Mon logo CareVox
CareVox par RSS
CareVox sur Facebook
CareVox sur Twitter
E-santé : l’optique en vente en ligne
E-santé : l'optique en vente en ligne
note des lecteurs
date et réactions
22 novembre 2011
Auteur de l'article
Pharmacie innovante, 9 articles (Rédacteur)

Pharmacie innovante

Rédacteur
note moyenne des lecteurs
nombre d'articles
9
nombre de commentaires
0
nombre de votes
1

E-santé : l’optique en vente en ligne

E-santé : l'optique en vente en ligne

Quelle est la part du service de santé en ligne ? Nous savons que l’internaute est en recherche d’information et de nouveaux services innovants, mais de nombreux officinaux s’interrogent encore sur « le passage à l’acte », c’est-à-dire sur la création du site internet de leur pharmacie, boutique en ligne et fidélisation.

Si de nombreuses officines ont prouvé outre-Rhin que ces nouveaux usages (vente de médicaments en ligne, réservation d’ordonnance, conseil en ligne, etc.) dessinent déjà la pharmacie de demain, l’illustration française des opticiens en ligne peut encourager ces pratiques virtuelles.

A vrai dire, peu de patients savent qu’il est possible d’acheter légalement sur la Toile des paires de lunettes et autres lentilles de contact. Il est intéressant pour les officinaux de se pencher sur l’exemple de l’optique, qui n’est pas sans rappeler le dossier de la vente en ligne de médicaments non soumis à prescription. Bruxelles retoque la France

18 septembre 2008 : la Commission européenne reproche à la France de ne pas respecter le libre établissement des professionnels de santé.
2 décembre 2010 : la Cour de justice de l’Union Européenne désavoue le gouvernement hongrois qui souhaitait imposer à une société de vente à distance de lentilles correctrices de disposer d’un local de 18m² ainsi que l’embauche d’un professionnel.
Laure Baëté, directrice du service juridique de la FEVAD (Fédération des Entreprises de Vente à Distance) souligne, dans une interview accordée aux Echos, que les magistrats ont tenu à souligner que « dans un marché aussi cher et sensible que l'optique, toute action susceptible de clarifier l'opacité des tarifs va dans le bon sens ». En France, le projet de loi Lefebvre dispose d’un paragraphe spécifique aux lunettes sur internet, donnant un cadre à leurs vente en ligne.

 

Quatre conditions doivent être respectées :
1. le client doit être en mesure de produire une ordonnance,
le client doit pouvoir « bénéficier des conseils et de l’information nécessaire de la part d’un opticien lunetier diplômé, mis à leur disposition par le vendeur pour répondre à toute interrogation ».
2. la prise de mesure doit être faite pour toute commande (des logiciels en ligne existent)
3. le client dispose d'un droit de rétractation : « Le projet de loi vise à donner la possibilité à l’acheteur en ligne de produits médicaux confectionnés de se rétracter dans un délai de 7 jours francs à compter de la réception du produit et de le retourner au professionnel en vue d’obtenir soit le remboursement soit, sur proposition du professionnel, un échange permettant de garantir un produit adapté aux spécificités du consommateur ».

Il est précisé que le consommateur n’a pas à justifier de motifs de retour ni à payer de pénalités à l’exception des frais de retour. Il peut solliciter le remboursement de son achat si aucune monture proposée ne lui convient. Ces conditions sont strictement les mêmes qu’en boutique. La loi Lefebvre ne fait donc pas de différence entre un achat sur internet et un achat en boutique. S’il y a un quelconque défaut sur les verres ou la monture, la garantie légale de conformité prévue par le code de la consommation s’applique.

Une boutique venue d’Allemagne : Mister Spex

L’Allemagne, dont les patients ont franchi depuis longtemps le pas de l’achat santé en ligne, a vu fleurir des sites d’optique bien avant la France. Mister Spex, d’abord boutique allemande d’optique en ligne, propose sa version française depuis 1 an. On peut y acheter en ligne des lentilles de contact, lunettes de vue et autres lunettes de soleil. Aujourd’hui, MisterSpex est le plus grand fournisseur de lunettes de marques outre-Rhin.

Un des points forts est l’ergonomie du site qui se prête bien au choix des lunettes : l’internaute peut ainsi filtrer par prix, par forme (ovale, pilote, rectangulaire, ronde, papillon, wayfarer) et enfin choisir la couleur de la monture. Au-delà de ces caractéristiques propres au web, le choix des produits est vaste puisque toutes les marques de lentilles y sont référencées. MisterSpex souligne disposer de 60 marques de lunettes, soit environ 5000 modèles, un plus large choix qu’en boutique. Et la collection de lunettes Mister Spex propose des lunettes à partir de … 34€ ! Prix des verres correcteurs, traitements anti-reflets, anti-salissures et anti-rayures inclus. Le prix y est donc bien plus attractif que chez son opticien au coin de la rue, à noter toutefois que la différence entre les sites concurrents est très faible. La qualité des montures, du moins pour les marques qui ont pignon sur rue, est la même qu’en boutique.
Chez MisterSpex, par exemple, la finition des paires de lunettes (meulage, montage des verres compris) est faite en Allemagne par des opticiens diplômés.

