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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la toxico des cosmétos
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la toxico des cosmétos
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9 novembre 2010
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So, 24 articles (Marketeuse dans l'industrie cosmétique)

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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la toxico des cosmétos

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la toxico des cosmétos

Comme promis, Stéphane Pirnay, expert toxicologue indépendant au sein du cabinet Expertox, membre des groupes de travail à l’AFSSAPS et à la Commission Européenne, répond aux questions que vous lui avez posées ici. On commence par une introduction sur quelques « généralités » (à lire en plusieurs fois si nécessaire ;)), et mercredi, promis, on parlera parabènes, sels d’aluminium, PEG, silicones, SLS, etc…

COMMENT RECONNAITRE UN PRODUIT TOXIQUE ?

On ne peut pas identifier une substance « dangereuse » et en faire une généralité. Toute substance a des propriétés toxiques, même celles qui nous semblent les plus inoffensives et il est inexact de qualifier une substance de toxique ou non toxique. C’est une question d’usage / de mésusage, de dose, de zone d’application et de population ciblée. C’est pour cela qu’il faut lire les mentions sur les produits, ce n’est pas là juste pour « faire joli ».

> Exemple : l’ethylène glycol, dont la toxicité est clairement détaillée, est un antigel que l’on retrouve dans les produits pour laver les vitres des voitures. Il est bleu, il sent bon, il a bon goût… et les enfants peuvent le boire et l’apprécier ! Son usage est de nettoyer les vitres, son mésusage est de l’avaler. Une part importante de mon travail de toxicologue est de m’assurer que le produit incriminé ne soit pas détourné de son usage normal, notamment par un enfant [NDLR : en demandant au fabricant d’ajouter certaines mentions sur le flacon, de mettre un bouchon sécurisé, un goût amer au liquide...].

La toxicité ou non des ingrédients en cosmétique fait référence à un cas normal d’utilisation. D’une manière générale, il y aura forcément des cas de mauvaise utilisation (mésusage), volontaires ou non.

> Exemple : une lingette pour bébé est parfaitement inoffensive si elle est utilisée normalement, mais elle peut présenter une certaine toxicité si elle est avalée ou mise en contact directement avec les yeux.

COMMENT PEUT-ON PRÉVOIR LES EFFETS TOXIQUES A LONG TERME ?

On ne peut pas donner un chiffre exact, mais on a le recul suffisant à partir du moment où tous les tests obligatoires pour la mise sur le marché de la substance ont abouti. Les tests effectués dépendent des substances et sont à priori adaptés à ce que l’on cherche. Il y a 3 types de toxicités mesurées :

  • Aigüe : administration de la substance une seule fois, avec une dose unique.
  • Sub-chronique : administration de la substance pendant 2 à plusieurs jours.
  • Chronique : administration de la substance pendant plusieurs semaines à plusieurs mois.

Cependant, suite à ces tests, on aura forcément des inconnus : quelle sera la toxicité réelle de la substance sur 50 ans ? D’autant plus qu’il faut penser à la toxicité cumulative dans le temps, liée notamment aux phénomènes d’absorption via la chaine alimentaire : les substances présentes dans les produits de consommation sont rejetées dans les rivières et la mer, elles sont absorbées par les algues ou les petits poissons, qui se font manger par des plus gros, qui se font manger par des plus gros encore, etc, jusqu’au bout de la chaine : l’être humain.

L’enjeu est important non seulement en toxicologie mais également en écotoxicologie.

POURQUOI LES INDUSTRIELS CONTINUENT A UTILISER DES SUBSTANCES +/- TOXIQUES ?

Parfois, l’industriel n’a pas le choix et est obligé de se servir de substances pas totalement « inertes » pour l’organisme ou l’environnement afin d’obtenir une certaine qualité de produit fini. Par exemple, les silicones apportent des qualités sensorielles qu’il n’est pas possible aujourd’hui de retrouver avec d’autres substances qui seraient mieux biodégradables.

Le tout est de le faire à bon escient, avec parcimonie, en remplaçant ces substances par celles qui ont une toxicité intrinsèque nettement réduite dès que cela devient possible.

QUELLES SONT LES PROCÉDURES POUR METTRE UN PRODUIT COSMÉTIQUE SUR LE MARCHE ?

Pour mettre un produit cosmétique sur le marché, il n’y a pas d’AMM (autorisation de mise sur le marché) comme pour un médicament, et heureusement, sinon cela prendrait une dizaine d’années par produit ! Mais il y a tout de même une procédure très cadrée.

Chaque entreprise est déclarée auprès de l’AFSSAPS, l’agence en charge (entre autres) du respect des bonnes pratiques et du contrôle de toutes les entreprises pharmaceutiques et cosmétiques.

Au sein de chaque entreprise est nommé un référent expert qui doit s’assurer pour chaque produit mis sur le marché que toutes les procédures ont été mises en places afin que celui-ci soit conforme à la législation en vigueur : vérification de la légalité des ingrédients et de leurs concentrations mises en jeu, études de tolérance, tests analytiques, contrôles microbiologiques, dossier cosmétique [NDLR : sorte de « carte d’identité » assez poussée de chaque produit], déclaration des formules aux centres anti-poisons, etc…. Le tout sous contrôle d’un expert toxicologue.

QUELS SONT LES TESTS OBLIGATOIRES EN COSMÉTIQUE ?

La législation n’impose pas de test à proprement parler. Néanmoins, elle stipule que le metteur sur le marché doit apporter la preuve de ce que le produit annonce.

