Accueil du site
> Médicaments & Soins > Les Actus
Mon logo CareVox
CareVox par RSS
CareVox sur Facebook
CareVox sur Twitter
Drogue : Idées fausses sur la défonce ?
Drogue : Idées fausses sur la défonce ?
catégorie
note des lecteurs
date et réactions
24 janvier 2012 | 7 commentaires
Auteur de l'article
Jean-Marie Habar, 19 articles (Médecin retraité)

Jean-Marie Habar

Médecin retraité
note moyenne des lecteurs
nombre d'articles
19
nombre de commentaires
0
nombre de votes
0

Drogue : Idées fausses sur la défonce ?

Drogue : Idées fausses sur la défonce ?

Le « toxicomane » souffre, dans le grand public et parfois aussi dans le milieu médical, d’une image déplorable. Considéré avec mépris et crainte, il est souvent laissé pour compte et parfois confronté au refus de prise en charge, même par certains professionnels de santé.

Cette image est d’autant plus difficile à combattre que ces personnes peuvent parfois présenter des comportements asociaux, voire délictueux.

Ces troubles sont d’autant plus mal ressentis, qu’ils touchent fréquemment des jeunes, en opposition avec les règles sociales des adultes.

De ce fait, les réponses de la société ont oscillé entre une attitude répressive et une autre plus éducative, avec des résultats souvent irréguliers.

Cependant certains professionnels, sur des arguments cliniques et biologiques, portaient sur ce phénomène un regard différend.

Des recherches et des publications récentes, entamées en particulier par une équipe bordelaise, confirment le bien fondé d’un regard plus médical et moins répressif sur le phénomène.

Tout d’abord de quoi parle-on ?

Classiquement on entend par toxicomane, toute personne présentant une dépendance physique et psychologique à une ou plusieurs substances toxiques, sans justification thérapeutique.

Plus précisément l’OMS retient comme caractéristiques de la toxicomanie :

Une envie irrépressible de consommer un produit, ce qui caractérise l’addiction.

La nécessité d’augmenter les doses du produit, pour obtenir des effets similaires, ce qui correspond à la tolérance.

Enfin, évidemment, la dépendance psychologique et parfois physique aux produits utilisés.

Pendant de nombreuses années, la prescription de médicaments, pour soulager les « drogués », a été très critiquée, car suspectée de péréniser la toxicomanie.

Il a fallu qu’apparaisse l’épidémie de SIDA, pour que la prescription d’un traitement médicamenteux dit, de subtitution, soit enfin tolérée et même recommandée.

L’évolution des idées thérapeutiques ne visait pas tant à aider le toxicomane, qu’à combattre la transmission du VIH et des virus des hépatites B et C, par voie injectable.

De même la légalisation de l’usage et la mise à disposition de seringues à usage unique, pour les individus « injecteurs », faisait partie des moyens recommandés pour freiner l’épidémie, au même titre même que l’usage généralisé des préservatifs dans les rapports sexuels.

Ces mesures s’accompagnaient implicitement d’une stigmatisation des personnes étiquetées, comme membres d’un « groupe », qu’ils soient toxicomanes ou homosexuels, jugé responsables de l’épidémie.

De telles idées sont non seulement nauséabondes, mais dangereuses d’un point de vue conceptuel.

En effet, elles rassurent ceux qui n’appartiennent pas à ces groupes et se croient de ce fait à l’abri de tout risque de contamination.

Or le danger ne résulte pas de l’appartenance à groupe social « déviant », mais d’une pratique individuelle à risque.

De plus, les conséquences infectieuses spectaculaires à cause de l’usage de drogues injectables, en particulier l’héroïne, avait fait oublier quelque peu l’existence d’autres addictions.

Or ces dernières sont nombreuses.

Elles font appel à des produits d’usage illicite comme la cocaïne, l’ecstasy, le cannabis, etc. Mais aussi à l’usage de produits licites, bien que parfaitement addictogènes comme le tabac, l’alcool et un certain nombre de médicaments, tranquilisants par exemple.

Quoi qu’il en soit, la toxicomanie était généralement considérée comme un vice et non comme une maladie réelle.

