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Stérilisation : Encore trop de médecins refusent ce droit aux patients
Stérilisation : Encore trop de médecins refusent ce droit aux patients
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27 mai 2013 | 1 commentaires
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Martin Winckler, 23 articles (Médecin, Ecrivain)

Martin Winckler

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Stérilisation : Encore trop de médecins refusent ce droit aux patients

Stérilisation : Encore trop de médecins refusent ce droit aux patients

Aidons les citoyen(ne)s qui ne veulent pas avoir d’enfant à exercer leur liberté !

Je republie cet article en lui associant un appel solennel : si vous avez bénéficié d’une vasectomie, d’une ligature de trompes ou d’une stérilisation par méthode Essure au cours des dix années écoulées en France, envoyez moi le nom du médecin qui a pratiqué cette intervention, et l’adresse du centre où ça s’est fait (en m’écrivant à Martin.winckler/at/yahoo.ca).

Il est important que les personnes qui ont encore, aujourd’hui, des difficultés à obtenir un geste médical AUTORISE PAR LA LOI et qui ne regarde qu’elles, aient accès aux praticiens qui leur permettent de prendre des décisions adultes.

Envoyez moi les adresses, je les publierai sur cette page et faites passer le message.

Marc Zaffran/Martin WInckler

"En France, a-t-on le droit, conformément à la loi, de choisir de n’avoir pas d’enfant ? Un trop grand nombre de médecins pensent (et disent) que non. "

La première version de ce texte a été postée en 2008. Cinq ans plus tard - et donc, douze ans après le vote de la loi qui les autorisent, une fois majeurs, à se faire opérer pour ne pas (ou ne plus) avoir d’enfants, en France, beaucoup (trop) de patients voient les médecins leur à imposer leurs préjugés au lieu de les accompagner dans leurs décisions. Or, les droits des patients ne sont pas des gadgets. Ce sont des droits aussi inaliénables que ceux du citoyen.

Le simple bon sens devrait rappeler à tous que si une personne est réputée apte à exercer son métier, à choisir son compagnon, sa compagne ou son lieu de résidence et à participer activement à la vie du pays en payant des impôts et en choisissant ses bulletins de vote, cette personne n’est pas moins apte à choisir quand et si elle aura un jour ou non des enfants !!!

Mais pour beaucoup de médecins, les patients cessent d’être des adultes quand ils entrent dans leur cabinet. Même lorsqu’il n’est pas malade, le désir de choisir d’un patient est, aux yeux de trop de professionnels de la médecine, absolument immature à partir du moment où ce désir n’est pas conforme à l’opinion personnelle du praticien...

Adhérer (de près ou de loin) à cette vision des choses, c’est oublier d’abord que les médecins ne sont pas, a priori, des personnalités plus matures que les autres ; ensuite qu’historiquement l’idéologie du corps médical français à l’égard de la sexualité (entre autres) a toujours été profondément réactionnaireque et enfin que la fonction d’un médecin ne consiste pas à juger des aptitudes des patients, mais à les accompagner dans leurs décisions face à une maladie ou à un choix de vie. Ce n’est pas moi qui le dit, mais le Code de la Santé Publique - qui, destiné à protéger les patients, s’applique d’abord et avant tout aux professionnels de santé. Il en va de même pour la stérilisation volontaire, autorisée par la loi depuis 2001 pour toute personne majeure.

Je consulte deux fois par semaine dans un centre hospitalier de province. A chaque matinée de consultation je reçois des femmes ou des couples qui ont, récemment ou par le passé, demandé à bénéficier d’une stérilisation car ils ne voulaient plus d’enfant. Tous se sont vus opposer par des praticiens sans éthique une fin de non-recevoir, même depuis 2001. Et beaucoup n’ont même pas eu la possibilité de recourir à une contraception satisfaisante, par ces mêmes praticiens dénués d’éthique et - ce n’est pas moins grave - d’attitude scientifique.

"Nul n’est censé ignorer la loi." Manifestement, les praticiens qui l’ignorent sont nombreux.

Lire le rapport de la Haute Autorité de santé sur les techniques de stérilisation (avec rappel de la loi)

Ce site est, pour une grande partie, consacré à la contraception et les innombrables contributions et questions/réponses que j’y ai publiées depuis 2003 montrent amplement à quel point il est difficile, pour de nombreuses femmes, de trouver une information fiable, une écoute attentive et un soutien approprié auprès de certains médecins quand elles désirent choisir une contraception.