Ainsi, c’est l’expert toxicologue qui décide des tests à réaliser pour s’assurer de l’innocuité du produit cosmétique, sachant que c’est un engagement et une responsabilité forte pour lui. Dans 95% des cas, on effectue un test de tolérance cutanée* et oculaire**, et dans de rares cas, pour des produits très simples et dont l’innocuité est connue, aucun test de tolérance n’est effectué (huiles végétales ou poudre à base de mica et talc, par exemple).

Lorsque l’entreprise souhaite revendiquer certaines propriétés cosmétiques, elle doit le prouver : l’idéal étant une étude clinique, mais l’on peut également réaliser un test consommateurs, se baser sur de la bibliographie ou, de manière plus empirique, sur des utilisations traditionnelles de plantes (pharmacopées), par exemple.


QUID DES TESTS SUR ANIMAUX ?

Ils sont interdits par la réglementation cosmétique européenne depuis 2004 sur les produits finis et depuis 2009 sur les matières premières.

La mention "Non testé sur animaux" est donc pour les produits mis sur le marché en Europe tout simplement... illégale ! [NDLR : c’est comme si on disait "Petit pot pour bébé sans cyanure" > le cyanure est interdit dans l’alimentation ;)]


QUE PENSER DES POLÉMIQUES SUR CERTAINS INGRÉDIENTS ?

Certaines sont justifiées, d’autre non [NDLR : on en reparle après-demain en détails].

Certaines de ces polémiques sont aberrantes. Comment naissent les rumeurs ? Souvent suite à une étude scientifique. Mais même si les résultats ou la méthodologie de l’étude en question sont contredits par d’autres études (plus nombreuses) et par les Autorités de Santé, c’est trop tard, la rumeur se répand.
N’oublions pas qu’il existe en France un comité scientifique indépendant à l’AFSSAPS, qui s’implique pour examiner les risques potentiels pour chaque substance mise sur le marché, afin de déterminer sa toxicité éventuelle et légiférer son autorisation, sa limitation ou son interdiction.

Parfois, cependant, les études sont contradictoires, des doutes existent, et on ne peut pas trancher avec en l’état actuel des connaissances. Le principe de précaution, entre autres, s’impose alors.

QUE PENSER DES MENTIONS « SANS X, SANS Y… »

Ce genre de mentions est souvent abusif. Cela ne démontre rien : on sait ce que l’on retire, mais sait-on par quoi on le remplace ?

Ces appellations sont d’ailleurs dans le collimateur de l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (voir ici) et risquent d’être prochainement légiférées.

QUE PENSER DES REVENDICATIONS « HYPOALLERGÉNIQUE » ?

Le risque zéro allergie n’existe pas. Un produit sera toujours susceptible de provoquer une allergie chez un individu, même si c’est 1 individu sur 1 million.

Ce que peut faire le fabricant, c’est de formuler ses produits au mieux pour éviter les allergies et de réaliser des tests probants pour s’assurer que les peaux sensibles avec un terrain allergique puissent l’utiliser avec un minimum de risque.

Néanmoins, cette mention ne devrait être réservée qu’à une population déjà sensible à tel ou tel constituant, qui souhaiterait s’affranchir de réactions allergiques. Mais elle ne devrait pas être confondue avec la garantie que le produit est formulé pour réduire les risques d’allergie, car ceci n’est-il pas l’essence-même d’une "bonne pratique de fabrication" d’un produit, qu’il soit cosmétique ou non ?

PEUT-ON PASSER AU 100% NATUREL ?

Tout d’abord, il ne faut pas faire d’amalgame « naturel = non toxique / chimique = toxique », car ce n’est pas du tout le cas. Chaque produit est différent, et son parcours lui est spécifique.

Aussi, bien sûr, ceux qui le souhaitent peuvent passer au « tout naturel », si la formule est bien tolérée, agréable, efficace et surtout bien protégée contre les risques bactériologiques.

QU’EST-CE QUE LA RÈGLEMENTATION REACH ?

REACH est un nouveau règlement de l’Union Européenne sur les substances chimiques, qui impose que toutes les substances produites ou importées à plus d’une tonne par an et par fabricant (ou importateur) fassent l’objet d’une analyse de risques poussée. Y compris pour les molécules qui circulent déjà sur le marché.

Le but : combler le déficit de connaissances des risques environnementaux et sanitaires qui peuvent résulter de la production et de l’utilisation des substances chimiques.

La règlementation cosmétique est donc concernée par REACH. Les tests exigés incluent une expertise toxicologique complète, comme pour un médicament. Tous les « tabous » sautent donc, car on est obligé de réaliser des études de toxicité humaine, animale et environnementale [NDLR : !!!]. L’avantage étant que l’on aura plus de connaissances sur la toxicité éventuelle de ces ingrédients, donc plus de « filets de sécurité ».

Une marque cosmétique ne peut ainsi pas mettre sur le marché de produits contenant au total plus d’une tonne d’un certain ingrédient si cet ingrédient n’a pas fait l’objet de toutes les batteries de tests demandés. Il y a donc un surcoût évident pour le fournisseur de la matière première, qui va se répercuter sur le coût du produit fini sur le marché.

Cabinet EXPERTOX
14 rue Godefroy Cavaignac
75011 Paris
01 43 67 85 03
 

°°°


* Les plus employés :
- le patch test (on laisse poser le produit sur la peau de volontaires sous un patch pendant 24 à 48 heures pour observer s’il y a une réaction cutanée)
- le test d’usage (des volontaires appliquent le produit dans les conditions normales d’utilisation, pendant 1 mois par exemple)

** In-vitro et sur yeux de lapin, ça fait belle lurette que plus personne ne fait ça et de toutes façons, c’est interdit

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