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Les échecs de la contraception aujourd’hui : quelles raisons ?
Les échecs de la contraception aujourd'hui : quelles raisons ?
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6 juillet 2009
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Eric Donfu, 6 articles (Sociologue)

Eric Donfu

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Les échecs de la contraception aujourd’hui : quelles raisons ?

Les échecs de la contraception aujourd'hui : quelles raisons ?

Depuis la fin du 20ème siècle, les moyens de contraception deviennent de plus en plus fiables et nombreux. Pourtant, celle-ci suscite toujours une certaine méfiance ( perte de libido par exemple...) et le nombre d’IVG demeure élevé... Pour quelles raisons ? Le sociologue Eric Donfu tente d’y répondre ...

Suite de l’article 1 : Evolution de la contraception : comment est-elle vécue ?

3- Comment expliquer ces « ratés de la contraception » en 2009 ?

Un déficit d’information

Une femme sur cinq oublie de prendre sa pilule au moins une fois par mois . La prise d’une pilule ne peut être différée que de 12 heures, voire 3 heures seulement pour certaines pilules contraceptives [i]
En effet, le nombre de rapports sexuels à risque liés à une mauvaise utilisation de la pilule ou du préservatif est estimé à 24 millions chaque année.
Le nombre d’unités de contraception d’urgence délivrées, en 2008 en France, était de 1 210 000.[[ii]->#_edn2] En 2005, près de 13,7% des femmes sexuellement actives de 15 à 54 ans ont déclaré avoir recouru à la contraception d’urgence au moins 1 fois dans leur vie. Elles n’étaient que 8,4% en 2000.
Seules 11,7% d’entre elles savent que son efficacité n’est assurée que si elle est administrée dans les 72 heures suivant le rapport à risque.[[iii]->#_edn3]
La France a été le premier pays à offrir aux femmes l’accès libre à une contraception d’urgence (CU) auprès du pharmacien.
Elle a été aussi le premier pays à avoir institué la dispensation possible de contraception d’urgence dans les collèges depuis mars 2001, et la délivrance anonyme et gratuite en pharmacie pour les mineures depuis janvier 2002.
 

Les adolescentes entre pilule et préservatif

En France, on compte environ 2 600 000 adolescentes âgés de 14 à 19 ans. Elles représentent 4,7 % de la population française. Les premiers rapports sexuels ont lieu en moyenne à l’âge de 17 ans et six mois pour 50% d’entre elles et à 15 ans pour 10% d’entre elles.[[iv]->#_edn4] En 1987, 31% des adolescentes utilisaient un moyen contraceptif lors de leur premier rapport sexuel. Aujourd’hui, ce sont trois adolescentes sur quatre qui utilisent un moyen contraceptif lors de leur premier rapport, même si seules 38% d’entre elles utilisent la pilule.
 
Certaines adolescentes sont à mille lieues d’imaginer pouvoir être enceintes, la reproduction appartenant plutôt au monde des adultes. Par ailleurs, le préservatif masculin peut être associé au sida et à l’idée de mort. Son abandon peut être motivé aussi par l’envie de faire plaisir à l’autre, et l’idée que l’amour protège de tout. Enfin, près de la moitié des utilisateurs estiment qu’il diminue le plaisir sexuel.
 
Dans ces conditions, il est nécessaire que les professionnels de santé proposent une « prise en charge contraceptive » précoce, en dépistant les « conduites à risque ».
 

Des inégalités sociales persistantes

L’utilisation du préservatif au premier rapport est plus faible chez les femmes et les hommes sans diplôme : les femmes entre 18 et 30 ans sans diplôme sont 77,2% à rapporter avoir utilisé un préservatif contre 85,8% des diplômées du supérieur, ces chiffres s’élevant respectivement à 78,9% et 87,9% chez les hommes.[v]
 

Ne surestimons pas la transmission mère fille

Le rapport mère-fille a toujours été complexe. Aujourd’hui, il est marqué à la fois par une très grande complicité entre des mères baby-boomeuses jeunes et leurs filles, et par le respect de leur autonomie. Cette « privatisation de la vie » à l’intérieur de la famille n’est pas toujours propice à un dialogue sur la contraception, et les méthodes utilisées peuvent varier en fonction des personnalités et de l’évolution des techniques.
 

