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L’éveil sexuel de l’enfant, un moment crucial
L'éveil sexuel de l'enfant, un moment crucial
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13 janvier 2016
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Ellen Weigand, 6 articles (Rédacteur)

Ellen Weigand

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L’éveil sexuel de l’enfant, un moment crucial

L'éveil sexuel de l'enfant, un moment crucial

La sexualité des petits enfants est souvent taboue pour les parents. Voir son bébé explorer ses zones génitales, puis devoir répondre aux premières questions du jeune enfant, sont fréquemment des moments de grande solitude, de gêne ou d’embarras. Conseils d’une spécialiste pour y répondre au mieux et ainsi permettre à l’enfant de se développer positivement, puis d’avoir une vie intime épanouie à l’âge adulte.

 

"Il est essentiel pour le développement que l’enfant puisse bien vivre la découverte, l’exploration de son corps et de la sexualité, sans avoir l’impression de faire quelque chose de mal, d’interdit, et qui déplaît à ses parents", souligne Sophia Lessard, sexologue, conférencière, formatrice et auteure de livres sur l’éveil sexuel des enfants au Québec, dont "J'explore". Et l'auteur d'ajouter que, même lorsque l’adulte préfère ne pas réagir, et qu'il est gêné, l’enfant ressentira ce malaise à travers son langage non verbal, corporel et ses regards.

Ses conseils pour répondre au mieux, et dans l'intérêt de l'enfant.


Quand l'éveil sexuel débute-t-il chez l'enfant ?

L’éveil sexuel commence dès la naissance, voire même avant. La sexualité de l’enfant est en développement et ne saurait être assimilée à celle de l’adulte, car elle répond à d'autres besoins. C'est avant tout un jeu, une découverte et une expérimentation de son propre corps et de ses réactions. Le petit enfant explore ses zones génitales tout comme il touche et découvre son nez, ses pieds ou sa bouche.

C'est plus tard que cet éveil à la fois affectif, sensuel et sensoriel va amener l’enfant, avide de nouvelles expériences et de connaissances, à apprendre aussi de nouveaux mots (pénis, vulve, intimité, amoureux, etc.) et concepts.


A quel moment évoquer l’éveil sexuel avec l’enfant ?

La communication autour de la sexualité débute également à la naissance. Tout d’abord elle est non verbale, à travers l’interaction entre l’enfant et ses parents : l’allaitement, le bain, les caresses, la voix apaisante de sa mère, etc. Ces moments de bien-être très intenses peuvent déjà déclencher la lubrification vaginale chez la petite fille et l’érection chez le petit garçon — des réactions naturelles, involontaires et non contrôlées..

Néanmoins, certains parents peuvent être mal à l'aise face à ses manifestations et se sentir coupables. Ainsi, une étude a montré qu’on consacrait beaucoup moins de temps à changer les couches d’un bébé garçon que celles d’une fillette. Raison : le petit garçon a des réactions visibles (des érections), si bien que certains adultes, gênés, se limitent à effectuer les gestes essentiels, sans autres marques d’affection.

Besoin de contacts pour vivre

Pourtant, l’enfant a besoin de ces contacts, de tendresse, de massages qui n'ont pas d'intention abusive. C'est non seulement un accueil bienveillant de l’enfant au début de sa vie, mais aussi la façon dont on va lui donner le goût de vivre. Laissé à l’abandon, sans affection, il risque de s’éveiller plus lentement à son entourage, voire de subir des carences qui le portent à se laisser mourir.


Quel langage utiliser pour parler de sexualité ?

Vers deux ans, l’enfant commence à poser des questions, essentiellement pour connaître les noms des choses : « C’est quoi ça ? » Le langage qu’on utilise a alors toute son importance, et il faut nommer les choses par leur vrai nom, être concret, la capacité d'abstraction de l'enfant étant réduite encore.

Ainsi, tout comme un nez est un nez, un pénis est un pénis, et non pas un zizi ou une zigounette. Et une vulve est une vulve. A oublier : les choux, petites graines et autres mots fantaisistes qui courent dans certaines familles.

