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Des tableaux interactifs pour les patients atteints de troubles sévères de la maladie d’Alzheimer
Des tableaux interactifs pour les patients atteints de troubles sévères de la maladie d'Alzheimer
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25 septembre 2013
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Le Webzine de l'AP-HP, 323 articles (AP-HP)

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Des tableaux interactifs pour les patients atteints de troubles sévères de la maladie d’Alzheimer

Des tableaux interactifs pour les patients atteints de troubles sévères de la maladie d'Alzheimer

A l’occasion de la journée Alzheimer du 21 septembre, zoom sur une initiative mise en place à l’hôpital Paul Brousse (AP-HP). Dans cet hôpital, pour gérer l’indépendance de ces patients déambulant et souvent hyperactifs, des tableaux interactifs sont proposés.

Une idée de Christine Roosen, psychologue clinicienne, qui nous en dit plus sur le sujet.

« Le projet Tipatsma, proposition thérapeutique non médicamenteuse, est né de plusieurs années d’observation, explique Christine Roosen, psychologue clinicienne dans des unités de moyen séjour (Dr C. Trivalle) de l’hôpital Paul-Brousse (AP-HP). Les patients, à des stades sévères de la maladie, ont souvent un comportement difficile à gérer pour les aidants et les soignants. Certains déambulent beaucoup et sont enclins à manipuler toutes sortes d’objets à leur portée, s’exposant ou exposant autrui à des blessures ou provoquant des dégradations des équipements hospitaliers. Il est parfois inévitable de devoir les protéger ou les freiner, ce qui peut engendrer une forte agressivité… Pour les calmer, lorsque l’accompagnement humain et spécialisé de l’équipe soignante ne paraît plus suffisant, le recours aux thérapeutiques psychotropes s’impose avec les effets indésirables que cela peut impliquer. Ceci est un souci et me touche beaucoup, car ces personnes souvent encore en bonne forme physique se voient ainsi confisquer, à plus ou moins long terme, la possibilité de se déplacer et d’agir. Or l’action sur leur environnement — a priori perçue comme un symptôme purement neurologique et/ou initié par l’angoisse — leur est, selon moi, indispensable et témoigne de leur lutte contre l’envahissement des symptômes liés à leur maladie neuro-dégénérative. En effet, le déploiement répété de ce comportement semble conduire à un processus d’appropriation de l’espace et à une stimulation des fonctions cognitives et exécutives. Quoique toujours aussi déterminé, ce comportement devenant au fil du temps plus mesuré et méthodique, voire ritualisé, semble maintenir une dynamique des fonctions supérieures existantes et produire un apaisement psychique. J’ai donc eu l’idée d’accompagner cette démarche, car elle leur rend leur place de sujet — “je travaille”, “j’aide” — en disposant sur leur parcours de déambulation des tableaux interactifs accessibles en toute liberté et autonomie pour soutenir, tout en le canalisant, ce besoin d’agir. »

Nous sommes alors en 2008. Christine Roosen peaufine son projet : ce sera un assemblage de matériaux et d’objets pour attirer le regard, inviter à la manipulation et à l’observation, stimuler les sens. Il se situera à mi-chemin de l’œuvre d’art abstraite et de l’établi de bricoleur. Incassable, il sera doté d’éléments détachables que les patients pourront en toute liberté et sécurité manier et emmener. La rencontre avec Stéphanie Buisine, enseignante-chercheur en conception de produits et innovation (Arts et Métiers) lors d’un Forum des Gérontechnologies à l’hôpital Charles-Foix et plus tard avec deux de ses étudiantes vont lui permettre de parachever et concrétiser son projet. Trois prototypes sont alors réalisés, avec le soutien de la fondation Handitecam, l’association France Alzheimer, la Bourse Charles-Foix, la région Ile-de-France et Oseo, puis accrochés sur les murs des couloirs des unités Victor-Hugo et Mozart, à Paul-Brousse. Mais comment se présente le dispositif ? « Par exemple, le premier est un tableau doté de matériaux et de mécanismes : des diodes de couleur diverses s’allument lorsque le patient active une manivelle, un souffle d’air portant des effluves de bois se diffuse lorsqu’il appuie sur un bouton, une mini-cithare l’invite à jouer avec les cordes pour créer du son… »

Trouver un fabricant

Le projet TIPATSMA (Tableau interactif pour patients atteints de troubles sévères de la maladie d’Alzheimer) est ensuite passé par une phase d’étude : « Nous avons cherché à évaluer ses effets sur les patients par le biais d’observations des patients en situation et d’entretiens sous-tendus par des questionnaires proposés aux soignants et aux aidants. », précise Christine Roosen, qui aimerait très vite passer à la phase suivante : faire produire l’objet en série. « Le tableau suscite un consensus auprès des associations de patients, des soignants et des maisons de retraite rencontrés. Reste à trouver un fabricant. » Elle est pour cela accompagnée par l’Office du transfert de technologie & des partenariats industriels (OTT&PI) de l’AP-HP. Démarches juridiques et administratives, dépôt de brevet, recherche de financements et, désormais, démarchage des industriels : l’OTT&PI accompagne et soutient, en complémentarité avec le Réseau de compétences en Gérontechnologie Charles Foix, la psychologue depuis les prémisses de TIPATSMA.

TIPATSMA a reçu le Trophée « Coup de cœur » dans la catégorie Santé et avancée en âge lors de la 5ème Nuit du grand âge et du bien vieillir le 16 mai 2013 en présence de Michèle Delaunay, ministre déléguée aux personnes âgées et de l’autonomie. Distingué parmi les 100 projets déposés, TIPATSMA est l’un des 13 lauréats de l’année de cet événement qui récompense les initiatives et innovations des structures impliquées dans la prise en charge des personnes âgées. TIPATSMA a été également récompensé du trophée « Brevet pour l’innovation technique au service du patient »parmi les Trophées Patients 2013 de l’AP-HP.

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