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L’avenir du marché de l’optique passe-t-il par des rapprochements ?
L'avenir du marché de l'optique passe-t-il par des rapprochements ?
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11 décembre 2015 | 1 commentaires
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Louise Masson, 1 article (Rédacteur)

Louise Masson

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L’avenir du marché de l’optique passe-t-il par des rapprochements ?

L'avenir du marché de l'optique passe-t-il par des rapprochements ?

Trop fragmenté, trop cher, trop complexe, le marché de l’optique ne manque pas de détracteurs. Pour corriger un certain nombre de déséquilibres dans un secteur bien particulier, divisé entre de puissantes corporations et une myriade d’indépendants, les concentrations restent une solution que certains ont déjà commencé à envisager.

Une situation complexe, souvent trop simplifiée

Le secteur de l’optique subit le feu des critiques depuis plusieurs années maintenant, sur fond, parfois, de règlement de compte entre enseignes, via des études partielles et partiales produites un peu trop rapidement. Quoiqu’il en soit, la foudre devant bien tomber quelque part, ce sont les opticiens qui font les frais des accusations les plus fréquentes. Dans tous les cas, sont pointées du doigt les marges des opticiens, avec une certaine mauvaise foi d’ailleurs puisqu’aucune distinction n’est faite entre marges brutes et marges nettes, ces dernières étant dans la moyenne. Mais dans un débat subtil, ce sont généralement les idées simples qui marquent le plus les esprits.

Or le secteur de l’optique, c’est tout d’abord une situation industrielle et économique bien plus complexe qu’imaginée : entre les fabricants de verres correcteurs, lentilles et montures, et les clients finaux, s’intercalent déjà les grossistes, les distributeurs et même parfois un certain nombre de petits acteurs du web. Mais à ce circuit assez traditionnel, il faut ajouter les autorités de santé, la sécurité sociale, les organismes complémentaires et les ophtalmologistes/ orthoptistes. On serait aussi bien inspiré d’y ajouter le législateur et les pouvoirs publics, tant la question des produits de santé semble sensible. Le sujet connaît aussi des variations dans le temps : si en 2004, Alain Affelou annonçait avec beaucoup d’aplomb que « La concentration dans l'optique touche à sa fin », une étude des Echos de 2013 explique, elle, qu’une « accélération du mouvement de consolidation du secteur [optique] semble dès lors inéluctable ».

Prix

Les « lunettes sont chères » est une phrase entendue de plus en plus souvent. Plus chère qu’ailleurs ? La France connait une situation spécifique qui limite grandement la pertinence des comparaisons internationales, notamment en termes de volume de vente de verres progressifs, bien plus chers que des verres correcteurs simples. Les équipements français sont connus pour être onéreux, mais il y a une raison à cela : la qualité des équipements et des verres en particulier, fabriqués pour la grande majorité par le français Essilor, numéro un mondial du secteur. Le problème viendrait justement du poids de ce champion national : il est tout simplement incontournable pour tous ceux qui entendent proposer à leur clientèle des produits optiques de qualité en nombre conséquent. Maher Kassab, le président de la société de conseil Gallileo, l’admet : au sujet d’Essilor, « dans un pays comme la France, les clients et le marché attendent un contrepoids. » Ce contrepoids, ce pourrait être justement des opticiens regroupés en centrales d’achats plus importantes. De telles structures « gonflées » pourraient accroître leur pouvoir de négociation sur les fournisseurs comme Essilor. Plus économiques, du fait de la mutualisation de certaines fonctions, plus compétitives en raison de la diminution des coûts de structures, ces structures regroupées auraient aussi une force de « persuasion » notablement accrue pour renégocier certains prix à la baisse. Mais tout en maintenant les exigences qualitatives, pilier de notre système de santé visuelle.

Qualité

Les regroupements permettraient certes aussi de rationnaliser certains postes de dépenses et de réaliser des économies d’échelles, comme pour tout rapprochement d’entreprises. Mais cela ne peut se faire en aucun cas au détriment de la qualité, notion centrale dès qu’il est question de santé, a fortiori visuelle. Il existe par exemple déjà des concepts d’opticiens qui proposent des lunettes à des prix vraiment bas : les magasins « Lunettes pour tous » proposent des lunettes tout compris pour quelques dizaines d’euros. Mais à ce prix, le contrat est entendu : peu de choix, peu de services, peu de temps par client, des montures et des verres asiatiques et pas de fioritures. Pourtant, « l’optique, c’est du sur-mesure. Nous passons en moyenne 167 minutes par équipement. Faire moins, c’est au détriment de la qualité », avertit de son côté Alain Gerbel, le président de la Fédération nationale des opticiens de France (Fnof).

Au-delà des verres Essilor, si qualité il y a en France, elle est à chercher du côté des montures et du Jura, berceau historique de la lunetterie française. Atol a été parmi les premiers à s’engager pour la préservation de ce patrimoine. « La totalité de nos lunettes proviennent de la vallée du Jura, et nos verres correcteurs des laboratoires Essilor ou Carl Zeiss (basé à Fougères). Cela nous permet de maîtriser parfaitement notre chaîne de production, et de proposer des produits conformes à nos exigences de qualité », expliquait en 2012 Philippe Peyrard, alors Directeur général délégué d’Atol. Mais la volonté de sauvegarde de l’emploi et du savoir-faire jurassien a ses limites pour une enseigne seule. Là encore, l’hypothèse de regroupements pour revitaliser le tissu industriel de la lunetterie française pourrait trouver toute sa pertinence, en augmentant les débouchés pour les artisans du Jura tout en assurant aux opticiens des produits de qualité. Car qui dit qualité, dit sécurité.

Sécurité

Les lunettes comme les lentilles ne sont pas des dispositifs de santé comme les autres, elles sont d’ailleurs qualifiées très officiellement de « prothèses ». Particulièrement dans le cas des lentilles, en contact avec la cornée, il ne doit pas y avoir le moindre doute sur la qualité du produit. De plus en plus de chaînes de magasins se font certifier par l’AFNOR en « Qualité en optique » pour apporter des garanties à leurs clients. « Cette démarche de certification permet d’assurer une plus grande transparence et donc de consolider la confiance des parties prenantes. C’est là sa grande force et ce qui explique son succès auprès des opticiens, qui sont pour la plupart des entreprises de 3 à 5 collaborateurs en moyenne », explique Oliver Peyrat, Directeur Général du groupe AFNOR. Or à peine un tiers des 12000 magasins d’optique sont certifiés. Il n’y a guère que les grandes enseignes pour garantir une sécurité et une traçabilité sans faille via ces processus de certifications. Dans un secteur de plus en plus concerné par les questions de sécurité des produits, le regroupement entre enseignes permettra très probablement d’encourager ces démarches de certification, pour ceux qui n’aurait pas encore franchi le pas.


Si l’objectif du secteur de l’optique est bien la pérennité d’un business model fondé sur la qualité et la sécurité des produits, vendus à des prix équitables entre fournisseurs, distributeurs et consommateurs, alors la prédiction de l’étude des Echos a toutes les chances de se réaliser : les rapprochements vont se poursuivre, et risquent de représenter la meilleure opportunité du secteur pour sortir de la crise actuelle des ventes. 

Louise Masson Consultant en stratégie d'entreprise et responsabilité sociale des entreprises
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Mots-clés :
Lunettes Opticien Optique
Commentaires
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par Camille (IP:xxx.xx4.218.198) le 15 décembre 2015 a 10H46
Camille, 453 articles (Rédacteur)

Tout de suite, nous y voyons plus clair sur la filière.