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Faut-il prendre des médicaments pendant la grossesse ?
Faut-il prendre des médicaments pendant la grossesse?
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8 mars 2010
Auteur de l'article
DR DELEPOULLE A-S, 16 articles (Pharmacien)

DR DELEPOULLE A-S

Pharmacien
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Faut-il prendre des médicaments pendant la grossesse ?

Faut-il prendre des médicaments pendant la grossesse?

Bien que la grossesse soit un état physiologique normal, sa gestion est parfois compliquée, surtout s’il s’agit de votre première grossesse, car les bouleversements hormonaux peuvent entraîner une succession de petits maux .
Ainsi 50% des femmes se voient prescrire ou prennent un médicament au cours de la grossesse.
2 à 4% des enfants naissent avec une malformation mineure ou majeure. Les causes médicamenteuses ou toxiques représentent 5% de ces cas. On a tous en mémoire la dramatique affaire de la thalidomide (immunomodulateur utilisé comme hypnotique entre 1957 et 1962). 12 000 cas de malformations ont alors été recensés : absence d’oreille interne, paralysie des nerfs crâniens, phocomélies, amélie, sténoses anorectales...
 

En réalité, peu de médicaments sont réellement tératogènes ou foetotoxiques mais les études sont insuffisantes sur le sujet car pour des raisons d’éthique, aucune étude clinique ne peut porter sur les femmes enceintes et exposer inutilement un fœtus à des risques. La majorité des études porte sur l’animal, mais les modèles ne sont pas toujours transposables chez l’homme.

Le risque tératogène varie en fonction du temps

Nidation (entre 2 et 4 semaines) Loi du tout ou rien : il y a soit perte embryonnaire, soit survie sans séquelles. Organogénèse (du 13ème jour au 56ème jour) Risque malformatif, provoqué par les molécules tératogènes. La formation d'un organe s'effectue en quelques jours. Un médicament peut avoir un effet dramatique s'il est pris à J15 et aucun effet s'il est pris à J20 par exemple. Période fœtale (du 3ème mois jusqu'à l'accouchement) Les risques de malformation sont moins importants mais apparaissent des risques de fœtotoxicité sur la maturation des organes en place (retard de croissance des organes ou anomalie de leur fonctionnement, anomalies histologiques). Derniers jours avant l'accouchement = Période d'imprégnation. l'accouchement peut être perturbé et/ou suivi de symptômes néonataux consécutifs à l'imprégnation du nouveau né ou à un sevrage (Fonctions d'élimination par le nouveau-né moins efficaces que par la maman en raison de l'immaturité des organes). Les principales molécules responsables sont les bêtabloquants, les benzodiazépines, syndrome de sevrage aux morphiniques, IRSS... Atteinte à distance Cas par exemple du Distilbène administré aux femmes enceintes en cas de risque de fausse couche, qui a conduit à des cancers génitaux 20 ans plus tard chez les filles.

La pharmacocinétique des médicaments est modifiée pendant la grossesse :

La grossesse entraîne des modifications métaboliques et physiologiques, ce qui joue sur la pharmacocinétique des substances absorbées. Un médicament ne se comporte pas de la même manière en cas de grossesse, et les valeurs pharmacocinétiques de la femme non gravide sont retrouvées 2 mois après le post partum : La résorption est variable selon les médicaments car le péristaltisme intestinal diminue, le temps de vidange gastrique croît, ainsi que le pH gastrique. La distribution est modifiée. De part l'augmentation du volume de distribution, on assiste à une diminution de l'efficacité des substances hydrophiles (par diminution de leur taux plasmatique). Par diminution de l'albuminémie maternelle, on assiste à une augmentation de l'efficacité de certaines molécules par augmentation de la fraction libre (fraction active du médicament). La biotransformation et l'élimination des médicaments est modifiée. Au cours de la grossesse, il y a une augmentation des débits sanguins cardiaques, pulmonaires et rénaux, ainsi que la filtration glomérulaire ; augmentant ainsi l'élimination rénale des substances hydrosolubles (diminution de l'efficacité). On assiste aussi pendant la grossesse à une inhibition enzymatique au niveau du foie par l'imprégnation en œstrogènes et en progestérone ce qui fait augmenter l'efficacité des médicaments métabolisés au niveau hépatique (risque de surdosage).

Accumulation des médicaments chez votre bébé :

Tous les médicaments pris par la mère le sont aussi par le bébé ! Le passage du médicament chez le fœtus par perméabilité placentaire est fonction des propriétés physicochimiques du médicament (poids moléculaire, liposolubilité, faible fixation aux protéines plasmatiques, ionisation réduite...), de la pharmacocinétique maternelle (plus la concentration sanguine est élevée chez la mère, plus le risque de passage chez le bébé est élevé), du stade de la grossesse (plus l'âge de la grossesse est avancé, plus les médicaments sont diffusibles), mais aussi de l'état de santé de la mère, du fœtus et du placenta. De plus, le foie du bébé n'étant pas actif, il a parfois plutôt tendance à concentrer les médicaments (ex : benzodiazépines).

Un traitement chronique de la mère ne doit jamais être brutalement arrêté :

pour une situation optimale, prévoir la grossesse et évaluer avec son médecin le rapport bénéfice/risques des traitements, et éventuellement une adaptation de posologie ou de stratégie thérapeutique dans le cas de médicaments potentiellement tératogènes. Il est indispensable de planifier sa grossesse en cas de diabète, de problèmes thyroïdiens, d'hypertension artérielle, d'épilepsie et/ou de SIDA...

Anne-Sophie Delepoulle Pharmacien

POST-SCRIPTUM

  • Attention à l’automédication. les médicaments sont des agents exogènes qui traversent le placenta à destination du bébé, exception faite de certaines grosses molécules (insuline, héparine, interféron alpha...). 

     Voici quelques conseils valables pour toutes les femmes enceintes :

    • N’utilisez pas de médicaments sans l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien.
    • Commencer par suivre les mesures hygiéno-diététiques et les conseils avant de prendre les médicaments.
    • Privilégiez l’homéopathie à condition d’éviter les teintures mères et les dilutions en 1DH qui s’apparentent à de la phytothérapie.
    • Éviter les associations de molécules.
    • Consulter un médecin si les symptômes persistent.
    • Lire aussi la fiche conseil : Bon usage du médicament
    • Attention aux médicaments à demi-vie longue pris en début de grossesse ou juste avant la conception. Environ 5 demi-vies sont nécessaires pour éliminer un médicament, ce qui peut parfois représenter plusieurs semaines (15 semaines pour le Lariam).

     

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Mots-clés :
Grossesse Médicaments