'être beaucoup plus encore) en qualifiant d'anecdotiques les données présentées par l'OMS et Henderson sur la question. Le document Fenner et al. [13] est un document OMS de 1500 pages dont Henderson est co-auteur. Il est aussi co-auteur dans la navrante publication Mortimer-Henderson 2003 qui sera commentée plus loin.

Quand on sait qu'Henderson a soutenu et martelé cette affirmation en tant que directeur du programme d'éradication à l'OMS et qu'il a continué par la suite à la soutenir sans aucune preuve sérieuse et qu'il le faisait encore en 2003 avec des arguments pour le moins contestables et datant de 1901 on ne peut que s'interroger.

D'autant plus qu'une autre étude apporte un résultat encore plus négatif en expérimentant avec des doses non mortelles, ce qui permet de distinguer entre l'absence d'efficacité de la vaccination et un effet aggravant de celle-ci quand elle est réalisée à proximité temporelle de la dose d'épreuve.

Il s'agit de l'étude de ''Earl et al., 2008'' [7] qui a expérimenté sur des singes Cynomolgus avec le vaccin Dryvax produit par le laboratoire américain Wyeth. Ce vaccin a été utilisé au cours de la campagne d'éradication, le virus vaccinal ayant conservé la capacité de se répliquer comme tous les virus vaccinaux utilisés à cette époque contre la variole. Ces singes ont été testés avec le virus de la variole du singe (monkeypox).

Voici les résultats obtenus (page 10892 colonne 2 ; en raison de leur importance j'ai reproduit le passage en anglais en annexe II) :

1- Protection complète contre une dose élevée de monkeypox 30 jours après la vaccination.

2- Avec une dose plus modérée la protection est encore complète quand les animaux sont testés 10 jours après la vaccination.

3- Testés 6 jours après avec la même dose on observe une virémie ainsi que des lésions mais tous les animaux survivent.

4- Testés 4 jours après, seulement 1 animal sur 4 survit contre 4 sur 6 chez les témoins non vaccinés. La virémie et les lésions sont identiques chez les vaccinés et les témoins.

Ramenées au même dénominateur pour une comparaison plus facile c'est 3 sur 12 qui survivent chez les vaccinés contre 8 sur 12 chez les témoins.

Autrement dit, même vaccinés 4 jours AVANT d'être contaminés, les singes testés résistent mieux quand ils n'ont pas été vaccinés que s'ils l'ont été avec le vaccin Dryvax !!!

5 - Par contre, quand on utilise le vaccin MVA (virus Ankara modifié) qui dérive du virus de la vaccine en ayant perdu la capacité de se répliquer, les résultats sont beaucoup plus favorables :

Tous les animaux ont survécu, un seul ayant été suffisamment gravement malade pour contraindre à le sacrifier.

Que conclure ?

D'abord que le vaccin Dryvax se montre efficace dans des conditions normales d'utilisation, c'est à dire quand les animaux sont vaccinés suffisamment de temps avant l'épreuve. Ce résultat est essentiel pour valider la suite de l'expérience et montrer que c'est bien quand le test est trop rapproché de la vaccination que celle-ci se montre non seulement inefficace mais aggravante.

Il semble bien en effet que la rencontre, à quelques jours près, du virus de la variole (ici de la variole du singe) et du virus vaccinal soit explosive quand le virus vaccinal utilisé a conservé la propriété de se répliquer, ce qui a été le cas jusqu'à la disparition de la variole. Cette rencontre provoquerait un phénomène qui écraserait la manifestation des réactions immunitaires, même si elles se produisent. En effet, les auteurs ont pu mesurer les taux d'anticorps chez les vaccinés Dryvax et MVA : ils sont comparables.

Ces résultats confirment tout à fait que ce que j'appelle « l'effet Buchwald » pourrait avoir été la réalité depuis le début de la vaccination jennérienne au début du 19è siècle jusqu'au dernier cas de variole fin 1977 et que ce serait ce phénomène qui aurait provoqué les désastres reconnus par le directeur à l'OMS du programme d'éradication Donald Henderson et qui conduisirent le programme d'éradication au bord de l'échec (voir mon article [9]).

