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Etude comparative du CNRS pour le traitement du Trouble du Déficit de l’Attention et Hyperactivité
Etude comparative du CNRS pour le traitement du Trouble du Déficit de l'Attention et Hyperactivité
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13 octobre 2011
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Emmanuel Renauld-Dehlinger, 2 articles (Rédacteur)

Emmanuel Renauld-Dehlinger

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Etude comparative du CNRS pour le traitement du Trouble du Déficit de l’Attention et Hyperactivité

Etude comparative du CNRS pour le traitement du Trouble du Déficit de l'Attention et Hyperactivité

TDAH : Neurofeedback ou Ritaline ?

Le neurofeedback a fait en 2006-2008 l'objet d'une étude pour le traitement du Trouble du Déficit de l'Attention et Hyperactivité (TDAH) au Laboratoire de Neurosciences Fonctionnelles et Pathologies du CHU d'Amiens (UMR 8160, unité du CNRS). Cette étude publiée en 2011 compare les effets du neurofeedback réalisé avec le logiciel NeuroCARE (aujourd'hui rebaptisé NeurOptimal) et ceux de la Ritaline sur des enfants atteints de ce trouble. Elle a fait l'objet d'une publication scientifique dans le journal Neuroscience & Medicine qui est consultable sur le site de Scientific Research Publishing (1).

Quelques clés pour bien comprendre cette étude

1) L'étude cherche à savoir pour le traitement du TDAH a) si le neurofeedback a des effets positifs et b) si ces effets sont équivalents à ceux de la Ritaline.

2) Pour cela, on traite un groupe d'enfants par le neurofeedback (groupe NFT) et un autre par la Ritaline (Groupe MPH=Méthylphénidate).

3) Un troisième groupe d'enfants "normaux" (non TDAH) sert de référence (Groupe Contrôle). Ce groupe permet de voir entre autre s'il est possible d'améliorer ses résultats à un test d'évaluation sans suivre aucun des 2 traitements, par apprentissage spontané au cours du premier test, auquel cas le test en question n'est pas très probant pour évaluer l'efficacité des traitements.

4) Pour évaluer les effets des traitements, on utilise des tests de comportement ("behavioral"), des tests neuropsychologiques ("neuropsychological"), et des tests pratiques ("experimental").

5) On regarde si les résultats des tests après traitement ("post-test") sont meilleurs que les résultats des tests avant traitement ("pre-test") en moyenne pour tous les enfants du groupe.

6) On mesure l'importance d'un effet obtenu (ES="Effect size") et sa signification statistique ("significant" si probabilité p<0,05 soit moins de 1 chance sur 20 [5%] que l'effet observé soit dû au hasard).

7) On compare les résultats des tests des groupes neurofeedback et Ritaline entre eux, avant et après traitement. Si un groupe obtient de meilleurs résultats qu'un autre après traitement (post-test), il faut notamment examiner si les deux groupes partaient bien sur la même ligne de départ c'est-à-dire s'ils avaient des résultats similaires au pre-test.

8) On peut aussi comparer les résultats post-test des groupes neurofeedback et Ritaline avec le groupe contrôle pour voir si les enfants sont devenus "normaux" suite au traitement. Ainsi que les résultats pre-test pour voir si selon un certain test, les enfants TDAH étaient déjà "normaux" avant traitement, auquel cas ce test n'est sans doute pas adapté à l'évaluation du TDAH.

9) Les résultats ne sont pas simples à analyser du fait de la multitude des tests utilisés. Concernant les effets positifs du neurofeedback, l'étude conclue que les résultats démontrent que le neurofeedback peut améliorer significativement plusieurs fonctions comportementales et cognitives chez les enfants TDAH. Concernant l'équivalence entre le neurofeedback et la Ritaline, l'étude conclue que ces traitements ne sont pas équivalents et que les effets obtenus par la Ritaline sont supérieurs mais que la différence n'est pas statistiquement significative.

Analyse

Cette étude est la première étude qui ait été réalisée en France pour évaluer les effets du neurofeedback. Elle représente un important travail de recherche. Mais on peut penser qu'elle aurait pu aboutir à une conclusion plus en faveur du neurofeedback que de la Ritaline pour le traitement du TDAH si une approche différente avait été utilisée.

