La législation sur les interruptions volontaires de grossesses est aujourd’hui sensiblement différente d’un pays à l’autre du continent européen. Et parmi les moins enthousiastes à accorder le droit aux femmes de pouvoir avorter figure l’Espagne. Comme le rappelle le quotidien Le Monde, ce n’est que depuis 2010 que les Espagnoles peuvent avoir librement recours à l’IVG dans tous les cas (et jusqu’à 14 semaines de grossesse). Et cet "acquis" concédé par l’ancien premier Ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero est aujourd’hui remis en cause par l’actuel locataire du Palacio de Moncloa, le conservateur Mariano Rajoy. Ce dernier s’attaque notamment aux IVG pratiquées en cas de malformation du fœtus. Son ministre de la Justice, Alberto Ruiz Gallardon, s’est justifié dans les colonnes du quotidien espagnol La Razón : « Je ne comprend pas que l’on ne protège pas l’enfant conçu, que l’on permette l’avortement parce qu’il souffre d’un handicap ou d’une malformation ».
Le plus étonnant est de voir le premier Ministre remettre en question non pas une des réformes décidées en 2010 mais un des tous premiers textes fondateurs de la loi sur l’avortement en Espagne, adoptée en 1985, et qui ne prévoyait alors l’IVG qu’en cas de viol, de danger pour la mère ou de malformation du fœtus. Les réactions n’ont pas tardé à fuser. Assez violemment. Dans ce pays fortement catholique, les milieux pro-vie et une partie des gynécologues n’ont pas tardé à manifester leurs soutiens au projet du gouvernement. En face, les réactions hostiles n’ont pas non plus manqué de jaillir.
Les partis de gauche et les responsables d’associations de droits des femmes voient le projet d’Alberto Ruiz Gallardon comme une menace envers la condition féminine. Yolanda Besteiro, présidente de la Fédération des femmes progressistes, a ainsi déclaré au quotidien El Pais qu’avec un tel retour en arrière « les Espagnoles vont revenir aux avortements clandestins ou touristiques, comme il y a 30 ans ». Dans le cas où Madrid irait au bout de son projet, l’Espagne rejoindrait l’Irlande et Malte, les seuls pays européens qui interdisent encore l’avortement pour malformation du fœtus. En analysant bien la situation, on se demande cependant si cette curieuse pétarade de Mariano Rajoy n’a pas été lancée dans le but de faire diversion alors que l’Espagne toute entière connaît un naufrage économique sans précédent. S’agirait-il de provoquer un débat houleux sur l’avortement pour que la colère des Espagnols change de nature ?