Des arguments cliniques et épidémiologiques avait cependant convaincu un certain nombre de professionnels que la toxicomanie ne relevait pas uniquement d’une approche psycho sociale mais aussi médicale.

A une époque ou la toxicomanie était très généralement considérée comme un délit conduisant à la prison ou à des troubles psychiatriques majeurs, nous avions été amenés à relativiser quelque peu ces certitudes.

Par exemple, il y a une vingtaine d’années, chez les patients pris en charge par l’association « trait d’Union », nous avions pu constater que, près de 50% de nos patients, avant de consommer des drogues avaient présenté à un moment ou un autre des troubles psychiatriques, en particulier anxio-dépressifs et avaient éte traités par des médicaments antidépresseurs ou anxiolytiques.

On pouvait aussi constater que près de la moitié des patients ayant fait l’objet d’incarcération, l’avait été pour des raisons indépendantes de l’usage de drogues et n’avaient commencé leur consommation régulière qu’après un séjour en prison.

Ces faits nous laissaient supposer que le primum movens de la toxicomanie, ne relevait pas uniquement d’une attitude sociale déviante mais pouvait être l’expression d’une fragilité sous jacente.

Des études récentes, ( Dr Pier-Vincenzo Piazza, : Inserm, Université Bordeaux 2) vont dans ce sens, en identifiant deux phénotypes spécifiques de vulnérabilité à la toxicomanie.

L’un d’eux a été identifié dès 1889, chez l’animal.

Il a démontré que certains individus, ayant un système dopaminergique hypertrophique, sont plus exposés à une consommation régulière de drogues.

Un second phénotype a été identifié en 2011.

Ces patients souffrent d’une perte de la plasticité synaptique.

L’incapacité à inhiber des connexions synaptiques d’un circuit neuronal spécifique, via des récepteurs au glutamate de type NMDA rend les personnes incapables d’arrêter ou de contrôler la consommation de drogues.

La vie du patient s’organise alors entièrement autour de son addiction, entraînant des problèmes familiaux, professionnels et souvent une marginalisation.

Si l’on ajoute à cela que l’hyperéactivité dopaminergique est une conséquence du stress chronique, il devient évident que :

« Les toxicomanes ont une vraie pathologie du cerveau liée à une vulnérabilité biologique… »

Ces données devraient amener à une relecture de la pathologie du toxicomane.

Une meilleure compréhension des mécanismes en jeu, devrait nous permettre de mieux dépister les personnes vulnérables, d’améliorer la prévention ainsi que la prise en charge.

C’est à cet exercice que nous tenterons de nous livrer, très modestement.

JMH
Les internautes qui ont lu cet article ont aussi consulté
Commentaires
0 vote
(IP:xxx.xx5.232.23) le 25 janvier 2012 a 14H38
 (Visiteur)

Ce livre d’alice miller dont un extrait est disponible se penche sur l’enfance et l’histoire personnelle d’une droguée, et montre comme les souffrances insupportables de son enfant l’ont conduite vers la drogue et tout ce qui va avec : http://www.alice-miller.com/livres_...

0 vote
(IP:xxx.xx0.8.2) le 25 janvier 2012 a 19H20
 (Visiteur)

Bonjour,

Votre exemple est tout à fait intéressant et semble bien encore une fois prouver qu’une souffrance physique et psychologique intense, peut être un des facteurs favorisant la consommation de drogue et la dépendance.

2 votes
par L.S. (IP:xxx.xx1.111.103) le 25 janvier 2012 a 14H58
L.S. (Visiteur)