Primo-vaccination et rappels

Il faut noter que dans ces expériences sur des animaux il s'agit de primo-vaccinations. Que se passerait-il si la vaccination en post-exposition était un rappel d'une autre plus ancienne ?

Citant une publication de 2003 (Mortimer-Henderson [11]), les auteurs veulent penser que cette vaccination aurait été efficace quand il s'agissait d'une revaccination chez des personnes précédemment immunisées. On pourrait alors se demander si cette revaccination était vraiment utile. Voir les citations en annexe III.

Je voudrais leur suggérer de faire l'expérience suivante : en revaccinant peu après le test d'épreuve des animaux dont on sait qu'ils sont protégés par une vaccination un peu plus ancienne. Les auteurs verront alors si la protection se maintient ou si les animaux font malgré tout la maladie comme l'hypothèse Buchwald le propose et que de nombreux faits le suggèrent comme je l'ai exposé dans un autre article [9]

 

Il faut modifier notre plan variole

Notre plan variole [10] rend obligatoire (décretdu 3 avril 2003 [15]) la vaccination des personnes déclarées contacts d'un cas de variole selon une définition précise. Pour les contacts classés de haut niveau aucune contre-indication ne doit être retenue. Le moins que l'on puisse dire est qu'il faudrait être vraiment sûr de l'efficacité de la vaccination antivariolique dans ces conditions alors que les effets secondaires de cette vaccination peuvent être redoutables (encéphalite par exemple). Or rien de tel. Ces dispositions ont été prises dans la mouvance de la campagne d'éradication, son succès paraissant valider la vaccination des contacts, oubliant un peu vite que la stratégie de surveillance-endiguement qui incluait la vaccination des contacts a souvent été suivie de flambées inattendues et inhabituelles de variole (voir mon autre article [9]).

Voir aussila circulaire du 29 avril 2003 [14].

Constatant que les résultats expérimentaux sont très en défaveur de la vaccination des contacts, les auteurs des études expérimentales sur des animaux recommandent plutôt les antiviraux et les injections d'anticorps (Par Staib [5] p.2919 ; col.2 ) :

→ « Modalities other than vaccination could be more suitable for post-exposure treatment, as suggested by the use of antiviral drugs in the macaque–monkeypox model ( Stittelaar et al. , 2006 ) or the therapeutic application of VACV-specific antibodies »

→ « D'autres modalités que la vaccination pourrait être plus appropriées pour le traitement après exposition, comme le suggère l'utilisation de médicaments antiviraux dans le modèle macaque-simien (Stittelaar et al. , 2006 ) ou l'utilisation thérapeutique des anticorps spécifiques VACV »

 

Avis récents des experts mondiaux sur la vaccination des contacts

Voici les appréciations qui ont été formulés fin 2010 par des comités d'experts sur les études expérimentales qui ont été conduites entre 1999 et 2010.

Par le Comité consultatif d'experts de l'OMS réuni fin 2010 pour porter une appréciation sur les recherches menées depuis 1999 sur le virus de la variole [3] :

Page 30

« Pour se préparer à une flambée potentielle de variole, il faut élaborer des stratégies de vaccination thérapeutique efficaces, par exemple la vaccination après exposition »

Notons le ''il faut élaborer...'' qui tranche singulièrement avec les certitudes affichées par Henderson et l'OMS au cours et après la campagne d'éradication. Si l'efficacité de cette vaccination dans ces conditions était avérée il n'y aurait rien à élaborer.

Par le comité d'experts indépendants réuni fin 2010 sur le même thème [2] :

Page 11

« Actuellement, les vaccins dont on a le plus de chances de disposer pour réagir dans l’urgence à une flambée de variole sont des vaccins vivants produits en culture cellulaire avec ou sans purification par la méthode des plages, mais ils sont à base de virus de la vaccine parfaitement capables de se répliquer.

« Si une flambée de variole éclate, il faudra procéder à des vaccinations après exposition, mais des travaux sont encore nécessaires pour valider cette stratégie. Ce point n’est que brièvement évoqué dans ce chapitre*, peut-être en raison de la rareté des données. »

On pouvait penser que cette stratégie avait été parfaitement validée par le succès qui lui est attribué dans la campagne d'éradication. Ce n'est visiblement pas leur avis.