Si les parents sont mal à l'aise ou quand l’enfant ne pose pas de questions (ce qui n'a rien d'inquiétant par ailleurs), on peut utiliser aussi des livres d’images destinés à leur expliquer l’anatomie et la sexualité, ou des poupées sexuées, par exemple.

Langage neutre

Essentiel aussi, pour la future vie sexuelle de l’enfant et l’image qu'il aura de son propre corps et de ceux des autres : employer un langage neutre, n'assimilant pas la sexualité et les zones intimes du corps à quelque chose de négatif, de sale, de honteux.

Inutile toutefois de donner un cours d’anatomie. Au maximum quatre phrases faites de mots simples suffisent pour une question qu'il aborde pour la première fois. C'est la vérité qui les concerne qu'il faut transmettre à l'enfant.

Pour exemple, l’histoire de cette petite fille qui vient vers sa mère en pointant son clitoris et demande : « C’est un bouton, ça ? ». Elle sera satisfaite qu'on lui réponde : « Non, c’est ton clitoris » la satisfera. Et la fillette reviendra un jour d’elle-même pour s’assurer d’avoir bien compris, et pour développer ce sujet.


Au rythme de l'enfant

Il en va de même lorsque, entre 4 et 6 ans, vient la période des « Pourquoi ? » et des « Comment ? » Dire les choses comme elles sont est essentiel. Et au lieu de répondre de suite, il est recommandé de demander d’abord à l’enfant ce que lui en pense. Ainsi, on peut se faire une idée sur son niveau de connaissances, afin d’y adapter ses propos.

C’est lorsque l’enfant revient à la charge qu’on pourra aller plus loin, toujours à son rythme, au gré de ses expériences. Par exemple, le jour où le petit garçon, alors qu’il a déjà eu de nombreuses érections auparavant, s’aperçoit consciemment de cette réaction de son corps, il pourrait s’en effrayer, craignant qu'il "va rester comme ça ?"

Dès lors, c'est l’occasion de lui expliquer que cela s’appelle une érection et que son pénis monte pour ensuite redescendre.


Est-ce normal que mon enfant se masturbe ? Comment réagir ?

La sexualité infantile s’éveille au gré du vécu, des circonstances, sans préméditation. C’est involontairement, en touchant ses zones génitales, qu’il va remarquer que toucher ces endroits est plaisant.

En général cette découverte a l'eu entre 2 et 3 ans. Certaines études ont fait état d'un tiers des enfants entre 3 et 8 ans pratiquant l’autostimulation.

Découverte fortuite

Au départ, l'enfant ne recherche pas ce plaisir comme l’adulte, mais le découvre. Puis, se rendant progressivement compte que cela lui donne des sensations particulières, agréable, il répètra ces gestes pour mieux comprendre ce qui se passe dans son corps. D’où des comportements compulsifs, un peu comme lorsque l’enfant joue avec un nouveau jouet, et qui n'a rien d'inquiétant.

Sans honte ni culpabilité

La masturbation est une pratique naturelle qui dure toute la vie. L’enfant doit pouvoir s’y adonner sans honte ou culpabilité. Cela afin d'apprendre le fonctionnement de son corps, et d'avoir une vie sexuelle satisfaisante à l'âge adulte, tant grâce à cette connaissance de lui-même, que grâce à l'absence de toute honte face à la sexualité.

Lorqu'il se caresse devant vous, ne lui dites en aucun cas quelque chose de culpabilisant ni lui faites peur en disant : « Arrête ou ton zizi va tomber ! » ou « Arrête et va te laver les mains ! » ou « Va faire ça dans ta chambre ! ». Ces phrases risquent en effet de faire assimiler à l’enfant la sexualité et sa zone génitale à quelque chose de sale ou de honteux, et qu’on ne peut toucher qu’en cachette. 

Faire diversion à chaque fois qu'il se caresse en lui proposant une autre activité est un message tout aussi négatif, l'incitant à se cacher tout en le culpabilisant.

Apprendre l’intimité

Or, c'est le moment de lui apprendre la notion d'intimité en expliquant que cela ne signifie pas qu'il doive se cacher. Par exemple en expliquant que l’intimité, c’est de s’isoler dans un endroit comme sa chambre, où il est seul et tranquille, sans être dérangé pour faire ce qu’il aime : dessiner, bricoler, regarder des livres, etc. Ce qui permet de lui apprendre des règles de sécurité, au-delà du bien et du mal, et sans peur.