L’attente d’information, d’écoute et de soutien est encore plus souvent trahie par les médecins quand une femme (ou un couple) fait la demande d’une méthode radicale comme la stérilisation.

Rappelons d’abord que les méthodes de stérilisation volontaire sont légales dans la plupart des pays industrialisés comparables à la France : Angleterre, Pays-Bas, Allemagne, Pays Scandinaves, Italie, Autriche, Espagne, Etats-Unis, Canada...

Dans les pays en question, la stérilisation est considérée comme une démarche individuelle, dans laquelle le rôle du médecin consiste à indiquer les avantages et les inconvénients, les risques et les contre-indications, c’est-à-dire aider le patient à faire un choix éclairé sans projeter sur lui ni lui imposer ses valeurs personnelles.

En France, pendant très longtemps, la stérilisation volontaire était interdite par la loi, au nom d’un principe de « non-mutilation » du corps qui remonte à Napoléon, selon lequel les soldats étaient punis s’ils s’étaient auto-mutilés pour ne pas partir au combat. Depuis vingt ou vingt-cinq ans, les médecins qui procédaient à une ligature de trompes (stérilisation féminine) ou à une vasectomie (stérilisation masculine) le faisaient au compte-goutte, de peur d’être poursuivis par les tribunaux, en imposant nombre de restrictions.

Depuis de nombreuses années, des stérilisations étaient non seulement tolérées mais pratiquées, parfois par compassion, parfois de manière arbitraire : des patient(e)s handicapés avant leur admission dans certains centres de soin ; [1] ligatures de trompes à la troisième césarienne sans consultation de la première intéressée, mais en obtenant l’autorisation du mari pendant que la patiente était anesthésiée, etc.

La loi de 2001 sur la contraception a légalisé la délivrance gratuite de la contraception d’urgence aux adolescentes (dans les lycées et les pharmacies) et elle a prolongé les délais d’IVG à 12 semaines de grossesse (ou 14 semaines d’aménorrhée - cad "depuis les dernières règles observées"). Ce qu’on sait moins, c’est qu’elle a rendu légale la stérilisation volontaire de manière très simple et très précise :

Seules les personnes majeures peuvent demander une stérilisation. Un(e) mineur(e) ne peut pas demander une stérilisation. Une personne handicapée ne peut être stérilisée, sauf si un juge autorise la procédure après avoir, si possible, entendu la personne elle-même.

La seule condition préalable est un délai de réflexion de 4 mois entre la demande et sa confirmation auprès du médecin qui pratiquera l’intervention. Il n’y a pas de condition d’âge ou de nombre d’enfants. En théorie, un homme ou une femme qui ont décidé de ne jamais avoir d’enfants a parfaitement le droit de demander et d’obtenir une intervention définitive une fois qu’il ou elle a atteint l’âge de 18 ans.

Aucun médecin n’est tenu de pratiquer une intervention de stérilisation, mais il doit avertir d’emblée le/la patient(e) de son refus d’y procéder et le/la diriger vers un praticien qui acceptera de s’en charger, comme le Code de la Santé Publique l’y oblige.

Cela, c’est la théorie. En pratique, bien entendu, ça ne se passe pas du tout comme ça.

Lire le rapport de la Haute Autorité de santé sur les techniques de stérilisation (avec rappel de la loi)

Une pression sociale d’une grande violence

L’immense majorité des femmes qui, après un certain nombre de grossesses et d’échecs ou d’aléas de la contraception, demandent une ligature de trompes s’entendent dire : « Vous êtes trop jeune. Vous pourriez le regretter. Si vous perdez un enfant, vous voudrez peut-être en avoir un autre. Et si vous divorcez pour vous remarier ? » Etc.

Toutes ces remarques sont bien sûr à rapprocher des commentaires (« Ne serait-il pas temps pour vous d’avoir des enfants ? ») que subissent les femmes sans enfant qui, à 35 ans, désirent changer de contraception pour passer de la pilule au DIU (dispositif intra-utérin ou « stérilet », terme particulièrement malheureux).

La pression sociale qui s’exerce sur les femmes pour les inciter à avoir des enfants est d’une grande violence. Et certains médecins en sont les premiers agents. Lorsqu’ils refusent une contraception sous des prétextes non scientifiques, comme lorsqu’ils dirigent hâtivement des femmes inquiètes de ne pas être enceintes vers des explorations lourdes et douloureuses ou des méthodes de procréation assistée... très lucratives pour ceux qui les pratiquent.

