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Maltraitance de l’enfant : Chut, c’est un secret
Maltraitance de l'enfant : Chut, c'est un secret
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13 février 2012 | 15 commentaires
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Lottie, 7 articles (Rédacteur)

Lottie

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Maltraitance de l’enfant : Chut, c’est un secret

Maltraitance de l'enfant : Chut, c'est un secret

La maltraitance de l’enfant et la manipulation psychologique par la peur. Grandir dans la terreur.

C'était l'époque ou je rentrais à la "grande école", le CP. C'était aussi l'époque ou ma mère fut obligée de retravailler et donc dans l'obligation de me mettre en garde. J'avais 6 ans.

Elle avait trouvé une nounou, avec une jolie maison en pierres meulières, un petit jardin, et une salle de jeu remplis de jouets. A mi chemin entre chez nous et l'école, bref toutes les conditions idéales et rassurantes.

On avait été la voir quelques jours avant la rentrée pour l'organisation. La dame, nous l'appellerons Madame H, était enseignante à la retraite et semblait gentille. J'avais hâte de venir jouer dans sa maison.

Pendant notre discussion pour finir les dernières mise au points, il y avait un garçon d'environ 16 ans qui était venu se joindre à nous, nous l'appellerons P. Il m'a regardé, et du haut de mes 6 ans, même si je savais que je ne serais pas la seule enfant, je le voyais déjà comme un compagnon de jeu.

Le jour de la rentrée est arrivé, le matin j'arrive chez Madame H qui va nous accompagner à l'école. Je joue avec les autres enfants une petite demie heure, juste avant de partir pour l'école. Madame H nous conduit à l'école, discute avec nous, elle nous laisse courir devant, elle nous dit ce qu'on mangera le midi. Je l'aime bien.

11h30, première matinée de ma première journée d'école chez les grands, ça c'est super bien passé, je me suis faite plein de copains et copines, je suis heureuse de ma première matinée. P est la, il déjeune avec nous, il s'installe face à moi. Tout à coup une douleur me transperce le tibia, je mets quelques secondes à comprendre : c'est P qui me mets des coup de pieds sous la table. Je sursaute à chaque coup, je finis par entourer mes jambes autour des pattes de la chaise pour me protéger, son regard me fait comprendre que je ne dois rien laisser paraître... On repart directement pour l'école, le regard glaçant de P ne me quitte pas, j'y pense toute l'après-midi. Ce soir je suis toute seule chez Madame H, les autres enfants ont été récupérés par leurs parents à la sortie de l'école.

Je ne comprends pas pourquoi, mais j'ai mal au ventre, mon coeur bat très vite, je repense à ce midi... Je joue seule dans la salle de jeu. P arrive, mon sang se glace. Il m'attrape par le cou me soulève, me plaque au mur, il me lâche, me mets la main sur la bouche et me dit "Si tu racontes ce qui se passe, personne ne te croiras, tes parents iront en prison et toi tu seras seule dans un foyer car on pensera que ce sont eux les responsables, si tu parles, je te tue, ne dit rien, c'est un secret entre toi et moi". Il conclut en me mettant un coup de poing dans le bras. Là les larmes montent, j'ai peur, j'ai mal... Il me soulève de nouveau et me fait décoller du sol et me chuchote en levant son poing "Ne pleurs pas, si on voit que tu as pleuré on va te poser des questions" J'ai alors du ravaler mes larmes, ma peur ma douleur.

Il est resté accroupi à coté de moi, il m'a caressé la joue et a dit qu'on se reverrait souvent tout les 2. Et toutes les fois où je me suis retrouvée seule, tous les soir, et les journées entières de vacances ou j'étais presque tout le temps seule chez Madame H, P venait. Il se défoulait, coup de poings, coup de pieds, toujours à l'abri des regards porte fermée, Madame H pensait qu'on jouait... J'ai appris à ravaler ma peur, mes larmes à 6 ans, j'ai gardé ce réflexe depuis. Cinq année ont passé dans cet enfer où tous les jours je prenais des coups, où il fallait trouver des excuses bidons aux marques et aux bleus. "je suis tombée, j'ai pris le ballon de basket, je me suis cognée dans la table...." c'est marrant comme tout passait comme une lettre à la poste.

