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Prothèses PIP : Un mélange explosif à la nocivité inconnue
Prothèses PIP : Un mélange explosif à la nocivité inconnue
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2 janvier 2012
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Léa Belleval, 97 articles (Rédacteur)

Léa Belleval

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Prothèses PIP : Un mélange explosif à la nocivité inconnue

Prothèses PIP : Un mélange explosif à la nocivité inconnue

La composition des prothèses mammaires PIP, qui ont occasionné à ce jour 20 cas déclarés de cancer chez les femmes porteuses, a alimenté une nouvelle psychose en ce 2 janvier. Selon la radio RTL, qui a pu se procurer la composition des implants mammaires défectueux, le gel silicone utilisé dans leur confection contiendrait un mélange de produits commandés à des grands groupes de chimie industrielle. Et ces produits en question, au rang desquels figure un additif pour carburant, n’auraient jamais fait l’objet de tests cliniques pour mesurer leur éventuelle nocivité sur l’organisme. Si le fondateur de PIP, Jean-Claude Mas, dément les informations de RTL, les avocats de victimes réclament de leur côté de nouvelles analyses à l’Afssaps.

Jean-Claude Mas, le mystérieux fondateur de l’entreprise varoise Poly Implant Prothèse (PIP), est un apprenti-sorcier. Passé au cours de sa vie de la charcuterie aux prothèses mammaires, il était jadis surnommé "Géo Trouvetou" par le conseil de surveillance des implants PIP en raison de sa propension à trouver des nouveaux produits. Ce barbu increvable qui affichera 73 ans cette année a longtemps gardé sa composition secrète, mais le secret aurait désormais été percé. Et les révélations ont de quoi faire peur. Selon RTL, qui a obtenu la liste des composants, les prothèses frauduleuses contiendraient des produits chimiques n’ayant jamais fait l’objet de tests cliniques.

Au rang de ces derniers, quatre composants industriels, fournis par Brenntag, une société allemande distribuant des produits chimiques. On y retrouve le Baysilone, employé comme additif pour les carburants ou des tubes en caoutchouc, le silopren ou le Rhodorsil, substances utilisées dans l’industrie du caoutchouc et inconnues du monde médical. Cette société a d’ailleurs admis, dans la journée du 2 janvier, avoir fourni à PIP du silicone industriel. André Picot, chercheur en chimie et en toxicologie, a livré son sentiment pour RTL : « L’utilisation de ces produits, non-purifiés et qui rongeaient l’enveloppe des prothèses mammaires, est un comportement quasi criminel ».

Et bien que le produit a toujours été défendu contre vents et marées par Jean-Claude Mas, la consultation de plusieurs e-mails échangés au sein de la société PIP a révélé que le problème de ruptures anormalement élevé sur les prothèses était connu de longue date chez les fabricants. Selon le médecin-conseil d’une association de porteuses d’implants PIP, Dominique-Michel Courtois, « on savait de toute façon grâce à l’Afssaps qu’il s’agissait d’un gel impropre », mais comme l’ajoute Me Philippe Courtois, un des avocats des plaignantes, « on n’aurait jamais osé imaginer que le gel ait pu contenir un additif pour carburants ». Et l’illusion aura été totale pour le plus grand nombre : Mélangés à bonne dose, les produits avaient l’apparence d’un gel médical, dix fois plus cher.

Me Yves Haddad, l’avocat de Jean-Claude Mas, nie en bloc. Mais les avocats des plaignantes réclament de leur côté des analyses de prothèses directement prélevées sur les patientes. On compte 30 000 porteuses de prothèses mammaires PIP en France, et le scandale est devenu international, les ruptures d’implants affectant tout particulièrement le Royaume-Uni. Murielle Ajello, présidente du Mouvement de défense des femmes porteuses d’implants et de prothèses (MDFPIP), s’est pour sa part exprimée dans Elle : « Pourquoi les personnes ayant travaillé pour Jean-Claude Mas n’ont pas réagi plus tôt ? C’est tout de même surprenant… Il y a des gens qui ont manipulé ces composants pendant des années tout en sachant qu’ils n’étaient pas destinés à un usage médical. Pourquoi toutes ces révélations n’interviennent que maintenant ? ».

Selon RTL, et suite aux premières alertes sur les prothèses défectueuses, un vent de révolte avait commencé à gronder contre Jean-Claude Mas de la part de ses employés, plusieurs cadres s’étant rebellé contre son attitude à la fin des années 2000. Mais jamais au point de déborder. Au gré de documents falsifiés et de conteneurs cachés lors des inspections, une question reste posée : Par quel tour de magie Jean-Claude Mas a-t-il pu contourner les contrôles ?
 

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