Quant à la rareté des données, on est en droit de s'étonner : dans les dernières années de la campagne il y a eu beaucoup de contacts vaccinés. En Inde par exemple les équipes restaient sur place pendant 3 semaines voire plus et faisaient des rapports sur leurs activités. Les archives de l'éradication représentent près de 700 000 pages disponibles aux historiens et chercheurs et qui auparavant avaient été suivies de près et au jour le jour par Henderson et son équipe à Genève.

* Il s'agit du chapitre 1 de l'analyse scientifique sur les recherches sur le virus de la variole [1] et que ce comité est chargé d'examiner.

« L’analyse scientifique évoque la possibilité d’utiliser la vaccination après exposition pour des interventions à visée thérapeutique, mais les données relatives à cette méthode prometteuse restent limitées . » 

Des restrictions aussi considérables sur cette mesure phare et alors que la vaccination de masse avait échoué en disent long sur les incertitudes qui demeurent quant à la véritable action de cette vaccination des contacts au cours de la campagne d'éradication…

Mais ces restrictions n'empêchent pas les chercheurs qui ont rédigé le document ''Analyse scientifique des recherches sur le virus de la variole - 1999-2010'' [1] d'affirmer :

Page 3

« 1.2 Histoire de la vaccination antivariolique

La variole est la seule maladie humaine qui ait été éradiquée à la suite d’une campagne mondiale de vaccination et cette réalisation reste l’un des plus grands triomphes de la science médicale moderne. »

Page 4

« L’éradication de la variole constitue à ce jour le succès le plus important remporté par l’OMS et ce résultat montre qu’une prophylaxie fondée sur la vaccination de masse peut permettre d’éradiquer des maladies infectieuses. »

Il est facile de démontrer que la vaccination de masse a été un échec parfaitement reconnu. Pour faire court et simple, il suffit de citer le Rapport final de la Commission mondiale pour la certification de l'éradication, page 32, document maintenant en ligne [10] :
 

« 8.2.4 Succès et échecs

Les campagnes d'éradication reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination de masse furent couronnées de succès dans quelques pays mais échouèrent dans la plupart des cas. »

 

Ils le savent évidemment parfaitement. Ils en apportent d'ailleurs la preuve en poursuivant ainsi :

« La politique de vaccination mise en œuvre à l’échelon mondial dans le cadre de ce programme mettait l’accent sur la surveillance de la maladie et a consisté notamment à adopter la méthode de vaccination en anneaux pour éviter la transmission interhumaine et endiguer les épidémies de variole. On pouvait ainsi identifier les nouveaux cas de variole, les mettre en quarantaine, puis vacciner les personnes en contact étroit avec les sujets infectés et les mettre également en quarantaine.

Cette politique a permis d’éradiquer la variole »

Il est plutôt amusant de constater qu'ils classent dans la politique de vaccination la surveillance de la maladie, l'identification des nouveaux cas, la recherche des contacts, la mise en quarantaine des cas et des contacts !!!

Page 9

« Vaccination après exposition :

La vaccination après exposition à une infection par le virus variolique pourrait réduire efficacement le nombre de victimes de la variole (Mortimer, 2003)*. Plusieurs études ont été consacrées à l’évaluation de cette possibilité en utilisant des modèles animaux. La plupart de ces études sont arrivées à la conclusion que le vaccin devrait être administré au plus tard un à deux jours aprèsexposition à un poxvirus virulent pour protéger le sujet contre une issue fatale (Staib et al., 2006 ; Samuelsson et al., 2008 ; Paran et al., 2009)**. Fait intéressant, le vaccin MVA a suscité une réponse protectrice plus rapide que la souche NYCBH chez un modèle soumis à une infection d’épreuve par un orthopoxvirus simien, probablement en raison de la dose plus élevée utilisée dans cet essai (Earl et al., 2008). »

** J'ai décrit auparavant les résultats publiés par Staib en 2006. Ils sont bien moins favorables que ce qui est affirmé ici. En fait, c'est uniquement avec le vaccin MVA, jamais utilisé au cours de la campagne d'éradication, que des résultats plus favorables ont été obtenus. Il n'est nullement évident que ce soit en raison de doses plus élevées mais plutôt parce que le virus vaccinal étant plus atténué et ''excite'' moins le virus variolique quand ils se rencontrent.

