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Cosmétiques : ce que cachent les étiquettes
Cosmétiques : ce que cachent les étiquettes
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23 juillet 2008
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evydemmentbio, 6 articles (Site internet)

evydemmentbio

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Cosmétiques : ce que cachent les étiquettes

Cosmétiques : ce que cachent les étiquettes

Sans conservateur, sans paraben, sans phenoxyethanol ... Tel est l’argument de vente utilisé par de nombreuses marques pour mettre en avant leurs produits. Elles jouent sur la mauvaise réputation de ces composants et utilisent des termes trompeurs (sans conservateur) pour vendre des produits qui ne sont au final peut-être pas forcément meilleurs que les autres.

N’oublions pas qu’un cosmétique peut contenir jusqu’à 50 ingrédients et que conservateur, paraben ou phenoxyethanol, n’en représentent qu’une partie.

2 questions à se poser : 1) Est-ce qu’un produit cosmétique peut être formulé sans conservateur ? 2) Sans paraben, sans phenoxyethanol : quelle est la fonction de ces ingrédients ? Pourquoi sont-ils controversés ? Par quoi sont-ils remplacés ?

Est-ce qu’un produit cosmétique peut être formulé sans conservateur ?

Cette mention dans la plupart des cas ne veut pas dire qu’aucun conservateur n’a été utilisé pour formuler le produit. En effet, sauf exception (les poudres, huiles végétales pures -huile jojoba- , corps gras -beurre karité) un cosmétique a besoin d’un système de conservation.

Un conservateur sert à limiter la prolifération microbienne (bactéries, champignons, ...) au sein du produit et ainsi éviter toute contamination de son utilisateur mais aussi le rancissement du produit qui est composé d’eau majoritairement. Selon les conservateurs, leur spectre d’action peut être plus ou moins large, c’est à dire agir sur un nombre plus ou moins important de germes.

Dans cet argument « sans conservateur », il faut tout simplement comprendre que les ingrédients utilisés comme conservateurs ne sont pas répertoriés dans la liste des conservateurs officiels reconnus et autorisés (liste qui en limite également la concentration) mais dans une autre liste, celle des émulsifiants ou des acidifiants par exemple, mais qu’ils ont tout de même la propriété de conserver.

Voir la liste des substances répertoriées en tant que conservateur

Sans paraben, sans phenoxyethanol, sans PEG : quelle est la fonction de ces ingrédients ? Pourquoi sont-ils controversés ? Par quoi sont-ils remplacés ?

Le phenoxyethanol

Bien que présent à l’état naturel dans le Thé Vert et la Chicorée par exemple, ce conservateur fait aussi partie de la famille des éthers de glycol et sert aussi souvent de solvant pour d’autres conservateurs, en particulier pour les parabens.
Cette substance est un allergène reconnu, à très fort pouvoir allergisant mais est autorisé par la législation pour une concentration maximale en tant que conservateur de 1%
Il est également appelé 2-phénoxyéthanol ou Phénoxytol.

Les parabens

Définition

Les Parabens ou Parabènes (PARAoxyBENzoates) sont utilisés en tant que conservateurs.
Certains d’entre eux sont présents dans la nature (myrtilles, mûres, l’orge, les fraises, le cassis, les pêches, ...) mais pour les cosmétiques, ils sont fabriqués à partir de l’acide benzoïque et sont souvent dilués dans un solvant : le phénoxyétanol, qui est lui-même un conservateur.
Leur concentration est limitée à 0,4% pour chacun des parabens, le total de tous les parabens d’un même produit ne pouvant dépassé 0,8% du total des ingrédients

Savoir les reconnaître ! En effet certains fabricants n’utilisent plus le nom très connu du grand public « paraben » et utilisent leur appellation scientifique :

  • paraoxybenzoate de méthyle = méthylparaben
  • paraoxybenzoate d’éthyle = ethylparaben
  • paraoxybenzoate de propyle = propylparaben
  • paraoxybenzoate d’isopropyle = isopropylparaben
  • paraoxybenzoate de butyle = butylparaben
  • paraoxybenzoate d’isobutyle = isobutylparaben

La polémique autour des parabens

Les parabens sont des conservateurs controversés et la mention « sans paraben » est devenue un argument de vente largement employé par les fabricants.

La polémique a commencé en 2003 suite à une étude britannique qui avait mis en évidence une relation entre paraben et cancer du sein, mais il était apparu que la dose concernée était sans rapport avec celle utilisée dans la conservation.

Puis, cette étude a été suivie en 2004 de l’étude Darbre qui a mis le feu au poudre. Le Dr Dabre, et son équipe de l’Université de Reading (Angleterre) publie dans le Journal of Applied Toxicology, une série de trois articles, en résumé :

1. Les ingrédients chimiques utilisés dans les déodorants et qui appliqués quotidiennement aux aisselles auraient un lien avec les cancers du sein.