4- N’oublions pas qu’il s’agit d’abord d’une décision individuelle

La contraception restera toujours une question personnelle

La meilleure contraception est celle que l’on choisit. Territoire de l’intime, la contraception est un choix qui implique aussi plusieurs facteurs d’influences. D’abord le milieu familial dont on est originaire, ensuite les premières relations amoureuses et sa vie sexuelle et enfin, la perception extérieure offerte par les conseils et les médias. Le mode de contraception va évoluer avec l’âge et dépend aussi de son statut. Ainsi, si le couple marié reste la référence majoritaire, chaque individu peut-être amené dans sa vie à se reconstruire au sein de ces « nouvelles solitudes » qui se développent, touchant plus de sept millions de personnes aujourd’hui. Le nombre des célibataires est en constante augmentation. En 1999. Selon l’INSEE, 7,4 millions de personnes vivaient seules en France.[[vi]->#_edn6] Aujourd’hui, une personne sur 8 est célibataire et les femmes seules sont plus nombreuses que les hommes. Quittant le foyer parental, les jeunes gens entre vingt et trente ans préfèrent vivre seuls. Ainsi, 16% des 20-30 ans vivent en célibataires. Parallèlement, le nombre de divorces et séparations augmente également. Dans l’ensemble de l’Union Européenne, un mariage sur trois se termine par un divorce. Il faut donc ajouter aux célibataires les 2,5 millions de veufs, les 1,1 millions de divorcés et les 1,8 millions de familles monoparentales pour arriver à un chiffre de près de 14 millions de personnes seules en France aujourd’hui, soit près d’une personne sur trois dans les grandes villes.
 

Internet, l’autodiagnostic rendent-ils le consommateur « hérisson »

Selon l’étude INPES[[vii]->#_edn7], seuls 10% des personnes interrogées ont cherché des informations sur la contraception sur Internet. Mais, pour la catégorie des 20 -30 ans, ce chiffre monte à 20% et à 21% chez ceux qui utilisent le préservatif, 18% la pilule du lendemain et 14 % la pilule.
L’utilisation d’Internet, en croissance constante, s’accompagne souvent d’une fréquentation des forums de sites spécialisés, où l’information est disséquée, échangée, contrée.
De plus en plus rétif à la publicité classique, le consommateur compare, teste, et se fait son opinion par lui-même, avec ses amis, et sur Internet.
 
Dans le secteur médical, l’automédication est devenue courante. Dans le cas de la contraception, si la pilule du lendemain (un seul comprimé renfermant uniquement un progestatif) est vendue sans ordonnance et même délivrée gratuitement aux mineures, les pilules et les patchs ne sont vendus que sur ordonnance, mais les femmes peuvent consulter de façon anonyme un centre du planning familial. Le risque est que les patientes n’entendent que ce qu’elles veulent entendre ou retiennent l’information de façon incomplète.
 
 

5- Il faut mieux intégrer le contexte de la contraception

Comprendre la transmission entre des générations différentes

On ne prend pas un contraceptif en 2009 comme on le prenait il y a vingt ou trente ans. La sexualité des jeunes femmes d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec la révolution sexuelle vécue par leurs aînées aux débuts de la pilule, quand le sida n’existait pas encore.
D’où le décalage observé entre les attentes des mères et de leurs filles.
 
Lors de la première contraception, le gynécologue est souvent confronté à des situations complexes car il est rare que la mère et la fille abordent le sujet dans le même état d’esprit.. La mère est dans un processus de protection conforté par son propre vécu, et la fille dans une phase de découverte de son corps, de sa sexualité et de sa fertilité.
 

Etre attentif à l’évolution technologique

La pilule contemporaine est souvent davantage qu’une simple pilule contraceptive. Elle permet de traiter aussi le syndrome prémenstruel, l’acné ou les migraines avant les règles. Elle permet surtout d’avoir des règles non douloureuses.
 
Mais la réponse contraceptive en France est trop mono culturelle, observent aujourd’hui certains sociologues.
Il faut rediscuter le « tout pilule » systématique et présenter les différentes méthodes de contraception, proposent les gynécologues.[[viii]->#_edn8]
Pour eux,depuis quarante ans, la pilule a fait la preuve de son efficacité, ce qui lui donne un fort capital de confiance, ajouté à son aura de libération de la femme. Mais les femmes d’aujourd’hui souhaitent se libérer d’un maximum de contraintes, alors pourquoi conserver la prise quotidienne ? 
Autrement dit, les méthodes modernes - le patch ou l’anneau, par exemple - seraient mieux adaptées au mode de vie actuelle, tout en conservant la même efficacité que la pilule, et mériteraient à ce titre d’être mieux connues.
 
Ainsi, des premier patchs contraceptifs hebdomadaires commencent à être commercialisés en France.
Chaque patch diffuse de l’éthinylestradiol et de la norelgestromine (principal métabolite actif du norgestimate) de manière constante et stable tout au long de la semaine de prise.[[ix]->#_edn9]
Son schéma est simple : un patch par semaine pendant 3 semaines, puis une semaine sans patch. Le premier patch s’applique pour la première fois le premier jour des règles.
Point important : en cas d’oubli de changement de patch, la femme demeure protégée pendant 48 heures.
Cela dit, pilule et première contraception sont pratiquement synonymes pour les deux générations (87 % des mères à 19,5 ans et 94 % des filles à 17,4 ans)
 

L’aspiration à « une famille à tout prix »

Depuis la naissance à Londres en 1978 de Louis Brown, suivie de peu par celle de Zoé et John, à Melbourne, en Australie, puis, en 1982, par le premier « bébé FIV » Français, Amandine, les techniques annexes et les succès scientifiques ont dépassé, et de loin, le cadre des revendications féministes.
 
