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Contraception : Quels efforts restent à faire ?
Contraception : Quels efforts restent à faire ?
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7 juillet 2009 | 1 commentaires
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Eric Donfu, 6 articles (Sociologue)

Eric Donfu

Sociologue
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Contraception : Quels efforts restent à faire ?

Contraception : Quels efforts restent à faire ?

Comme nous l’avons vu précédemment, les moyens de contraception malgré leur efficacité croissante, présentent des limites dans leur usage. Quels sont les voies d’amélioration afin de permettre aux femmes d’optimiser les divers moyens contraceptifs qui sont à leur disposition aujourd’hui.

Suite de l’article : A quoi sont dus les échecs de la contraception aujourd’hui ?

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Contraception : Quels efforts restent à faire ?

6- Les relais et les prescripteurs ont un rôle clé

Poursuivre l’information

28 % des femmes ayant recours, en 2004, à l’IVG n’étaient pas sous contraception. Mais plus de la moitié utilisaient des contraceptifs théoriquement efficaces (contraception orale : 23,1 % ; préservatif : 19,3 %, stérilet : 7 %). [i]
 
Ces chiffres amènent à réfléchir sur les causes de ces échecs : oubli de prise de la « pilule », information insuffisante, ignorance du principe de la contraception d’urgence et de ses modalités d’accès. Un énorme travail d’éducation reste à faire. Il faut par exemple nuancer le mythe du 14e jour [ii], car nous savons qu’il n’existe pas de période sans risque à 100% dans un cycle « C’était la méthode des températures, les méthodes Ogino qui ont fait croire qu’en prenant des précautions trois jours avant, trois jours après, ça suffisait. Bien évidemment le spermatozoïde vit plus de 3 jours dans une glaire cervicale, et l’ovule aussi peut être plus précocement pondu, ou plus tardivement pondu, donc il ne faut jamais compter sur une date fixe » explique le Dr Marie-Noëlle Laveissière, gynécologue.

Défendre la gynécologie médicale, à coté de la gynécologie obstétrique

La gynécologie-obstétrique est une spécialité particulièrement complexe et riche de la médecine, qu’il ne faut pas opposer à la gynécologie médicale. La « médicalisation » de la contraception a accompagné le développement de la démographie médicale. En 1960, on comptait un médecin pour 1000 habitants, en 1980, un pour 400 et en 2000 un pour 332 habitants.
 
Parmi ces médecins, il faut distinguer les généralistes, dont le rôle est à souligner, et les spécialistes, tels que les gynécologues. Si la France compte un médecin généraliste pour 680 habitants, elle compte un gynécologue pour 3700 femmes âgées de plus de 15 ans.[iii] Mais, selon le Comité de Défense de la Gynécologie Médicale[iv], qui dit avoir obtenu en 2003 le rétablissement de la spécialité de Gynécologie Médicale, en 2010, il ne resterait que 1000 gynécos pour 30 millions de femmes en âge de consulter, 600 gynécos en 2015, 180 en 2020.

Sans oublier les généralistes et les pharmaciens, plateforme de santé

Face à la baisse attendue des effectifs médicaux, une coopération médecins généralistes / infirmières peut contribuer à un meilleur suivi des patients. D’ailleurs, dans le cadre de la nouvelle loi Hôpital patients santé territoire, les infirmières et les pharmaciens seront désormais autorisés à renouveler, pour une durée maximale de six mois, les prescriptions de contraceptifs oraux. Cela permettra aux femmes qui n’ont pas pris à temps un rendez-vous chez le médecin de poursuivre leur contraception jusqu’à leur prochaine visite médicale.
 
Enfin, une expérimentation permettant d’autoriser les pharmaciens à délivrer la pilule pour trois mois en primo-prescription sera menée dans une région connaissant un taux important d’IVG.[v]

Et de meilleurs remboursements

Selon une étude menée auprès de 50 000 étudiants[vi], le moyen de contraception le plus déclaré par les garçons est le préservatif masculin (64 %) et 15 % des garçons ne connaissent pas le mode de contraception de leur partenaire.
Un tiers des étudiantes (38 %) n’a pas consulté de gynécologue au cours des douze derniers mois ; même si 43 % d’entre elles prennent la pilule.
 
Dans ce contexte notamment, le prescripteur doit pouvoir disposer du plus large choix possible d’oestroprogestatifs contraceptifs remboursables, afin de tenir compte de la tolérance individuelle de la femme à telle ou telle pilule.

7- La recherche médicale a également son mot à dire

Hier, les pilules se différenciaient par la dose d’éthinylestradiol, la nature du progestratif et le schéma de prise. Aujourd’hui, une nouvelle classe de pilule apparaît : la pilule à l’estrogène dit « naturel ». Cette pilule délivre de l’estradiol identique à celui naturellement produit par l’organisme de la femme, et le combine à un progestatif. [vii]
 
Alors, avec la révolution du stérilet hormonal, et après plus de 40 ans d’existence, peut-il exister une nouvelle ère pour la pilule ?