Page 10

« Notre connaissance des paramètres immunologiques qui sont en corrélation avec la protection contre les poxvirus virulents est encore limitée, mais elle a progressé au cours des dernières années et elle pourrait nous permettre d’établir des critères sur la base desquels comparer les vaccins classiques aux vaccins antivarioliques de nouvelle génération (Putz et al., 2006 ; Kennedy et al., 2009). »

Cela établit de la manière la plus claire que les raisonnements immunologiques d'ailleurs fort simplistes ''démontrant'' l'efficacité de la vaccination des contacts dans les 4 jours qui suivaient le contage étaient sans valeur.

 

Succès de la vaccination des contacts selon Henderson-Mortimer (2003)

Henderson qui a dirigé le programme d'éradication de la variole à l'OMS fut un remarquable chef de guerre. Il a su animer le programme, stimuler la motivation des Etats et des équipes sur le terrain. Sans lui, sans son dynamisme et son énergie la variole n'aurait peut-être pas été vaincue. Il fut l'homme de la situation, à moins que ce soit la situation très difficile qui ait forgé l'homme. Mais il fallait qu'il en ait le potentiel.

Un chef de guerre, un formidable animateur, oui. Un scientifique, non, comme cela se vérifie dans sa co-publication de 2003. La façon dont il prétend y démontrer l'efficacité de la vaccination des contacts quand celle-ci est pratiquée dans les 3-4 jours qui suivent le contage pourrait faire sourire ou inquiéter vu les immenses responsabilités qui furent les siennes. Voyons plutôt :

 

Cette publication [11] est intitulée

« Can Postexposure Vaccination against Smallpox Succeed ? »

la vaccination anti-variolique en post-exposition peut-elle réussir ?

 

Pour en apporter une preuve qu'il voudrait sans doute décisive il va chercher 101 échecs de cette vaccination des contacts qui avaient été enregistrés à Glasgow en 1901-1902 !!! A première vue c'est pour le moins surprenant de vouloir s'appuyer sur des échecs pour démontrer que ça marche. De plus, s'appuyer sur des données datant de 1901 plutôt que sur celles collectées au cours de la campagne d'éradication qu'il dirigeait est encore plus surprenant. Rappelons à ce sujet que les archives de l'éradication représentent près de 700 000 pages, que les équipes restaient sur place, dans les villages infectés, pendant 3 semaines, qu'elles étaient surveillées, qu'elles établissaient des rapports transmis à l'OMS, que la vaccination des contacts ainsi que leur surveillance étaient systématiques et que tout cela devrait représenter une masse d'informations d'où la vérité pourrait sortir. Mais quelle vérité, c'est là tout le problème ...

Voici d'abord le tableau donnant le nombre de cas apparus selon le nombre de jours après le contage. Ainsi 13 cas sont apparus 4 jours après la contamination.


 

Durée

0

1

2

3

4

5

6

7

8

9

1

11

12

Cas

1

1

1

4

13

11

6

17

20

7

3

11

6


 

Henderson observe qu'il y a eu peu de cas apparus dans les 3 premiers jours qui suivent le contage (7 sur 101) et qu'il y en a eu beaucoup plus ensuite. Il veut y voir une preuve de l'efficacité de la vaccination pratiquée. Il n'hésite pas à écrire :

« Cela suggère qu'une vaccination post-exposition précoce ( dans les 0-3 jours de la période d'incubation) était hautement protectrice »

Les 13 cas apparus après 4 jours ne sont pas très favorables à ce qu'il veut soutenir alors il trouve une explication : la véritable date de l'exposition était probablement plus ancienne que la date supposée. CQFD

Mais comment font-ils pour connaître le jour de l'exposition ?

C'est simple : ils connaissent la durée écoulée entre la vaccination et l'apparition de la variole, par exemple 8 jours. Alors ils font 12-8=4 qui sera le nombre de jours depuis cette exposition. Ils se fondent pour cela sur la durée moyenne de l'incubation qui a été estimée à 12 jours. Mais elle est variable et les extrêmes sont estimés à 7-17 jours, la durée se situant le plus souvent entre 10 et 14 jours.

En conséquence, il est tout à fait possible qu'une partie des cas classés à 4 jours puissent être à 6 jours comme le voudrait Henderson. Mais ils peuvent aussi bien être à 2 jours.