Bonjour,

pour bien parler de ce problème, il conviendrait de s’exposer une fois à lui, de face, courageusement. Quel journaliste enquêteur peut prétendre être capable d’une telle volonté ? Personne ! Donc, tous ceux qui en parlent sont seulement spectateurs comme moi d’ailleurs. Ainsi notre seule démarche d’empathie consiste à essayer de comprendre de quoi s’agit il. . Imaginez que vous injectiez de la nitroglycérine dans le carburateur de votre Renault 12 et que celle ci s’engage dans une pointe à 15.000 tours, 242 kmh sur une belle ligne dont elle arrondit même dans la foulée les angles... Pouvez vous me dire comment feriez vous ensuite pour vous trainer à 30 en centre ville ou 70 en campagne après ce flash monumental ? La vie ensuite est morne et plate, il faut deux fois plus concentré pour faire à peu près pareil, mais les neurones et synapses brulés le sont définitivement, ainsi tout le reste fait que la vie apparait en noir et blanc pour ne pas dire gris... . Voyons les chose en face, un seul baiser de Maryline ne fait pas de vous un Kennedy, mais vous ne vous en remettriez jamais, n’est ce pas ?

1 vote
par L.S. (IP:xxx.xx1.111.103) le 25 janvier 2012 a 18H21
L.S. (Visiteur)

depuis quarante ans j’entends la même rengaine, plus le temps passe, plus les poisons sont violents, moins l’Etat ne trouve de solutions, plus les mafias en profitent, plus les sectes s’installent, plus notre jeunesse en bave, et toujours pas l’once d’une voie salutaire à l’horizon. Ce sont ceux qui n’y connaissent rien sur le sujet qui ont la parole et prennent les décisions. Résultat, elles vont à l’encontre des souhaits exprimés, et les effets néfastes sont de plus en plus graves. L’éternel même débat s’engage régulièrement dans des commissions d’Etat, dans des émissions télévisées, à l’heure des campagnes électorales...et puis toujours rien ! http://archives-lepost.huffingtonpo...

Il faut voir ce problème international comme une revanche rancunière ancestrale en retour, c’est le plus court chemin pour arriver à résumer en six mots... et enfin légaliser pour localiser Point

0 vote
(IP:xxx.xx0.8.2) le 25 janvier 2012 a 19H54
 (Visiteur)

Bonjour, Votre remarque est tout à fait pertinente et appelle de ma part deux commentaires :

1 - Parler d’un tel sujet, aussi sensible et douloureux , nécessite une connaissance directe de ce qu’il représente. Le fait d’avoir été longtemps confronté au problème, en tant que professionnel, amène à une réflexion personnelle qui est parfois difficile à formuler tant que l’on a "le nez dans le guidon". En ce domaine l’empathie se développe en écoutant la personne confrontée à la dépendance. 2- Il est vrai que la consommation de produits addictogènes change la coloration du monde, ce qui le rend souvent difficile à supporter. C’est pourquoi il est difficile de revenir en arrière quand la pathologie est installée.

0 vote
par L.S. (IP:xxx.xx8.132.193) le 27 janvier 2012 a 12H58
L.S. (Visiteur)

Prenez l’exemple de l’urgentiste Patrick Pelloux très médiatique, et qui rencontre les autorités au Fouquet’s, malgré le holà tout à fait pertinent qu’il dénonce en hauts lieux, nos gouvernants s’en foutent. Des félons... comme dit Etienne Chouard... des traitres, des assassins, des criminels... La mort plane sur la République croyez vous que ce soit le sujet du jour du diner du siècle, protégé par des cordons de crs au service de l’élite ? Que nenni, ces vendus dinent sur les ruines de nos sociétés pillées par les bankster’s mafieux privés qui commandent en coulisses.

0 vote
par Raymond SAMUEL (IP:xxx.xx1.202.8) le 25 janvier 2012 a 17H32
Raymond SAMUEL (Visiteur)

Bonjour,

Je suppose que le but à atteindre c’est d’éviter que des enfants deviennent des drogués. On sait que presque tous les toxico le sont devenus parce qu’ils étaient de santé mentale déficiente.

Trève de discours. Il faut donc mettre toutes nos forces dans la prévention.

- Quelles sont les conditions qui sont nécessaires aux enfants pour leur permettre d’arriver à l’âge adulte en bonne santé psychique (et physique) ?
- comment faire connaître à toute la population le résultat des travaux de recherche sur ces conditions de vie nécessaires ?
- comment faire évoluer nos modes de vie en conséquence de façon à offrir aux enfants un environnement adéquat ?

Seule la CONNAISSANCE suffisamment partagée permettra la PREVENTION.