Quand j'avais 8 ans, P m'a montré des magazines bizarres avec des gens tout nu, dans des positions bizarres. Il m'a dit qu'il avait la même chose, il m'a demandé si je voulais voir... j'ai pas eu le choix. Il m'a fait toucher... Il m'a dit aussi que j'était comme la dame, il a touché aussi....

Tout ce calvaire a duré jusqu'a mon entrée en 6ème soit 5 ans, quand Madame P à déménagé dans le Sud. Là j'ai tout raconté à mes parents (sauf les attouchements), mais j'avais si peur que je les ai supplié de ne rien faire et de la laisser partir sans rien lui dire.

J'ai 33 ans aujourd'hui, et je vis encore avec ce douloureux passé, tous les jours. Malgré mes efforts pour tourner la page, les souvenirs me rattrapent. Alors si j'ai bien un message à faire passer : Ne jamais se taire !



 

Brisons les silences, délaissons nos armures, pour calmer nos souffrances au fur et à mesure. Maybe the world is blind or just a little unkind...
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Commentaires
1 vote
par Tichote (IP:xxx.xx8.224.178) le 13 février 2012 a 16H41
Tichote, 28 articles (Rédacteur)

Bonjour Lottie, Je veux saluer votre courage. Parler, dire que tout cela ça existe, c’est important avant d’ajouter "plus jamais cela !" La petite fille a grandi mais les drames vécus dans l’enfance sont inscrits à l’encre indélébile de la souffrance cachée. Difficile de comprendre l’adulte qui ne s’aperçoit de rien, impossible aussi de lui en vouloir face à son propre mutisme. La brute qui vous a agressé a fait peser sur vous le poids si lourd de la culpabilité : Si tu parles, gare aux conséquence pour toi, pour les tiens.. Que penser de ce jeune garçon "P", de l’homme qu’il est devenu...Que penser d’un tel crime resté impuni ? je vous envoie ma tendresse de maman, jeune Lotie et je vous souhaite une vie heureuse loin des cauchemars du passé

2 votes
par Lottie (IP:xxx.xx8.112.86) le 13 février 2012 a 17H51
Lottie, 7 articles (Rédacteur)

Merci à tous pour vos réponses, je suis très touchée que mon témoignage est été entendue et compris. Comme vous le dites si bien, la souffrance des traumatismes restent invisibles et difficile de se faire sa place d’adulte quand on a eu un enfance bafoué et brisé durant 6 longues années, à l’age charnière on l’on se construit.

Souvent pas très bien compris car personne ne peut deviner ce qui c’est passé, beaucoup de gens restes indécis devant mon extrême méfiance et ma peur de l’autre.

Porter plainte j’ai voulu, il y a quelques années, bataille perdue m’a t-on répondu (trop de temps écoulé, pas de preuves...) en gros ma parole contre la sienne.

Je ne pourrais jamais oublié, ce que j’essaye de faire, c’est de mettre tout cela derrière moi et surtout de tenter comme je peux, que aucuns enfants autour de moi ne vive ce que j’ai vécu.

Pour ma part le dommage collatéraux sont encore bien présent, mais ma meilleur revanche c’est de surmonter mes peurs quotidiennes et d’arriver enfin à comprendre que même si en effet on est pas au pays des bisounourses il existe des personnes qui ne cherche pas à faire du mal aux autres. Et heureusement mes amis m’ont tendu leurs bras et me prennent comme je suis. L’entourage est important, c’est un garde fou et ce sont eux aussi qui m’ont aidé à ne pas me braquer contre l’être humain.

Meci encore à vous pour vos mots si gentils.

1 vote
par Mirabo (IP:xxx.xx6.66.121) le 13 février 2012 a 16H56
Mirabo (Visiteur)

N’hésitez pas, portez plainte !!

1 vote
par blédine (IP:xxx.xx8.67.133) le 13 février 2012 a 17H00
blédine (Visiteur)

@ Lottie Vous écrivez : je cite "Brisons les silences, délaissons nos armures, pour calmer nos souffrances au fur et à mesure."