2. Elle a retrouvé des parabens, du methylparaben principalement, dans le tissu mammaire.
3. elle émet un lien de cause à effet entre la présence des parabens et le développement des cancers du sein. Les chercheurs ont observé 20 tumeurs cancéreuses du sein et ont trouvé des composés chimiques de synthèse de la famille des parabens parmi 18 d’entre elles dont 4 à de hautes concentrations.

Cette étude a été suivie par bon nombre de publications et d’émissions :
• L’emission Envoyé spécial sur France en 03/05
• Mme Figaro « Nos crèmes sont-elles dangereuses » 04/05
• Que choisir « cosmétiques, l’envers du décor » 11/05
• AFP « cosmétiques, un mode pas si enchanté »
• Nouvel Observateur « Comment sauver sa peau »
• Le guide Cosmetox de Green Peace
• Ritas Stiens « la vérité sur les cosmétiques »
• L’émission Envoyé spécial de 2005 avait également contribué à émettre un sérieux doute sur l’innocuité de ces conservateurs.

Revoir l’emission

Que dit l’Afssaps (Agence Française de Sécurité SAnitaire des Produits de Santé) ?

Bilan de l’afssaps 2004

L’Afssaps a mis en place en juin 2004 un groupe d’experts. Celui-ci a revu l’ensemble des données afin d’évaluer le potentiel cancérigène et reprotoxique de cette famille.
Des études in vitro sur des modèles cellulaires ont mis en évidence les propriétés œstrogéniques des parabens qui pourraient expliquer l’augmentation de l’incidence des tumeurs cancéreuses du sein. L’activité endocrinienne des parabens serait d’autant plus grande que la chaîne alkyle est longue (méthyl < éthyl < propyl < butyl < isobutyl).

Le groupe, tout en reconnaissant le potentiel perturbateur endocrinien des parabens, a jugé que celui-ci n’était pas plus fort que celui des phyto-oestrogènes, et ne pouvait à lui seul être à l’origine de la survenue de cancer du sein. Le groupe a estimé par ailleurs que l’effet perturbateur endocrinien et la survenue de cancer du sein ne pouvaient être analysés que par une réévaluation globale de l’ensemble des perturbateurs endocriniens, en prenant en compte la part d’exposition de la population pour chacun d’entre eux.

Bulletin Vigilance juin 2005

Des études récentes ont cependant établi que ces conservateurs pourraient être à l’origine d’une faible perturbation du système endocrinien. (...) En revanche, des effets toxiques du propyl paraben et du butyl paraben sur la reproduction ont été mis en évidence chez le jeune rat. Les études ont été réalisées à des doses susceptibles d’être compatibles avec les expositions humaines et suggèrent un risque potentiel pour la fertilité masculine. Aucun effet n’a été mis en évidence avec le methyl paraben ni avec l’ethyl paraben.

Bulletin Vigilance décembre 2005

Ainsi, au vu de l’ensemble des données disponibles et des conclusions de comités d’experts de la Commission Européenne dans les domaines cosmétique 3 et alimentaire 4, et après expertise de l’ensemble des études actuellement disponibles, la commission de cosmétologie du 29 septembre 2005 s’est prononcée favorablement à la poursuite de l’utilisation, aux conditions prévues par la réglementation actuelle, de 4 des 5 parabens les plus couramment utilisés (méthyléthyl- propyl et butyl parabens). Pour l’isobutylparaben, la commission de cosmétologie s’est montrée favorable à la poursuite de l’utilisation dans les produits cosmétiques de ce conservateur, sous réserve que des études complémentaires soient réalisées permettant de confirmer l’absence de risque, aux conditions d’utilisation dans les produits cosmétiques.

Que retenir de tout ça ?

L’étude du Dr Dabre a été largement contestée : trop peu d’échantillons, pas de lien clair établi entre les parabens et le cancer.

- Les parabens sont métabolisés par l’organisme (on les retrouve dans les tissus, les cellules). Ils sont présents dans 80% des cosmétiques et le risque est donc lié à l’accumulation des parabens dans l’organisme.

- Même si les composants reconnus comme cancérigènes (directive 67/548/CEE) sont exclus des cosmétiques et que les parabens ne font pas partie de cette liste, il s’avère que l’on ne peut pas nier qu’un sérieux doute existe quant à leur totale innocuité. D’ailleurs ils font toujours l’objet d’une surveillance de la part de l’Afssaps.

- Dans la liste des parabens, si on devait les classer par ordre du plus "sûr" ou moins "sûr" : le méthylparaben et l’éthylparaben puis le propylparaben et enfin le butylparaben et l’isobutylparaben. Il semblerait qu’il faille en tout cas éviter les cosmétiques qui combinent plusieurs parabens à la fois.

Donc dans le doute, pourquoi ne pas s’abstenir ? D’autant qu’il existe des solutions alternatives

Pas de conservateur ? Si, bien sûr mais lesquels ? Pas de paraben, pas de phénoxyéthanol ? D’accord mais par quoi sont-ils remplacés ?