La résistance (ou les intimidations) des médecins à l’égard de ces choix est cependant identique. Les « conditions » imposées aux femmes - avoir un certain âge ou un certain nombre d’enfants - sont non seulement arbitraires mais illégales. Elles ne font que traduire l’idéologie et les valeurs personnelles du médecin.

Il n’est bien entendu pas question d’imposer une intervention à un médecin (ne serait-ce que parce qu’un professionnel qu’on contraint travaille mal...) mais d’exiger plusieurs choses légitimes :

le respect de la demande par le médecin  ; aucun jugement n’a à être portée sur la personne, homme ou femme, ou le couple qui demande à être stérilisé.

une information non moins loyale sur les méthodes de contraception disponibles . L’expérience des professionnels qui oeuvrent à fournir une contraception de qualité à toutes les femmes qui la leur demandent est en effet très claire : lorsque la contraception est librement choisie par la femme et adaptée à son mode de vie, elle est non seulement bien tolérée mais efficace, et les demandes de stérilisation sont beaucoup moins fréquentes

une information fiable et dénuée de menaces sur la loi, les méthodes de stérilisation, la manière de les pratiquer, les risques qu’elles présentent, les chances de réversibilité, etc.

L’article R 4127-35 du Code de la santé publique (ancien article 35 du code de déontologie médicale) est sans ambiguïté : « Le médecin doit à la personne qu’il examine, qu’il soigne ou qu’il conseille, une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu’il lui propose. »

dans le cas où le médecin consulté refuse de procéder lui-même à l’intervention, il doit le dire d’emblée et indiquer au/à la patient(e) un confrère prêt à la faire. Autrement dit : il doit faciliter au patient l’accès à une procédure légitime et s’interdire d’y faire obstacle.

L’article R4127-47 du code de la santé publique précise en effet : « Quelles que soient les circonstances, la continuité des soins aux malades doit être assurée. Hors le cas d’urgence et celui où il manquerait à ses devoirs d’humanité, un médecin a le droit de refuser ses soins pour des raisons professionnelles ou personnelles. S’il se dégage de sa mission, il doit alors en avertir le patient et transmettre au médecin désigné par celui-ci les informations utiles à la poursuite des soins.  »

Quand la décision de se faire stériliser est-elle valide ?

Les médecins qui refusent de pratiquer une intervention chirurgicale définitive sur une personne consentante sont souvent influencés (consciemment ou pas) par des images très violentes, en particulier celles des stérilisations forcées imposées par tous les gouvernements (pas seulement celui de l’Allemagne nazie, mais aussi les populations « socialement indésirables » aux Etats-Unis dans les années 20 : handicapés, mais aussi pauvres, alcooliques ) sur de multiples populations au fil des siècles. Ils oublient que les personnes qui viennent demander une stérilisation chirurgicale ne sont forcées par personne. Ils oublient aussi que de nombreux médecins ont procédé à des stérilisations forcées en France jusqu’à une période toute récente (voir plus loin).

« Vous êtes trop jeune pour vous faire ligaturer les trompes », « Vous n’avez que deux enfants, vous en voudrez peut-être un troisième » Telles sont les déclarations qui sont opposées aux demandes. Mais un couple qui, à 25 ans, a déjà quatre enfants et n’en veut pas d’autre, aurait-il moins de raisons de choisir une stérilisation qu’un couple qui, à 38 ans, n’en a qu’un et n’en veut pas d’autre ou qu’une personne célibataire qui décide de ne jamais avoir d’enfant (d’autant qu’un célibataire peut adopter...) Quand on pose la question ainsi, en introduisant des critères comme l’âge et le nombre d’enfant, on ignore et on nie que la vie, l’expérience et les décisions des individus n’ont rien à voir avec l’âge où le nombre d’enfants. On peut être parfaitement autonome à 16 ans et toujours immature à 45. On peut se sentir capable d’avoir un enfant mais pas plus. La seule personne apte à le dire, c’est l’intéressé(e) même.

En quoi un médecin serait-il plus apte que l’individu lui-même à déterminer ce qui est bon pour lui ou elle ? Son rôle n’est pas de servir de directeur de conscience, mais d’aider l’homme ou la femme à identifier les motifs de sa demande et à déterminer si la stérilisation est la meilleure solution (ou la moins mauvaise).