Un autre argument vient lézarder l'argumentation d'Henderson :

Son raisonnement suppose implicitement qu'un contact pourra être découvert et vacciné le jour même de l'exposition, le lendemain ou 6 jours après avec la même probabilité. C'est évidemment faux car avant de trouver le contact il faut découvrir le cas et cela se faisait presque toujours avec un certain délai. Ainsi, il était plus probable de vacciner un contact 5 jours après le contage que le lendemain.

Et si la vaccination des contacts accélérait l'incubation ?

Voici le tableau des durées entre la vaccination et l'apparition de la maladie. Ce sont donc des données observées et non pas fabriquées comme précédemment :
 

Durée

0

1

2

3

4

5

6

7

8

9

1

11

12

Cas

6

11

3

7

20

17

6

11

13

4

1

1

1


 

On voit que ces données ne sont nullement incompatibles avec une accélération de la phase d'incubation : 47 sur 101 apparaissent dans les 5 premiers jours après la vaccination dont 6 le jour même.

Quand le virus de la variole voit arriver son cousin le virus de la vaccine et que celui-ci est encore suffisamment dynamique pour disposer de la capacité de se répliquer. Il n'est pas déraisonnable d'envisager qu'ils fassent joyeusement la fête ensemble au détriment de l'hôte qui les accueille tous les deux.

Une telle idée n'est nullement incompatible avec ''l'effet Buchwald'' bien au contraire et apporterait une orientation pour expliquer les résultats très négatifs des expérimentations animales alors que les résultats sont moins défavorables avec un virus-vaccin plus atténué comme le MVA.

D'ailleurs en appendice de sa publication, Henderson apporte des données historiques sur la durée d'incubation qui auraient été obtenue par des observations directes et non par un calcul douteux.

Durée d'incubation pour 18 cas :

 

Durée

5

6

8

9

10

11

12

13

Cas

1

1

3

1

2

5

4

1

 

La moyenne pour ces 18 cas est exactement 10 jours.

Un auteur, Curschman, signale 1 cas à 5 jours

Un autre, Zuelzer signale 9 cas de variole hémorragique avec 6-8 jours.

Pour tous ces cas il n'est pas indiqué s'ils avaient été ou non vaccinés quand on les avait découverts comme contacts. Cela reste vraisemblable car c'était l'habitude depuis que la vaccination existait. On aurait là une indication sur la possible réduction de la durée de l'incubation sous l'effet de la vaccination en post-exposition.

Pour conclure, laissons le mot de la fin à Henderson page 627 :

« The efficacy of this postexposure vaccination remains inadequately documented, even though it was practiced for at least 150 years, from Jenner’s time up to the 1970s ».

« L'efficacité de cette vaccination en post-exposition reste insuffisamment documentée, même si elle a été pratiquée pendant au moins 150 ans, depuis l'époque de Jenner jusqu'aux années 70 ».

Liens des références

Documents OMS :

[1] http://whqlibdoc.who.int/hq/2010/WHO_HSE_GAR_BDP_2010.3_fre.pdf

[2] http://whqlibdoc.who.int/hq/2010/WHO_HSE_GAR_BDP_2010.4_fre.pdf

[3] http://whqlibdoc.who.int/hq/2010/WHO_HSE_GAR_BDP_2010.5_fre.pdf

On peut observer qu'il suffit de remplacer le 3 par 4 ou 5 dans l'adresse pour passer de l'un à l'autre.

Résumé de l'étude de Stittelaar :

[4] http://www.nature.com/nature/journal/v439/n7077/abs/nature04295.html

Étude de Staib (en pdf) :

[5] ->http://vir.sgmjournals.org/content/...][http://vir.sgmjournals.org/content/87/10/2917.full.pdf

Pour accéder à une traduction Google (avec ses limites …) taper Staib al., 2006 smallpox puis demander la traduction .

