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Les placebos : une merveilleuse promesse ?
Les placebos : une merveilleuse promesse ?
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10 mars 2009 | 11 commentaires
Auteur de l'article
David Elia, 34 articles (Gynécologue)

David Elia

Gynécologue
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Les placebos : une merveilleuse promesse ?

Les placebos : une merveilleuse promesse ?

Les placebos, ils ne contiennent aucune molécule pharmacologiquement active : du sérum physiologique, de l’eau sucrée,… riche en produits inertes et pourtant…. ils « marchent » à condition que l’on soit persuadé de leur efficacité !

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Les placebos : une merveilleuse promesse ?

Véritables offenses à la raison et à la « science », ils contrarient les médecins en ceci qu’ils n’en comprennent pas leur action. Riches de notre enseignement universitaire et de notre esprit scientifique, nous les méprisons. Quant à nos patientes, elles en ignorent les effets positifs possibles, les assimilant le plus souvent à de stupides leurres qui leur font offense, dans la mesure où l’on supposerait que leur plainte ne serait que « dans leur tête ».

Pourtant force est d’accepter que la « suggestion » puisse se révéler véritablement thérapeutique, au sens scientifique du terme. Placebo, hypnose, méthode du pharmacien Emile Coué même combat !

Lorsqu’après de longues années de recherches sur une molécule un laboratoire pharmaceutique décide qu’il est temps de prouver définitivement son efficacité, il procède à une étude humaine comparant les vertus thérapeutiques de cette molécule avec celles de « Rien », c’est-à-dire d’un placebo.

Et alors… l’invraisemblable, le surréaliste survient à tous les coups, le placebo objective, contre toute attente au minimum 30% d’efficacité : 1/3 des individus constatent donc une amélioration de leur symptômes ou de leur maladies après l’administration de … « Rien » !

Plus, la voie d’administration de « Rien » joue un rôle : les gélules sont plus efficaces que les comprimés, les injections plus que la voie orale, la chirurgie plus que les médicaments.

Les mécanismes d’action du « Rien » sont certes suspectés mais ils sont loin d’être élucidés. Pourtant, nous savons d’ores et déjà que les placebos agissent de façon très mesurable : leur administration entraîne des modifications biologiques bien concrètes dans l’organisme

Investigateur de l’Etude DHEâge (administration à 280 volontaires de DHEA versus placebo en double aveugle), ne fus-je pas stupéfait de constater que les sujets placebos montraient une augmentation significative de leurs Igf1 par rapport à l’inclusion !

Ce qui est sur : cela passe bien par la tête ! Ce sont en fait les systèmes opioïdes et dopaminergiques, l’activation des structures cérébrales comme le gyrus cingulaire, le cortex préfrontal, dorsolatéral et les ganglions de la base (*) qui sont ici en jeu.

De multiples observations nous laissent à penser que la suggestion est ici fondamentale.

Par exemple, la conviction et l’attente d’un résultat favorable du parkinsonien, après absorption d’une substance placebo supposée active anticipe la récompense en libérant de la dopamine et déclenche alors un effet bénéfique.

Ou encore, en utilisant le PET-scan, l’imagerie cérébrale montre une activation des récepteurs opioïdes du cortex préfrontal dorso latéral après administration d’un placebo présenté comme un médicament particulièrement actif contre la douleur.

N’oublions pas aussi que nous les médecins, nous sommes nous-mêmes des placebos ! Notre position dominante de « celui qui sait », notre conviction, agissent comme une véritable force de suggestion positive (ou négative, c’est aussi l’effet nocebo, si nous annoncions des catastrophes). 

« Le médicament de beaucoup le plus utilisé en médecine générale est le médecin lui même », affirme Balint dès 1966.

Oui : Comment prescrire est tout aussi important que quoi prescrire  ! La conviction du thérapeute, sa mimique, sa façon de rédiger et de donner l’ordonnance, l’annonce des effets attendus et du délai d’action, autant d’éléments qui participent aussi bien d’un effet placebo qu’éventuellement nocebo.