La stabilité d’un produit cosmétique dépend de la formulation du produit, de sa méthode de fabrication et de son type de conditionnement (pot, flacon airless, ...)

Les conservateurs utilisés en cosmétique traditionnelle

(Liste non exhaustive, en dehors des parabens et du phénoxyéthanol, voir la liste officielle) :

Methylchloroisothiazolinone : composé organohalogéné, allergène reconnu de classe A selon le DIMDI. Concentration maximale autorisée : 0,0015 %
Methyldibromo Glutaronitrile  : allergène reconnu à très fort pouvoir allergisant. Concentration maximale autorisée : 0,1% dans les produits rinçés uniquement.
Chlorhexidine Digluconate : allergène de Classe B selon le DIMDI. Concentration maximale autorisée : 0,3 %,
Le formaldéhyde  : fort pouvoir allergisant et cancérigène (En juin 2004, le formaldéhyde a été classé comme cancérigène certain par le centre international de recherche sur le cancer). La mention « contient du formaldéhyde » doit être indiquée sur l’emballage dans la mesure où la concentration en formaldéhyde dans le produit fini dépasse 0,05 %. Le Formaldéhyde est interdit dans les aérosols, et sa concentration ne doit pas dépasser 0,2% pour la conservation, sauf pour les produits pour hygiène buccale : 0,1%. Dans les produits pour durcir les ongles, sa concentration est autorisée jusqu’à 5%.
Les libérateurs ou séparateurs de formaldéhyde (libèrent des formaldhydes lors d’un contact prolongé avec l’eau) : fort pouvoir allergisant et cancérigène (DMDM Hydantoïne, Bronopol, l’isothiazolinone)
Le triclosan, composé chloré, soupçonné de rendre les bactéries résistantes aux antibiotiques et d’être un perturbateur endocrinien. Concentration maximale autorisée en tant que conservateur : 0,3%

Le DIMDI (Deutsches Institut für Medizinische Dokumentation und Information - Institut Allemand de Documentation et d’Information Médicales) avec l’aide du ministère de la santé allemand et du BfR (Bundesinstitut für Risikobewertung - institut Fédéral Pour l’évaluation des Risques) a étudié 244 substances considérées comme allergènes et les a classées en 3 catégories selon leur potentiel à provoquer des allergies de contact :

- liste A (98 substances) : allergènes de contact majeurs

- liste B (77 substances) : allergènes de contact fort probables

- liste C (69 substances) : allergènes de contact mineurs ou peu probables
Voir la liste des substances concernées

Parfois donc le remède est pire que le mal !

Les conservateurs utilisés en cosmétique biologique et naturelle :

Oui, les produits naturels et/ou bio contiennent des conservateurs. Encore une fois les conservateurs utilisés ne font en général par partie de la liste officielle, mais ça ne veut pas dire que le produit ne dispose pas d’un système de conservation.

En cosmétique bio et/ou naturelle on utilisera plutôt (liste non exhaustive) :

• Vitamine E ou tocophérol (anti-oxydant)
• Vitamine C ou ascorbic Acid (anti-oxydant)
• Vitamine C Palmitate ou ascorbyl palmitate (anti-oxydant)
• Huile essentielle (bactéricide)
• Alcool ou Alcohol ou Ethanol (conservateur qui peut à haute dose provoquer un déssèchement)
• Extrait de pepins de pamplemousse (citrus paradisii)
• Extrait de propolis (bactéricide)
• Acide Déhydroacétique
• Sorbate de potassium : sel organique anti-oxydant et anti-bactérien
• Acide lévulinique du riz
• Lécithine végétale extraite de fèves de soja (anti-oxydant)

Il faut savoir que même si les marques de cosmétiques bio les utilisent rarement voire jamais, les produits peuvent contenir (suivant les labels) jusqu’à 5% des ingrédients de synthèse de la liste suivante :

• Conservateurs pour produits et ingrédients (Benzoate de Sodium, Alcool Benzylique, Acide Formique, Acide Propionique et ses sels, Acide Salicylique et ses sels, Acide Sorbique et ses sels)
• Conservateurs pour les ingrédients seulement (Parabens, Phenoxyethanol)
• Autres (Hydroxyde de Magnésium, de Potassium et de Sodium, Carbonate de Potassium et de Sodium, Phosphate de Disodium, Bicarbonate de Sodium, Borate de Sodium, Silicate de Sodium, Dioxyde de Titane)

Mais la mention « conservé avec ... » doit figurée sur l’emballage, donc vous pouvez facilement les repérer.

Enfin, on peut limiter la prolifération bactérienne en privilégiant le conditionnement airless ou en limitant la quantité d’eau dans le produit.

En conclusion, il est préférable de se méfier de la mention "Sans conservateur, sans paraben, sans phenoxyethanol". Il faut s’intéresser à la composition globale du produit et surtout s’interroger sur le système de conservation utilisé.

Sources Info et Pour aller plus loin sur les substances à risque utilisées dans les cosmétiques :

evydemmentbio
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