 

Acheter des lunettes ou des lentilles : mode d’emploi


Il ne faut pas être pressé, mais le circuit est plutôt bien rodé. L’internaute à la possibilité d’essayer ses lunettes en ligne, en téléchargeant sa photo ou de les recevoir à domicile pour les essayer et de les retourner ensuite (gratuitement). Un des points les plus discutés par les opticiens installés en boutique est la mesure de l’écart pupillaire. L’opticien traditionnel dispose, en effet, d’un pupilomètre, ce qui est matériellement impossible en ligne. Ainsi, les boutiques en ligne mettent à disposition des « règles » pour mesurer cet écart (à imprimer) ou encore des logiciels en ligne, qui détectent par webcam la position du nez et des pupilles.


A noter : Mister Spex, dans sa version allemande, dispose d’un réseau d’opticiens-partenaires en boutique. Ceux-ci sont rémunérés dans le cas où les internautes viendraient, dans leur boutique, se faire prendre les mesures et effectuer des réglages sur les lunettes reçues, gratuitement. Mister Spex a reçu l’agrément officiel de la sécurité social, ce qui signifie que le consommateur peut leur faire parvenir son ordonnance par mail, fax ou courrier au service client de Mister Spex. Le colis retour contenant lunettes de vue ou lentilles contient alors les documents nécessaires au remboursement : ordonnance tamponnée, feuille de soins et facture détaillée en deux exemplaires.

Apparemment, l’original de l’ordonnance n’est pas à faire parvenir systématiquement au service client… Enfin, le consommateur dispose de 30 jours « satisfait ou remboursé » avec retour gratuit. Des garanties confortables, donc. Bref, le modèle est convaincant, mais s’adresse plutôt aux internautes « confiants » et qui n’ont pas peur de la relation virtuelle.

 

Et en France, ça marche ?


D’après Les Echos, le chiffre d’affaires cumulé de ces opticiens virtuels représenteraient « à peine 0.1% du volume d’activités de 6 milliards d’euros réalisé par le commerce optique en France ». MisterSpex s’est refusé de tout commentaire sur son volume de vente, mais on se doute que le marché est prometteur puisque Marc Simoncini, bien connu dans le monde du marché des affaires comme le fondateur du site de rencontres Meetic et du site de poker en ligne Winamax se lance dans l’optique en ligne avec Sensee.com.


Après lecture rapide, il apparaît que les garanties sont pratiquement les mêmes que pour Mister Spex. Interrogé pour Zonebourse.com, Marc Simoncini pense que « d’ici à cinq ans, 5% du marché des lunettes pourraient basculer sur Internet », « soit un marché annuel d’au moins 275 millions d’euros. Enfin, Zonebourse.com souligne que Cdiscount ouvrira son Univers Optique d’ici à l’été 2012. Les officinaux connaissent déjà bien Cdiscount, propriétaire du Comptoirsante.com, se revendiquant « numéro 1 de la parapharmacie en ligne ». Ces sites qui effraient les boutiques

Eric Plat, Président Directeur Général de la Coopérative des opticiens ATOL souligne, dans un communiqué publié le 11/102011, monte au créneau et interpelle :
- « la paire de lunettes n’est pas un bien de consommation comme un autre »,
- que le cadre législatif est flou
- que la vente par Internet amène le consommateur à prendre des risques sérieux pour sa santé visuelle (manque de sérieux dans la fabrication et la prise de mesures).

Les critiques sont vives et paraissent démesurées au regard des garanties mises en place par ces sites de vente en ligne. Il est regrettable que ces géants de l’optique nient les besoins des consommateurs en terme de praticité mais aussi de prix (nous ne reviendrons pas sur le coût des lunettes (1)).


Ne feraient-ils pas mieux de s’engouffrer dans la brèche de l’optique en ligne tout en proposant le service d’un réseau d’opticiens de proximité ?

Pharmacie Innovante

POST-SCRIPTUM

  • (1)  : « "Quelques chiffres pour y voir plus clair : le prix moyen d’une paire de lunettes équipée de verres progressifs est de 590 euros. Conséquence : les Français ne renouvellent leur paire de lunettes que tous les trois ans et demi (c’est le taux le plus faible parmi les grands pays européens), quand ils ne sont pas tout simplement forcés de faire l’impasse sur l’achat de lunettes (29 % des Français ont déjà été contraints de retarder ou de renoncer à l’achat de lunettes à cause de leur coût) et 70 % des porteurs pensent que le prix des lunettes est trop cher et injustifié ! »

    Optique en ligne : le coup de gueule de Marc Simoncini, Le Point.fr, 15/11/2011

Les internautes qui ont lu cet article ont aussi consulté