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Douleur : une unité mobile et hyperactive à Bicêtre (AP-HP)
Douleur : une unité mobile et hyperactive à Bicêtre (AP-HP)
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22 février 2011
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Le Webzine de l'AP-HP, 323 articles (AP-HP)

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Douleur : une unité mobile et hyperactive à Bicêtre (AP-HP)

Douleur : une unité mobile et hyperactive à Bicêtre (AP-HP)

L’unité mobile de prise en charge de la douleur dirigée par le Dr Isabelle Nègre à l’hôpital Bicêtre est une référence au sein de l’AP-HP, et au-delà. L’approche est bien sûr thérapeutique mais prend aussi en compte la globalité de la personne, y compris dans sa dimension psychologique. Entretien.

 

Entrée de l\\'hôpital Bicêtre (AP-HP)

Quelle est la particularité de votre unité de prise en charge de la douleur ?

C’est une unité mobile qui intervient dans tous les services de l’hôpital Bicêtre (AP-HP) à la demande des soignants et infirmières. Nous commençons à travailler en transversalité sur les trois sites du groupe hospitalier (Bicêtre, Paul Brousse et Antoine Béclère). Tout part d’une démarche éthique selon laquelle il est inconcevable à nos yeux que tout ne soit pas fait pour qu’un patient affaibli - et dont la douleur contribue à cet affaiblissement – puisse être réhabilité dans sa dignité en traitant une douleur qui se transforme souvent en souffrance. Certes des progrès ont été accomplis mais les enquêtes montrent que les douleurs induites (par les actes de soins) notamment sont mal prises en charge.
Au niveau de la formation initiale, la prise en charge de la douleur est mieux intégrée dans les études infirmières mais reste le parent pauvre des études médicales. C’est d’ailleurs pourquoi nous nous sommes appuyés sur les infirmières pour développer l’activité de notre unité.
Elles ont des procédures pour nous prévenir et elles sont garantes de la qualité de la prise en charge. Sur cette base, nous pouvons alors faire de la formation auprès des médecins.
Plus concrètement, la mission qui nous est à présent confiée est de diffuser sur les trois sites du groupe hospitalier les bonnes pratiques de prise en charge de la douleur, et notamment pour ce qui concerne l’évaluation, le juste traitement et son adaptation.

Concrètement, comment intervenez-vous ? 


Nous sommes très bien accueillis dans les services car aujourd’hui notre unité intervient avec un pouvoir de prescription alors qu’autrefois nous n’avions qu’un avis consultatif. Cela permet de libérer nos collègues des services d’hospitalisation qui peuvent se concentrer sur la pathologie. Une fois que le patient est équilibré au plan de la douleur, en ayant expliqué la démarche de diagnostic et de traitements, nos collègues prennent la suite et nous ré-intervenons en cas de besoin.
Deux populations font l’objet d’une attention particulière : les personnes âgées et les enfants. Les premières supportent mal les traitements antalgiques car elles ont souvent des polypathologies et plusieurs traitements concomitants. Nous avons mis au point un protocole pour les douleurs liées aux escarres qui a transformé leur prise en charge. Il s’agit d’installer un cathéter (loco-régional) près du nerf pour insensibiliser. Nous avons étendu ce mode de prise en charge à l’ensemble de l’hospitalisation à domicile en formant toutes les infirmières à cette technique. Nous poursuivons l’action en organisant la pose de ces cathéters en chirurgie ambulatoire. Des formations à l’analgésie loco régionale vont également être proposées à l’ensemble des personnels des services d’hospitalisation via le centre de formation et de développement des compétences (CFDC) de l’AP-HP. Par ailleurs, nous travaillons actuellement avec le chef de service des urgences pour que l’évaluation de la douleur soit un critère de prise en charge prioritaire.

Et chez les enfants ?

Une population est particulièrement concernée : les drépanocytaires et les hémophiles, dont les saignements dans les articulations engendrent de fortes douleurs.
Nous travaillons en ce moment à la réalisation d’une enquête nationale destinée à montrer que la douleur de la personne hémophile est un facteur majeur de réduction de la qualité de vie. Cette enquête conduira à l’élaboration de procédures de dépistage et de traitement. Localement, nous allons renforcer notre collaboration avec l’hôpital de jour de pédiatrie des hémophiles, en intégrant des techniques médicamenteuses et non médicamenteuses.
C’est en effet une autre particularité de notre unité que d’utiliser des techniques classiques médicamenteuse, de techniques dites invasives (cathéters), des approches non médicamenteuses comme la neurostimulation électrique transcutanée (TENS) ou l’auriculothérapie, mais aussi une prise en compte de tout ce qui a trait à la psyché du patient.

En quoi la psyché est-elle concernée ?

Je suis également hypnothérapeute, formatrice en hypnose, et deux des psychologues de mon équipe sont des spécialistes de l’hypnose. Il est aujourd’hui largement reconnu que l’hypnose donne de très bons résultats dans la prise en charge de la douleur. Nous avons une vision psycho-anthropologique qui dépasse le cadre de la thérapeutique conventionnelle. Nous avons fait une proposition pour créer le premier diplôme universitaire (DU) en Europe en « hypnose et anesthésie », ainsi qu’un autre DU de thérapie psycho-comportementale destinés aux soignants eux-mêmes, afin des les amener à décloisonner leur approche des soins. Une autre méthode donne des résultats intéressants : l’auriculothérapie. Mon collègue de l’Institut Gustave Roussy, le Dr David Alimi, est débordé par la demande. Sa cartographie de l’oreille est reconnue comme référence internationale par l’OMS. Des études de neurophysiologie ont démontré la correspondance de points situés sur la surface de l’oreille avec les organes du corps.

Quels sont vos autres projets dans le cadre de l’activité de l’unité antidouleur ?

La formation à la prise en charge de la douleur va devenir obligatoire dans le GH. Nous donnons une formation complémentaire aux référents douleurs que nous avons dans chaque service par le biais de formation intégrées aux réunions du Comité de Lutte contre la Douleur (CLUD), sur des thèmes comme les douleurs induites, la psychologie de la relation soignant/soigné, la résistance au changement, etc. Nous établissons également des protocoles pour chaque type de traitement antidouleur. Par ailleurs, je finalise la rédaction avec mon équipe d’un livret qui va bientôt paraître et qui est consacré à la prise en charge de la douleur et des autres symptômes dans le cadre des soins palliatifs et qui sera distribué à l’ensemble du personnel de l’établissement. Un côté concerne les soins médicaux, et l’autre les soins infirmiers.

Propos recueillis par Jocelyn Morisson
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Hôpital Douleur