La maitrise du don d’ovocytes dès 1987, puis de l’ICSI (Intra-Cytoplasmic Spermatozoid Injection, c'est-à-dire l’injection d’un seul spermatozoïde au cours d’une FIV) le diagnostic pré-implantatoire et bien-sûr l’accueil d’embryon constituent une révolution épistémologique, que les lois de bioéthique de 1994 et 2004, réglementant pourtant dans les moindres détails ces panoplies évolutives, ont du mal à encadrer.
 
D’ailleurs, selon un sondage récent, 61% [x]des Français sont favorables à l’autorisation des mères porteuses. Ceux qui y sont favorables, le sont plus 87% pour des couples hétérosexuels 62% pour des célibataires, 55% pour les couples homosexuels. Il y a deux ans seulement 52% des Français étaient favorables à la légalisation. Pour la 1ère fois les "pour" deviennent majoritaires. La société évolue et l’opinion publique est donc plus tolérante que les législateurs ou les institutions.
Il faudra sans doute un jour dépasser les débats sur l’interdiction ou non des pratiques de mères-porteuses qui semblent devoir se développer. Et dépasser pour cela les notions de commercialisation du corps humain, avec ses conséquences psychologiques sur le développement de l’enfant. Peut-être que l’exemple de la « triparenté » fondée sur une combinaison en lien biologique, lien quotidien et lien volontaire, portés par trois personnages parentaux, s’opposera alors au « principe d’anonymat » de la circulation de gamètes congelés, par une voie scientifique, régie par un souci plus eugénique que relationnel.[[xi]->#_edn11]
 

L’attachement au cycle de la femme est-il si fort ?

Aujourd’hui recommandé par les spécialistes de santé, le stérilet hormonal permet la quasi suppression des règles. Surtout apprécié chez les femmes de plus de trente cinq ans, cette innovation technologique provoque un débat sur le cycle menstruel. Apprivoisé par chaque femme, ce cycle est perçu de façon intime et subtile, et agit sur la vie sexuelle. Perçu aussi comme une promesse de vie, ce cycle peut ne plus être aussi important dès que la femme ne veut plus d’enfants. C’est donc aussi dans une période de vie ou la femme veut être pleinement disponible, que ce stérilet hormonal est de plus en plus adopté.
 

La préoccupation du corps, de l’environnement, du naturel

Selon un sondage réalisé fin 2008 par Ipsos[[xii]->#_edn12], 85% des Français sont inquiets de la baisse de la fertilité pour les générations futures. 45% estiment que c’est essentiellement la pollution et les pesticides qui en sont responsables. Cette préoccupation rejoint l’attention nouvelle portée à l’alimentation, au biologique, ou même à l’homéopathie.[[xiii]->#_edn13]
 

Le confort génital ? On en parle enfin.

Confort génital ou plutôt inconfort génital ! Derrière cette expression se cachent cystites, mycoses et sécheresse, autant de troubles génitaux et urinaires dont les principales victimes sont les femmes. S’ils sont désagréables et redoutés, ces troubles restent toutefois bénins dans la plupart des cas, comme par exemple la cystite. Cette inflammation de la vessie due à une infection bactérienne localisée au niveau de la vessie et de l’urètre touche plus fréquemment les femmes, environ 1 femme sur 2. L’explication est physiologique. Chez les femmes, l’urètre est plus court, facilitant l’entrée des bactéries dans la vessie.[[xiv]->#_edn14]
Eric Donfu

SOURCES

  • [i] Source INPES
    [ii] Source Celtipharm
    [iii] Source HRA Pharma, mai 2009
    "Je dis que le pouvoir multiplicateur de la population est infiniment plus grand que le pouvoir qu'a la terre de produire la subsistance de l'homme. Ecrivait en 1798, Thomas Robert Malthus, pasteur anglican né en 1766 et décédé en 1834
    [iv] Source DRESS
    [v] Source enquête INSERM/INED déjà citée
    [vi] Recensement général de la population, INSEE, 1999
    [vii] Etude BVA / INPES déjà citée
    [viii] « La pilule est-elle démodée ? » Quotifarm
    [ix] Source Codépharma 2009
     
    [x] Sondage IPSOS réalisé pour le magazine TOP SANTE , N° daté de février 2009 sortie en kiosque le 28 janvier 2009
    [xi] Lire à ce sujet «  Famille à tout prix » de Genevieve Delaisi de Parceval, Le Seuil, Paris, février 2008
    [xii]  Sondage IPSOS réalisé pour le magazine TOP SANTE déjà cité.
    [xiii] Avec près de 1,5 milliard d'euros (prix fabricant), les ventes mondiales de médicaments homéopathiques représentent 0,3% du marché mondial du médicament. Le potentiel de croissance de l'homéopathie est donc considérable. Près de 70% des ventes de médicaments homéopathiques sont réalisées en Europe Occidentale. (source, laboratoires Boiron )
    [xiv] « Le confort Génital » Quoitipharm
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Mots-clés :
Femmes Contraception