1) La version du logiciel NeurOptimal (anciennement NeuroCARE) utilisée pour cette étude date de 2005 et est maintenant très ancienne par rapport à la version actuelle qui a été largement optimisée et automatisée depuis. En outre cette version a été mise en œuvre en ne travaillant que sur la bande thêta et sur la bande béta au lieu des 8 bandes utilisées habituellement avec ce logiciel, avec réglage manuel du seuil maximum pour thêta (bande de fréquence inhibée = "inhibit") et du seuil minimum pour béta (bande de fréquence augmentée = "augment"). Ce faisant les auteurs de l'étude souhaitaient mettre en œuvre l'approche du neurofeedback traditionnel et le principe du conditionnement opérant. Ils n'ont donc pas utilisé le logiciel NeurOptimal au maximum de son potentiel. (Notons que le feedback étant fourni par des interruptions sonores et visuelles du film, les auteurs n'ont pas pu éviter le déclenchement de la réponse d'orientation après détection d'une turbulence, principe sur lequel s'appuie le neurofeedback NeurOptimal et qui n'est pas du conditionnement opérant.)

2) Les enfants TDAH ont reçu 24 séances de neurofeedback. Ce nombre de séance est adapté pour des séances effectuées avec le logiciel NeurOptimal. En neurofeedback plus traditionnel, à la façon dont a été utilisé NeuroCARE avec tous les automatismes débrayés, le nombre de séances habituel pour le TDAH est d'environ 40. L'expérience acquise par les praticiens permet de penser qu'avec 40 séances au lieu de 24, ou sans débrayer les automatismes de NeurOptimal, les effets obtenus auraient été aussi importants qu'avec la Ritaline et que ces deux traitements auraient pu être considérés comme équivalents.

3) L'étude n'évalue pas la présence possible de contraintes externes habituellement connues pour freiner les effets du neurofeedback. Concernant des enfants TDAH, on pourrait notamment recenser certains problèmes organiques (thyroïde, asthme, apnée du sommeil...), la prise de certains médicaments (benzodiazépines...) ou de cannabis, une alimentation déséquilibrée (sucre...), un contexte psychologique particulièrement difficile, et le nombre d'heures quotidiennes passées devant la télévision, tous ces points étant connus pour pouvoir diminuer l'efficacité des séances.

4) L'étude n'évalue pas les effets à long terme du traitement. Or on sait que les effets du neurofeedback perdurent au-delà des séances, contrairement à ceux de la Ritaline qui cessent à l'arrêt du traitement.

5) La Ritaline a des effets secondaires, pas le neurofeedback réalisé avec le logiciel NeurOptimal.

Pour conclure, notons que les effets spécifiques du neurofeedback ne sont pas évalués dans cette étude (même s'ils l'ont été dans d'autres études (2), (3), (4), (5), etc.). On ne peut exclure ici a priori que les effets obtenus par le neurofeedback soient dus à un effet placebo lié par exemple au soin apporté à l'enfant par le praticien, à l'aspect enthousiasmant de cette technologie pour le praticien, l'enfant et ses parents, etc. Seule une étude en double aveugle permettrait d'évacuer totalement cette possibilité. Le logiciel NeurOptimal est le seul qui permette aujourd'hui de conduire une étude en double aveugle sur le neurofeedback. Du fait de l'automatisation complète des séances, il est en effet possible de réaliser des séances de neurofeedback réel ou simulé à l'insu du patient et du praticien et de comparer les résultats selon le type de séance donné. Cette étude en double aveugle n'a pas encore été entreprise à ce jour.

Emmanuel Renauld-Dehlinger - Président de l'Association pour la Diffusion du Neurofeedback en France - www.adnf.org - adnf@adnf.org

POST-SCRIPTUM

  • (1) Mohammad Ali Nazari, Laurent Querne, Alain De Broca, Patrick Berquin, “Effectiveness of EEG Biofeedback as Compared with Methylphenidate in the Treatment of Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder : A Clinical Outcome Study”, Neuroscience & Medicine. 2011, 2, 78-86 (lien).

    (2) Bakhtadze SZ, Dzhanelidze MT, Khachapuridze NS, Changes in cognitive evoked potentials during non pharmacological treatment in children with attention deficit/hyperactivity disorder”, Georgian Med News. 2011 Mar ; (192):47-5.

    (3) Gevensleben H, Moll GH, Heinrich H, “[Neurofeedback training in children with ADHD : behavioral and neurophysiological effects]”, Z Kinder Jugendpsychiatr Psychother. 2010 Nov ; 38(6):409-19 ; quiz 419-20.

    (4) Wangler S, Gevensleben H, Albrecht B, Studer P, Rothenberger A, Moll GH, Heinrich H, “Neurofeedback in children with ADHD : Specific event-related potential findings of a randomized controlled trial”, Clin Neurophysiol. 2011 May ; 122(5):942-50.

    (5) Gevensleben H, Holl B, Albrecht B, Schlamp D, Kratz O, Studer P, Wangler S, Rothenberger A, Moll GH, Heinrich H, “Distinct EEG effects related to neurofeedback training in children with ADHD : a randomized controlled trial”, Int J Psychophysiol. 2009 Nov ; 74(2):149-5.

SOURCES

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