Alors la grande question : devons nous prescrire des placebos ? Je réponds avec force OUI mais … à l’unique condition que nous ne disposions pas de vrais médicaments actifs sans effets secondaires notables pour traiter notre patiente.

Car pourquoi s’interdire le « risque » de la soulager ?

Le seul scandale serait de prescrire un placebo en lieu et place d’un médicament ayant prouvé une efficacité largement supérieure à lui.

Le problème est que cela suppose un MENSONGE délibéré, en contradiction avec notre déontologie : ne devons nous pas en effet une information éclairée à nos patientes ?

Pourtant, si nous voulons que le placebo « marche » il est important au contraire que nous le parions de toutes les vertus, que nous fassions ce qu’on nomme un « pieux mensonge » ! Cependant, s’agit-il vraiment d’un mensonge si je dis « vous irez mieux » en pensant qu’il y a réellement de bonnes chances d’amélioration ? -Pas si simple !

L’action pharmacologique des placebos reste aujourd’hui une énigme. Nul ne doute que bien avant la fin de ce siècle nous aurons élucidé beaucoup de leurs mystères. Il nous reste définitivement à comprendre comment notre cerveau peut être invité, après activation de certaines de ses structures corticales et sous corticales, à secréter ses propres « substances thérapeutiques ». Dès lors, en exacerbant, en potentialisant ces mécanismes, afin d’obtenir une réponse non pas seulement chez 30% mais pour la majorité des individus, on peut espérer créer une génération de médicaments totalement innovante.

Quelle merveilleuse promesse thérapeutique !

Source : *Oken BS : Placebo effects : clinical aspects and neurobiology. Brain (2008), 131, 2812-2823

Tous les articles du docteur David Elia sur www.docteurdavidelia.com
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Commentaires
5 votes
par etonne (IP:xxx.xx5.192.153) le 13 mars 2009 a 15H01
etonne (Visiteur)

pas sérieux ON

Ce que je ne comprend pas c’est le refus de mon médecin à se faire payer avec mes chèques placébo !

pas sérieux OFF

3 votes
par JL (IP:xxx.xx6.77.2) le 13 mars 2009 a 16H01
JL (Visiteur)

Pour savoir qu’un placebo a une action thérapeuthique, il a fallu comparer avec "rien". Ce n’est peut-être pas le placebo qui guérit, mais la "non-prescription" ? Je veux dire : est-ce que ce n’est pas le fait qu’on délaisse le patient en ne lui proposant rien qui le rend encore plus malade ?

Bon, après tout, ce n’est pas mon problème.

Mais il n’empêche que les placebo (bien entendu, je préfère un bon placebo à un mauvais médoc, un bon gros rouge à un mauvais Bordeaux), il n’empêche dis-je que, je ne sais pas pourquoi, ça me fait penser à cette vieille histoire : "donnes moi ta montre, je te donnerai l’heure".

Peut-être un vague rapport quelque part avec la soumission volontaire ? Qu’en pensez vous ?

0 vote
par JL (IP:xxx.xx6.77.2) le 13 mars 2009 a 16H27
JL (Visiteur)

Pourquoi mes commentaires sont-ils masqués ?

0 vote
par L'Enfoiré (IP:xxx.xx9.143.150) le 13 mars 2009 a 19H44
L'Enfoiré (Visiteur)

@L’auteur,

Merci pour la confirmation d’un de mes prochains articles. J’ai ajouté le lien de votre article. Différent comme il se doit, mais de conclusion commune. :-))

0 vote
par clostra (IP:xxx.xx4.157.179) le 13 mars 2009 a 19H54
clostra (Visiteur)

Oui il y a aussi les saints guérisseurs, la méditation, les pratiques de bien-être...à croire également que les maladies n’auraient aucun sens, n’amèneraient rien qui vaille...

Un effet qui pourrait mis à profit également pour empêcher de voir la misère du monde, les frères enfermés en centre de rétention, le chômage etc

NON NON et NON !