Pour les parents, c'est aussi une sécurité et un moyen de prévention des abus sexuels : personne ne pourra voir l'enfant explorer son intimité, mal interpréter ses gestes voire être tenté de l’initier à d’autres pratiques ».

Quand s’inquiéter ?

La masturbation peut néanmoins être le signe d’un trouble en lien avec un événement particulier. Par exemple, si l’enfant a vu des images pornographiques, s’il a assisté à un rapport sexuel entre adultes, ou encore s’il a été involontairement initié à des comportements sexuels inappropriés par d’autres enfants, plus âgés. 

C'est lorsque l'enfant pratique la masturbation de façon compulsive, au point de se faire mal, d’irriter ses parties génitales et de délaisser ses autres centres d’intérêt qu'il faut consulter un spécialiste. Car il peut alors s'agir d'un troublé lié à un évènement telle la vue d'images pornographiques ou d'un rapport sexuel entre adultes, ou d'un abus par des enfants plus âgés, ayant initié l'enfant à ces comportements sexuels malgré lui.


Tous les enfants sont-ils voyeurs et exhibitionnistes ?

A un moment donné, l’enfant commence à détailler ses parents, frères et soeurs, etc. du regard, à étudier leur anatomie sexuelle dans les moindres détails. Un passage normal permettant de comparer son corps à celui des autres, de constater les différences et de prendre conscience de l’existence des deux sexes.

Si la question de la nudité des parents devant les enfants est controversée, Sophia Lessard estime qu’à trop vouloir se cacher, on excite davantage leur curiosité qui peut alors devenir malsaine. Et cela lui donne à croire que le corps nu est quelque chose de honteux. à cacher. Mais si le parent se sent gêné par ses regards insistants, mieux vaut arrêter de se montrer, ou de prendre son bain avec lui. Dès lors, on peut justement lui rappeler la notion d'intimité et expliquer que les parents aussi ont la leur, et en ont besoin.

S’exhiber pour se reconnaître

L’exhibitionnisme de l’enfant est également un passage normal, nécessaire pour développer son identité de genre. Montrer son corps nu, de manière naïve, innocente, lui permet progressivement d’apprendre les règles en matière de nudité en vigueur dans la société.Si on le laisse ainsi faire ses expériences, il poura franchir l'étape suivante où il devirendra pudique. Une pudeur qu'il faudra respecter sans se moquer de lui en disant "J'ai vu des fesses !", etc. C'est aussi l'occasion de lui rappeler que son corps lui appartient.


Faut-il laisser les enfants jouer au docteur ?

Le jeu du docteur est le jeu le plus vieux du monde, auquel presque tout le monde a joué. Il s’agit d’un jeu habituel, qui peut se faire même s’il est pratiqué avec des enfants de même sexe, qui ne sert pas à assouvir un besoin, mais à apprendre à se comprendre soi-même et sa sexualité.

Ces jeux sont généralement passagers, mais fréquents pendant une période. Pour s'assurer qu'ils se déroulent en toute sécurité, il est recommandé de surveiller les enfants de loin. Et de fixer des limites et règles du jeu, en expliquant notamment à l’enfant qu’il peut y jouer uniquement avec des amis du même âge et à condition que chacun se sente libre de participer ou d’arrêter de jouer.

La "règle des trous"

Les enfants doivent savoir aussi qu'ils ne doivent rien mettre, ou qu'on ne doit rien leur mettre dans les trous du corps - le leur et celui des copains/copines : ni dans les oreilles et les narines, ni dans la bouche, le vagin ou l’anus. Ainsi, on leur apprend aussi à poser leurs propres limites et le droit de dire "non" lorsque quelque chose leur déplaît. 

 

Ellen Weigand, journaliste santé, auteure, conférencière, directrice www.masexualite.ch

POST-SCRIPTUM

  • En savoir plus :

    - « Pour l’amour des enfants... La découverte de la sexualité et ses mystères », Sophia Lessard, Ed. Sexprime.

    - « J’explore », Sophia Lessard, Stéphanie Glaveen, Ed. Sexprime, 2015.

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