Le choix de ne pas ou plus avoir d’enfants est respectable

Evidemment, le choix d’une stérilisation n’est pas le même selon qu’on a eu ou non des enfants. Quand on en a, c’est pour ne plus en avoir. Quand on en a pas, c’est pour ne jamais en avoir. Mais, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’un choix aussi respectable que celui de rester célibataire, de se marier, de divorcer, ou d’avoir des enfants.

En conscience, personne (ni le patient, ni le médecin) ne peut savoir si la décision de ne pas/plus avoir d’enfant est une décision qu’on regrettera ou non. Certes, c’est une décision grave et irréparable, mais, n’impliquant que la première personne intéressée, elle n’est, somme toute, pas plus grave que celle d’AVOIR des enfants - laquelle met tout de même en jeu la vie d’un grand nombre de personnes (l’autre géniteur, les enfants qu’on décide d’avoir, leurs propres enfants à venir, etc.) ! ! !

Il est paradoxal de demander à une personne de réfléchir à sa décision de ne pas avoir d’enfant (ou de prendre une contraception, ou de poursuivre une grossesse), alors qu’on ne demande jamais ou presque à une femme majeure de réfléchir à sa décision d’avoir un enfant ou d’être enceinte. [2]

Quant à la capacité de chacun à se projeter dans le futur, si souvent invoquée par les médecins, est-elle meilleure quand on se marie, quand on achète une maison ou quand on fait un choix professionnel que lorsqu’on décide de se faire stériliser ? Non, évidemment.

Des obstacles subjectifs et idéologiques, mais non médicaux

Il semble donc bien que la « réflexion » exigée par les médecins au sujet de la fécondité, soit réservée aux situations où les femmes, surtout les femmes, décident de ne pas avoir d’enfant (contraception, IVG, stérilisation).

Les arguments invoqués sont essentiellement idéologiques et tiennent à une conception très fortement teintée de catholicisme selon laquelle une femme ne s’accomplirait pleinement qu’à travers la maternité.

Il est rare que les médecins aient recours ouvertement à ce type d’arguments, parfaitement indéfendables car contraires à l’éthique. Le plus souvent, ils invoquent plutôt des motifs subjectifs - le regret ultérieur si l’on perd un enfant ou si l’on divorce et se remarie - ou médicaux : les risques liés à l’intervention, les conséquences psychologiques.

Passons sur les deux premiers motifs, qui sont purement et simplement inacceptables en ce qu’ils font planer sur la tête des personnes des menaces qu’aucun médecin n’est en droit d’invoquer, car elles sont contraires à l’éthique. Un médecin n’a pas à se mêler de la vie de ses patients ni à énoncer des « prédictions » à ce sujet.

Les arguments médicaux

Les « risques médicaux » invoqués ne sont pas plus valides. Statistiquement, en effet, contraception, IVG et stérilisation ne sont pas médicalement plus risquées pour la vie de la femme qu’une grossesse, c’est même le contraire. Ainsi, le risque de mourir de la prise de la pilule est SIX FOIS INFÉRIEUR au risque de mourir du fait d’une grossesse...

Le seul argument médical valide pour inciter une personne à réfléchir à sa décision n’est donc ni son âge (quel serait le « bon » âge ?) ni le nombre d’enfants qu’elle a (quel serait le « bon » nombre d’enfants ?), mais sa position, à elle, face au caractère définitif de la procédure. Se faire stériliser est un choix qui doit être considéré comme irréversible. Même si les trompes (« clippées » ou sectionnées pendant la ligature des trompes, obturées par la méthode Essure - voir plus bas) ou les déférents (sectionnés lors de la vasectomie) sont réparés, la probabilité pour l’individu d’avoir des enfants est très inférieure à 50 %.

Un argument mérite réflexion : plus la femme est jeune, plus les échecs de stérilisation (par les méthodes de ligature de trompe) sont nombreux.

Avec la méthode la plus efficace utilisée pendant l’étude (l’ablation partielle des trompes juste après un accouchement) le taux d’échec pour les femmes stérilisées avant 27 ans est de 11,4/1000 ; entre 27 et 33 ans, de 5,7/1000 ; après 34 ans, de 3,8 /1000. De plus, d’après l’étude CREST, 33 % des grossesses survenues après une stérilisation sont des grossesses extra-utérines, ce qui évidemment est préoccupant. [3]

Autrement dit, avant 27 ans, il n’est pas sûr que la stérilisation ce soit une bonne méthode contraceptive : statistiquement, les DIU (3 à 8/1000 échecs) et l’implant (moins de 5/1000) font mieux, y compris contre les grossesses extra-utérines ! Alors, pourquoi subir une intervention lourde avant cet âge alors qu’une méthode non contraignante sera plus sûre ?