1 vote
par clostra (IP:xxx.xx4.157.179) le 13 mars 2009 a 19H59
clostra (Visiteur)

L’effet placebo ce n’est pas rien, c’est quelque chose qui nous appartient, que nous devons explorer sous l’angle de la liberté.

C’est ce qui fait que les personnes ayant eu une petite enfance heureuse sont mieux pourvues dans la vie, face à la maladie, face à la mort. C’est ce qui fait que si ces premières années étaient heureuses pour tous il n’y aurait plus d’hommes liberticides, fratricides...

L’effet placebo c’est quelque chose de l’ordre du sacré.

1 vote
par Randall (IP:xxx.xx4.214.185) le 14 mars 2009 a 22H03
Randall (Visiteur)

Personnellement, je me demande s’il n’y pas une erreur de transcription dans la conclusion : "Dès lors, en exacerbant, en potentialisant ces mécanismes, afin d’obtenir une réponse non pas seulement chez 30% mais pour la majorité des individus, on peut espérer créer une génération de médicaments totalement innovante."

En potentialisant ces mécanismes, on risque surtout de trouver une réponse se passant de médicaments :-p Le problème est que les labos n’ont surtout pas intérêt à encourager ce genre de recherche... Qui d’autre ? L’argent public, nos impôts peut-être ? Ça serait bien si la recherche publique et a priori non intéressée à la vente de gri-gris soit dotée des moyens ad hoc. Qu’en pensez-vous ?

1 vote
par mr-bienetre (IP:xxx.xx7.214.121) le 16 mars 2009 a 09H15
mr-bienetre (Visiteur)

"Les placebos, ils ne contiennent aucune molécule pharmacologiquement active : du sérum physiologique, de l’eau sucrée,… riche en produits inertes et pourtant…. ils « marchent » à condition que l’on soit persuadé de leur efficacité !"

Et oui, ça fait toujours un choc de lire ce genre de titre en introduction et ce type d’article, et pourtant...c’est tellement vrai !

Par contre, il faut savoir de quel côté se trouvent les traitements placébos, et même s’il arrive que du côté des médecines naturelles, certains praticiens aient tendance à vouloir "gonfler à l’hélium" les propriétés de leur produits, c’est davantage dans la médecine allopatique qu’il faut recensser le plus de traitement et médicaments placébos.

Rien ne vaut les compléments alimentaires buvables 100% naturels avec des plantes stabilisées par pression à froid (donc sans stérilisation) afin de conserver à l’état naturel les principes actifs de leurs éléments nutritifs : enzymes, vitamines, minéraux, mono et polysaccharides...

1 vote
par mr-bienetre (IP:xxx.xx7.214.121) le 18 mars 2009 a 09H35
mr-bienetre (Visiteur)

"Tout ne se maitrise pas par les médicaments..."

Oui ben c’est fort heureux tout de même ! Peut-être faudrait-il que les médecins l’expliquent plus souvent à leurs passients.

0 vote
par Terano (IP:xxx.xx2.201.148) le 30 mars 2009 a 13H56
Terano (Visiteur)

Alors il suffirait d’y croire ? la méthode Couë, la guérison par la force mentale (méthode Martinius) et toutes les incantation magiques ou potions chargées magnétiquement (homéopathie, fleurs de Bach, fontaine de Lourdes...) fonctionneraient ?

De deux choses l’une :

  • Ou bien ça marche, et des études doivent être faite pour le démonter et le mettre en pratique
  • Ou bien ça marche pas, et il faudra purger la médecines de tous les gouroux et féticheurs.

Terano


PS : Et si ça marchait aussi en économie ?
1 vote
par mr-bienetre (IP:xxx.xx7.214.121) le 6 avril 2009 a 09H39
mr-bienetre (Visiteur)

Ce qui est certain c’est que le facteur psychologique, un mental positif et tout simplment l’envie de s’en sortir ne sont pas des éléments anodins et sont même des à prendre en grande considération dans l’amélioration de l’état du malade.