Comme vous avez raison, il faudrait briser le silence et délaisser les armures mais est-ce toujours possible ?

Dans combien de famille, l’individu qui veut briser le silence est encore plus mal traité par les autres membres de cette même famille que si il s’était tu !Les raisons sont diverses et multiples mais si cette maltraitance perdure génération après génération, c’est que la société n’est pas du coté des plus faibles et des plus fragiles. Les enfants le ressentent fort bien. A l’ âge adulte, le mal est fait, certains en ont conscience et essaie de s’en sortir mais souvent à condition que la famille ne soit pas mise en cause.

0 vote
par Isa (IP:xxx.xx6.112.95) le 16 février 2012 a 00H44
Isa (Visiteur)

Bonsoir Lottie,

J’ai ressenti beaucoup de tristesse et de colère en lisant votre témoignage. Je n’ai pas vécu la même chose ; bien que je n’en sois pas passée loin... Mais je sais que dans la même situation, j’aurais réagi exactement comme vous.

Vous avez raison, il ne faut jamais se taire. Mais pour qu’un enfant puisse parler, il faut lui en donner les moyens. C’est le message que j’aimerais ajouter au votre. Pour que de telles situations ne se reproduisent plus, il faudrait que les enfants sachent qu’ils peuvent et qu’ils doivent en parler. (quand c’est possible car malheureusement, ce n’est pas toujours le cas) C’est ce que j’essaye de faire avec mon fils, qui vient d’avoir 7 ans. Ce soir, je lui ai raconté votre histoire, à quelques détails près. Je veux qu’il sache que ça existe mais surtout qu’il sache que, quoi que racontent les personnes comme P., il ne faut pas le croire. Et bien sûr, qu’il faut tout me dire pour que j’aille m’occuper de son cas, à ce monsieur P. ! Ce n’est pas la première fois que je lui en parlais mais aujourd’hui, c’est vous qui m’avez aidé à le faire. Et je vous en remercie.

Continuez à vous battre, ne le laissez pas gagner ! C’est lui le méchant dans l’histoire, c’est lui qui devrait souffrir, pas vous. Un côté positif, c’est que les P., vous saurez les repérer, j’en suis certaine.

1 vote
par paconform (IP:xxx.xx1.182.29) le 13 février 2012 a 22H14
paconform (Visiteur)

Bonsoir ,

Lottie, les larmes viennent aux yeux en pensant à tous les enfants violentés, depuis la simple maltraitance institutionnelle, éducative, jusqu’aux crimes de toutes natures. Deux enfants meurent CHAQUE JOUR sous les coups d’adultes, généralement parents ou beaux-parents.

Voyez si un moyen de transcender votre souffrance ne serait pas de vous engager, par exemple auprès d’une association, pour fustiger la négligence, j’allais dire l’indifférence du Pouvoir et des adultes en général et contribuer à ce que ces crimes ne soient plus tabous. Il faut aussi montrer l’origine des maltraitances pour obliger à s’attaquer aux causes. Dans votre cas, c’est bien parce que vos parents n’ont plus assuré leur surveillance eux-mêmes que le malheur vous a frappée. Le rôle de parent ne se délègue pas. J’ose le dire. L’organisation sociale doit se faire autour de ce principe.

Vous avez bien fait de faire ce post. Continuez je vous prie. Merci pour eux.

0 vote
par Lottie (IP:xxx.xx8.112.86) le 16 février 2012 a 19H27
Lottie, 7 articles (Rédacteur)

Oui, j’ai déjà essayer d’intégrer en tant que bénévole une association, ou un foyer ou l’on s’occupait des enfant séparés de leurs familles, mais j’ai eu beaucoup de mal, c’était très dur émotionnellement, j’ai donc du abandonné. Après il n’est pas dit que je ne retenterais pas que je me sentirais plus utile.

Merci pour votre message en tout cas :-)

1 vote
par jennifer (IP:xxx.xx7.50.22) le 14 février 2012 a 10H58
jennifer (Visiteur)

Je lis ton blog depuis longtemps. tu y évoques de temps en temps ton passé sans le détailler. maintenant je comprends pourquoi c’est si douloureux pour toi d’en parler. je salue ton courage pour tout ce que tu accomplis dans la vie. le trois quart des gens sur cette planète ne serait pas capable d’en faire autant. à bientôt sur ton blog que je prends toujours autant de "plaisir" à lire.