Après 35 ans, en revanche, étant donné les faibles risques liés à la chirurgie, surtout depuis l’apparition de la méthode ESSURE, non invasive et non traumatisante , la sécurité et le confort (absence des effets secondaires liés aux méthodes contraceptives) sont des arguments MEDICAUX de poids justifiant une stérilisation contraceptive par une femme, un homme ou un couple qui en ont pris la décision.

Les risques psychologiques existent, certainement, mais sont-ils plus grands que ceux d’une grossesse ? Dissuade-t-on les femmes d’être enceintes pour prévenir les dépressions du post-partum ? Non, bien sûr. De plus, les études effectuées dans les pays où la stérilisation volontaire existe depuis plusieurs décennies montrent que les troubles psychologiques après l’intervention sont liés à la personnalité de l’individu, non à l’intervention elle-même - comme pour toute situation exceptionnelle.

Il en va de même des « remords ». L’étude CREST, citée plus haut, indique que 0,2 % des femmes ayant été stérilisée ont demandé une chirurgie réparatrice. Bien sûr, il s’agit de femmes américaines, culturellement différentes des Françaises. Mais tant qu’aucune étude statistique n’aura été menée en France, on ne voit pas comment les médecins français pourraient avancer que leur proportion est beaucoup plus élevée dans ce pays.

Mais les femmes âgées de moins de 30 ans sont deux fois plus nombreuses à regretter l’intervention que les plus de 30 ans : 4,2% lorsqu’elles l’ont subie entre 20 et 24 ans ; 2,4 % lorsqu’elles l’ont subie entre 30 et 34 ans. Globalement, les regrets sont donc peu nombreux. Il peut être légitime, pour un médecin, d’inciter une femme de moins de 30 ans dont il pense la décision hâtive, d’aller en parler à un professionnel de l’écoute (psychiatre, psychologue). Mais il n’est pas justifié d’opposer le « regret » à l’ensemble des femmes qui font la démarche alors qu’un très petit nombre d’entre elles le regretteront ensuite et un plus faible nombre encore demanderont une réparation.

Principal obstacle à la stérilisation volontaire : les médecins !

En tout état de cause, aujourd’hui, la loi énonce clairement que si une personne a décidé de ne pas/plus avoir d’enfant, nul n’est en droit de lui contester ce droit.

Dans les faits, la stérilisation volontaire étant laissée aux mains des médecins et des chirurgiens, leur refus de procéder à ce type d’intervention est un obstacle sérieux à la liberté individuelle.

Encore une fois, il n’est pas pensable d’obliger des chirurgiens à procéder à des opérations auxquelles ils sont idéologiquement opposés. Mais on peut en revanche exiger d’eux qu’ils n’empêchent pas les patients d’y accéder. Dans le cadre de leur exercice, en donnant une information loyale et non terrorisante ; à l’hôpital, en permettant aux médecins qui désirent acquérir une formation à ces techniques de le faire.

En effet, les facultés de médecine française n’incluent pas les techniques de stérilisation à la formation des médecins, alors que celles-ci devraient faire partie de l’enseignement, au même risque que la contraception et l’IVG. C’est regrettable. Il ne s’agit pas d’obliger les médecins à pratiquer des gestes contre leur gré, mais de leur donner au moins l’information objective nécessaire pour qu’ils guident les patients qui le désirent vers des techniques autorisées par la loi et auxquelles ils sont en droit d’accéder ! ! !

Quelle méthode choisir ?

Il y a deux méthodes de stérilisation féminine

1° par coelioscopie (anesthésie générale)
- pose de « clips » sur les trompes
- électrocoagulation.
- section et ligature des trompes

2° par fibroscopie (anesthésie locale)
- méthode Essure (pratiquée dans de nombreux centres en France, dont la liste est disponible chez le fabriquant de la méthode). Cette méthode simple a été mise au point pour répondre aux besoins des populations des pays en développement. C’est à mon sens celle qui doit être choisie aujourd’hui.