[5 bis] http://vir.sgmjournals.org/content/87/10/2917.full

Sur les nouveaux vaccins antivarioliques (Rosenthal) :

[6] http://wwwnc.cdc.gov/eid/article/7/6/pdfs/01-0602.pdf

Étude de Earl et al. :

[7] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2495015/pdf/zpq10889.pdf

Le vaccin Dryvax :

[8] http://en.wikipedia.org/wiki/Dryvax

La vaccination des contacts au cours de la campagne d'éradication (mon article) :

[9]http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2011/09/26/22157871.html

Plan variole :

[10] http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/plan_variole_2006-2.pdf

Mortimer-Henderson 2003 :

[11] ->http://cid.oxfordjournals.org/conte...][http://cid.oxfordjournals.org/content/36/5/622.full.pdf 

Étude de Samuelsson : 

[12] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2289795/pdf/JCI0833940.pdf

 [13] Fenner and all Smallpox and its Eradication – 1988

Il est en ligne par chapitre. L'adresse de la présentation  :

http://whqlibdoc.who.int/smallpox/9241561106.pdf 

qui donne les liens vers les 31 chapitres et leurs pages (1421 pages !!!)

Pages 64-65 du chapitre 1 il y a un passage sur la vaccination des contacts :

« vaccination must also be discussed as a form of prophylactic treatment, for it also modified the progress of the disease in persons vaccinated during the first few days of the incubation period." 

[14] http://nosobase.chu-lyon.fr/Reglementation/2003/Circulaire/290403.pdf

 

Annexe I


Par Staib [5] p.2919 col.1

→ «  The question arose whether standard vaccines based on replication-competent VACV would protect better than immunizations with the non-replicating MVA vaccine. »

→ « Pourtant, la question se pose de savoir si les vaccins classiques VACV avec réplication protégerait mieux que les vaccinations avec le vaccin MVA non répliquant. »

→ « Only inoculations of MVA vaccine within 3 h of challenge resulted in significant protection of all animals but did not prevent the onset of substantial disease symptoms » 

→ « Seulement avec le vaccin MVA, les inoculations dans les 3 heures après l'épreuve ont entraîné une protection significative de tous les animaux mais sans prévenir la manifestation des principaux symptômes de la maladie » 

Page 2919 col. 2 :

→ « Yet, we again failed to observe short-term protective capacity of the VACV Elstree immunizations »

→ « Pourtant, nous échouerons de nouveau pour observer une capacité protectrice de la vaccination par le virus de la vaccine VACV Elstree » 

Page 2919 col. 1 :

 → « There exists anecdotal information from which it is suggested that prompt vaccination of individuals exposed to Variola virus might have prevented severe smallpox disease (Fenner et al., 1988 ; Mortimer, 2003).

→ « Il existe des données anecdotiques à partir des quelles il est suggéré que la prompte vaccination des personnes exposées au virus de la variole pourrait les avoir protégées des formes sévères de la variole ( Fenner et al, 1988. [13]->http://translate.googleusercontent....][ ; Mortimer, 2003 [11] )

*Vaccin MVA

Steven R. Rosenthal - ''Developing New Smallpox Vaccines'' [6] - page 922 :

« Similarly, the Modified Vaccinia Ankara was derived from the Ankara Vaccinia strain and is one of the most highly attenuated strains. With >570 passages in chicken embryo fibroblasts, it is host restricted and unable to replicate in human and other mammalian cells. Pock lesions did not form at the site of inoculation, and no adverse reactions were observed in clinical trials in persons at high risk with skin lesions »

Cet auteur mentionne aussi que le vaccin MVA avait été utilisé pour vacciner plus de 120 000 personnes en Turquie et en Allemagne, mais que son efficacité réelle contre la variole était inconnue.
 

Annexe II 

Voici l'extrait de l'étude de Earl et al. [7] sur l'expérimentation avec le vaccin Dryvax (p.1 0892 ; col. 2) :

Using Dryvax as the standard, we found that complete protection against the high dose occurred

when the animals were challenged at thirty days after vaccination, as judged by absence of viremia or skin lesions.

With a dose of 5x10^6 pfu, complete protection was achieved when the animals were challenged at 10 days after Dryvax.

After a day 6 challenge, viremia was detected and all monkeys developed skin lesions although all survived.

However, when the monkeys were challenged at 4 days after Dryvax, only one of four animals survived compared with four of six controls, and viremia and skin lesions were similar to the controls.

The picture was somewhat different with MVA.