8- Conclusion

« Bien dans sa tête, bien dans sa peau, bien avec les autres ». Cette définition d’un équilibre entre un bien-être psychique, physique et social, est l’expression même de la santé selon l’OMS. Et cette définition correspond parfaitement au sujet de la contraception, et de la contraception féminine en particulier. Toutes les femmes, d’Afrique, d’Inde, de Paris comme d’un petit village perdu de Bretagne ou de Corrèze, ont désormais l’immense privilège du choix de leur contraception, au cœur d’une liberté conquise par les femmes elles-mêmes au cours du 20e siècle.
 
Il est possible de prescrire à chaque femme la pilule qui lui convient le mieux. Ainsi, plus de 20% des Françaises en âge de procréer recourent à une pilule exclusivement progestative au motif qu’elles présentent des contre-indications aux oestrogènes. [viii]
 
Dès lors, et au-delà de la question médicale, différents facteurs entrent en jeu dans le choix des femmes : leur culture, leur âge, leur mode de vie. Car les progrès de la recherche médicale leur permet de choisir leur pilule, mais aussi d’autres contraceptifs moins connus comme l’anneau vaginal, le patch contraceptif, le stérilet hormonal, et l’implant et ainsi de satisfaire toutes leurs attentes, sans aller jusqu’à une ligature des trompes, une stérilisation qui est cependant légalement encadrée depuis 2001.
 
Face à cette offre, et à l’élargissement nécessaire du remboursement des contraceptifs oraux par la sécurité sociale, quel sera le choix des femmes demain ?
 
A l’évidence, la pilule que l’on pensait à bout de souffle, plus de 40 ans après la loi Neuvirth,le 28 décembre 1967- même si sa vente libre n’a vraiment commencé que dans les années 70 - a de belles ressources pour continuer à séduire les nouvelles générations.
 
Nous sommes en effet dans une période de renouvellement des générations importante. Les jeunes filles d’aujourd’hui, qui ont de 13 à 20 ans, sont les filles de la génération des années 60 et 70, c’est-à-dire des quadras, enfants des babyboomers. Cette génération de parents se caractérise par un retour aux normes – sans les contraintes, certes - en rupture relative avec leurs parents sexagénaires. Alors que l’on aurait pu penser que leurs enfants remettraient en cause des combats féministes qui n’ont pas été les leurs, ils les ont repris à leur compte, en continuant et même en amplifiant la prise de la pilule.
 
Et ce que nous dit la nouvelle génération va plus loin encore. Non seulement la pilule est connue et reconnue, mais les pratiques sexuelles évoluent, et de façon précoce.
 
Les métamorphoses de la famille placent désormais l’enfant à la base du foyer, en lieu et place du couple. La remontée régulière du taux de naissances enregistrées en France (2,1 de taux de fécondité en 2008) [ix] place notre pays en tête d’Europe. Certaines démonstrations « d’hypermaternité », comme l’allaitement systématique et la multiplication des congés parentaux, mais aussi l’enfant à tout prix et à tout âge grâce à la procréation médicale, indiquent bien aussi que la fertilité est un sujet important.
 
Enfin, comme en témoignent les enquêtes d’opinion, la préoccupation liée à l’environnement et à la santé touchent la question de la fertilité. [x]
 
Eric Donfu

SOURCES

  • [i] Source Ministère de la Santé, 2008
    [ii] Dr Marie-Noëlle Laveissière, gynécologue, citée par le site Doctissimo
    [iii] INED Patient ou acteur d’une reproduction médicalisée ? Élise de La Rochebrochard, Henri Leridon
    [iv] Le Comité de défense de la gynécologie médicale a été créé à Albi en 1997, à l'initiative de femmes et de gynécologues médicaux
    [v] Source Ministère de la Santé, 2009
    [vi] Par l’IFOP La LMDE et son Observatoire de la Santé EPSE. Santé et accès aux soins, études, loisirs, sexualité, tabac... les questions posées visaient à mieux appréhender les thèmes qui touchent les étudiants et qui les concernent particulièrement. Cette enquête de la LMDE a permis d’avoir un aperçu général de la façon dont les jeunes gens (filles et garçons) gèrent leur sexualité : suivi gynécologique, premiers rapports, contraception, recours à la pilule du lendemain, à l’IVG…
    [vii] Source Qlaira, Laboratoires Bayer Schering Pharma
    [viii] Source Interview Dr Christian Jamin, 15 avril 2008, Destination Santé
    [ix] Le taux de fécondité (aussi appelé Indice synthétique de fécondité) est le nombre moyen d'enfants qu'ont les femmes de ce pays au cours de leur vie, entre 15 et 50 ans. Pour l'ensemble de la période 1960-2006, on enregistre une moyenne annuelle de 2,1. C'est en 1964 qu'on enregistre le plus haut niveau (2,9) et c'est en 1994 qu'on enregistre le plus bas niveau (1,6). Le changement enregistré entre la première et la dernière année est 27%.
    [x] Sondage IPSOS réalisé pour le magazine TOP SANTE déjà cité
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Mots-clés :
Femmes Contraception
Commentaires
1 vote
par Geraldine (IP:xxx.xx4.194.138) le 10 juillet 2009 a 17H07
Geraldine (Visiteur)

Félicitations @ l’auteur pour cette trilogie logique et de haut vol