Pour deux raisons au moins :
1° sa sécurité, l’absence de traumatisme et l’efficacité
2° il est légitime de penser que dans les centres où cette technique est pratiquée, les chirurgiens et médecins ont déjà l’habitude de pratiquer des stérilisations, et ont choisi d’acquérir cette technique parce qu’elle est plus simple et moins agressive. C’est donc là qu’on trouvera, en toute bonne logique, les praticiens les plus soucieux du confort - et de la liberté de choix - des femmes. Ce n’est évidemment qu’une supposition, mais il n’existe pas de registre des médecins pratiquant les ligatures de trompes, tandis que le fabriquant de la méthode Essure délivre la liste des médecins qui la pratiquent. Alors, le plus logique, si l’on a essuyé un refus de la part de son gynécologue, c’est de s’adresser directement aux praticiens pratiquant la méthode la plus simple...

Un bon nombre de gynécologues pratiquent déjà la méthode ESSURE, la plus sûre des méthodes de stérilisation aujourd’hui disponible.

Ceci montre bien que scientifiquement, il n’y a pas d’obstacle à pratiquer une stérilisation. Lisez le compte rendu du COngrès 2007 de Gynécologie et de reproduction de la côte d’Azur sur le sujet.

Note : aucune méthode n’étant dénué d’inconvénient ou d’effets secondaires, il est bon de les connaître à l’avance. Les patientes allergiques au nickel (qui donne des eczémas de contact avec certaines boucles d’oreille ou avec les boutons de blue-jeans, en particulier) ne peuvent pas recourir à la méthode Essure. (Lire à la fin de cette page le compte rendu d’une allergie au Nickel après insertion d’un dispositif Essure.)

Et les hommes, alors ?

Bonne question. En Angleterre, la vasectomie est si facile et si fréquemment pratiquée qu’en 2000, un institut britannique incitait les Français à venir se faire vasectomiser au Royaume-Uni.

En France, pendant de nombreuses années, la vasectomie n’était pratiquée que par les urologues (spécialistes de l’appareil urinaire) qui le voulaient bien, et par une poignée de généralistes qui s’étaient formés à l’étranger. Il s’agit en effet d’une procédure simple, qui se fait sous anesthésie locale, et qui nécessite peu de matériel. Une méthode toute récente inventée en Chine (la méthode « sans scalpel »), encore moins invasive, ne nécessite qu’une minuscule incision de la peau du scrotum (qui entoure les testicules) et se fait en moins de 30 minutes.

La vasectomie est une méthode aussi efficace et aussi peu agressive que la méthode Essure.

Pour l’entourage, de même qu’une ligature de trompes n’est pas dénuée de signification symbolique pour une femme, une vasectomie ne l’est pas non plus pour l’homme qui y recourt. Alors qu’elle est très bien acceptée par les hommes des pays anglo-saxons, dans les pays latins, la vasectomie est souvent associée à une perte de la virilité, ce qui explique que, souvent, elle ne soit pas envisagée lorsqu’un couple demande une contraception définitive.

En conclusion

La stérilisation volontaire est une méthode de contraception légale en France depuis 2001. Pratiquée dans de nombreux autres pays, elle médicalement bien maîtrisée, sa sécurité et son efficacité valent celles des meilleures méthodes de contraception (DIU, implant), surtout après 30 ans. Passé cet âge, ce type de contraception devrait faire systématiquement partie de la palette des choix offerts aux femmes, aux hommes et aux couples qui ne désirent plus avoir d’enfants.

Lire le rapport de la Haute Autorité de santé sur les techniques de stérilisation (avec rappel de la loi)

Dr Marc Zaffran (Martin Winckler)
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Commentaires
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par fran74 (IP:xxx.xx8.90.36) le 28 mai 2013 a 09H42
fran74 (Visiteur)

On se rend compte finalement que les médecins préfèrent pratiquer des IVG que stériliser.. Quand on a vécu des IVG, la stérilisation aussi bien féminine que masculine, c’est nettement moins dévastateur ! Mais voilà c’est le reflet de notre société, faire croire que c’est plus sain de tuer un embryon déjà formé, que d’empêcher des cellules de se rencontrer... perso mon mari a fait une vasectomie, j’étais contre, mais finalement après une découverte de grossesse sous stérilet et IVG, bizarrement j’étais pour. Et finalement c’est génial, plus de contrainte, aucune baisse de libido, je dirai même que c’est le contraire... Donc que du bonheur !