On the one hand, the animals all survived when challenged only 4 days after vaccination and only a single animal in the entire study became seriously ill and had to be killed

 

Annexe III

 

Par Staib [5] p.2919 ; col.2 

→ « Moreover, past sources of information on post-exposure vaccination seem to indicate that it could be mainly revaccination of previously immunized individuals that successfully prevented smallpox ( Mortimer, 2003 ) ».

→ « Par ailleurs, des sources d'information anciennes sur la vaccination en post-exposition semblent indiquer qu'il pourrait s'agir essentiellement de la revaccination de personnes déjà immunisées qui réussissait à prévenir la variole ( Mortimer, 2003 [11] ). »

 → « However, our overall data also suggest that the practicability of post-exposure vaccination against smallpox might be limited, at least in the context of naïve individuals or a harsh respiratory infection. »

→ «  Cependant, nos données suggèrent également que la pratique de la vaccination post-exposition contre la variole pourrait être limitée, au moins dans le contexte de personnes naïves ou d'une infection respiratoire sévère. » 

→ « This assumption is corroborated by the recent finding of limited efficacy of smallpox vaccination given 24 h after a lethal intratracheal infection of cynomolgus macaques with Monkeypox virus ( Stittelaar et al. , 2006 ). »

→ « Cette hypothèse est corroborée par la découverte récente d'une efficacité limitée de la vaccination antivariolique administré 24 h après une infection mortelle intratrachéale de macaques cynomolgus avec le monkeypox virus (Stittelaar et al., 2006  [4]) ».

 

Par Samuelsson [12] (page 1782 col.1)

→ « The WHO recommendation in cases of smallpox infection includes vaccination as quickly as possible after exposure. However, there exists only anecdotal historical information about the success of postexposure vaccination against smallpox, and in most cases, the prevaccination status of the individuals was not clear (Fenner-Henderson 1988 ; Mortimer-Henderson 2003). Moreover, in animal models, no significant survival benefit to postexposure vaccination was observed using as infection models either MPXV in monkeys or VACV in mice (Stittlelaar ; Staib). »

→ « Les recommandations de l'OMS en cas de contamination par la variole incluent la vaccination aussi prompte que possible après l'exposition. Cependant, il existe des données anecdotiques sur la réussite de la vaccination antivariolique en post-exposition, et dans la plupart des cas, le statut des individus avant vaccination n'était pas clair (Fenner-Henderson 1988 [13] ; Mortimer-Henderson 2003 [11]). En outre, dans les modèles animaux, aucun bénéfice significatif avec des survivants n'a été observé en utilisant des modèles infectants, soit chez des singes avec le monkeypox ou chez la souris (Stittelaar [4] ; Staib [5])

 

Annexe IV

Voici le résumé de l'étude de Stittelaar [4]

Antiviral treatment is more effective than smallpox vaccination upon lethal monkeypox virus infection

There is concern that variola virus, the aetiological agent of smallpox, may be used as a biological weapon. For this reason several countries are now stockpiling (vaccinia virus-based) smallpox vaccine. Although the preventive use of smallpox vaccination has been well documented, little is known about its efficacy when used after exposure to the virus.

Here we compare the effectiveness of post-exposure smallpox vaccination and antiviral treatment with either cidofovir (also called HPMPC or Vistide) or with a related acyclic nucleoside phosphonate analogue (HPMPO–DAPy) after lethal intratracheal infection of cynomolgus monkeys (Macaca fascicularis) with monkeypox virus (MPXV). MPXV causes a disease similar to human smallpox and this animal model can be used to measure differences in the protective efficacies of classical and new-generation candidate smallpox vaccines2.

We show that initiation of antiviral treatment 24 h after lethal intratracheal MPXV infection, using either of the antiviral agents and applying various systemic treatment regimens, resulted in significantly reduced mortality and reduced numbers of cutaneous monkeypox lesions.

In contrast, when monkeys were vaccinated 24 h after MPXV infection, using a standard human dose of a currently recommended smallpox vaccine (Elstree-RIVM), no significant reduction in mortality was observed.

When antiviral therapy was terminated 13 days after infection, all surviving animals had virus-specific serum antibodies and antiviral T lymphocytes. These data show that adequate preparedness for a biological threat involving smallpox should include the possibility of treating exposed individuals with antiviral compounds such as cidofovir or other selective anti-poxvirus drugs.

Bernard Guennebaud
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Vaccins Variole Animaux