0 vote
par Lottie (IP:xxx.xx4.4.155) le 14 février 2012 a 13H06
Lottie, 7 articles (Rédacteur)

Merci beaucoup. je ne pense pas être la seule et beaucoup affronté pire que moi, mais j’essaye de.rester positif le plus possible. Merci beaucoup à toi en tout cas.

0 vote
par Lottie (IP:xxx.xx8.112.86) le 16 février 2012 a 19H29
Lottie, 7 articles (Rédacteur)

Merci beaucoup Jennifer :-) Tu sais la vie apporte des épreuves très durs, mais aussi de belles choses, il faut savoir ne pas les oublier pour justement garder la tête hors de l’eau dans les moments plus durs ;-)

2 votes
(IP:xxx.xx7.242.66) le 14 février 2012 a 12H27
 (Visiteur)

Salut,

C’etait qui exactement ce type (P.) ? 5 ans chez ta nounou ? S’il avait 16 ans au debut, il devait encore venir a 21 ans. Qu’-est-ce qu’il pouvait bien foutre chez ta nounou ce gars ? A 21 ans, je n’allais pas bouffer chez une garde d’enfant. Comprends pas trop la situation.

Ceci-dit, c’est degueulasse. Si ca m’etait arrive, je lui ferais bouffer ses couilles meme maintenant, literalement (t’as 33 ans, il doit en avoir 43, encore capable de se reproduire).

0 vote
par Lottie (IP:xxx.xx4.4.156) le 14 février 2012 a 13H03
Lottie, 7 articles (Rédacteur)

La reponse est simple : c’etais son fils....voilà pourquoi il était la....Ensuite, je ne pense que la haine changera grand chose bien aau contraire.

0 vote
par Cassidy Sheeran (IP:xxx.xx5.237.31) le 10 mars 2012 a 20H32
Cassidy Sheeran, 1 article (Rédacteur)

Bonsoir, Votre témoignage est bouleversant et si réel à la fois... C’est si difficile d’être un enfant terrorisé qui a peur que ses parents ne l’aiment plus, ne le croient pas, le rejette. Alors quel autre choix apparent que de se taire ? Sur le coup : aucun ! Mais avec l’âge, les séquelles sont si profondément ancrées en vous qu’elles conditionnent toute votre vie, bien malgré vous. C’est un cauchemar de se reconstruire et simplement de vivre normalement après ça, sans se demander chaque jour si on ne va pas être à nouveau blessé. Et quand l’agresseur est un membre de sa propre famille, la c’est bienvenu en enfer !

Ca me choque d’autant plus lorsque des plaintes sont déposées à tort, nuisant ainsi à la crédibilité des vraies victimes, que par force, les gens ne croient plus.

Merci pour cet article.

0 vote
par Lottie (IP:xxx.xx7.204.171) le 10 mars 2012 a 20H46
Lottie, 7 articles (Rédacteur)

Bonsoir, en effet se reconstruire ou simplement construire sa vie d’enfant, d’ado en devenir et de futur adulte est un vrai combat, car la peur du monde exterieur, des gens, le manque d’assurance sont tellement fort qu’ils prennent beaucoup de place.

Il faut alors "faire avec" ces souvenirs passé, pourtant encore bien présente, ces craintes et se prouver à sois même que malgrè tout on peut devenir quelqu’un d’autre qu’une enfant apeuré et que tous les gens se sont pas personnes à craindre, apprendre à ne pas ne méfier à outrance, à maitriser la peur des souvenir qui revient sans crier garde....

Se convaincre que on n’est plus cette petite fille, mais une adulte qui doit apprendre à se défendre et accepter les mains tendues sans craintes.

Merci pour votre réaction !

0 vote
(IP:xxx.xx3.166.48) le 5 avril 2012 a 21H35
 (Visiteur)

Connaissez vous les travaux d’Alice Miller (maintenant décédée) sur les enfants maltraités ?

http://www.alice-miller.com