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Divorce : L’Amour piégé
Divorce : L'Amour piégé
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4 avril 2011
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Tichote, 28 articles (Rédacteur)

Tichote

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Divorce : L’Amour piégé

Divorce : L'Amour piégé

Au commencement, il y a eu un couple fou d’amour : Gérard et moi. Il était le 1er homme de ma vie, je l’idéalisais tel un Dieu capable de me sortir du carcan familial et de la rigidité ambiante.

Et puis il y a eu ce petit être qui a vécu en moi un peu plus de 4 mois ; 1ère souffrance de mère lorsqu’il m’a fallu « accepter » l’inéluctable perte de ce petit garçon qu’en mon cœur je prénommais déjà Guillaume.

Un an plus tard j’abordais une nouvelle grossesse avec crainte et reconnaissance. Prête à tout le repos du monde pour qu’aucun obstacle ne vienne entraver sa vie, je parcourais langoureusement les premiers mois de grossesse, mois à risque, en m’adressant à mon bébé, en le caressant, en l’inondant de tendresse.

Le 18 mars naissait un magnifique petit Laurent de 3kg 980 qui me fit l’honneur de faire retentir sa voix dés la dernière poussée salvatrice.

L’Amour piégé

Laurent grandissait, petit bout d’homme têtu et tenace qu’aucun obstacle, qu’aucune chute ne pouvait dissuader de persévérer vers le moment merveilleux où il a lâché nos bras protecteurs pour se lancer vers « l’aventure humaine ».

Deux ans et demi plus tard, un nouveau miracle de la vie nous permettait d’accueillir Céline, adorable petite crevette toute chevelue de 3kg 200. Née par césarienne, elle avait été transportée doucement de la douceur intra utérine vers le cocon accueillant de son berceau.

Après une courte période de jalousie, Laurent prit la mesure de sa responsabilité de grand frère protecteur. Il s’endormait souvent, la tête enfouie sous ma poitrine, une main s’attachant au pied de Céline, lorsque celle-ci buvait son biberon calmement sous l’effet d’une douce berceuse chantonnée.

 Le temps ne connaît pas la pitié qui nous fait passer en quelques années d’une enfance impactée par notre vigilance, par des conseils suivis, par des idées partagées à l’adolescence tourmentée de nos grands si malléables, innocentes cibles de convoitises.

Reléguée gentiment au rang de vieille incompétente, jamais là quand il faut, trop prise par mon travail, je n’étais plus dans les confidences. C’est entre frère et sœur qu’un lien des plus forts faisait peser la balance entre le bien et le mal, entre la peine et le réconfort, entre la douleur et l’espoir.

Puis intervint le divorce : séparation sans surprise d’un couple qui se déchirait depuis des années déjà. Un leitmotiv pour Céline et Laurent « Surtout, ne pas prendre partie » !

Laurent avait envie de fuir, d’autant que pour lui, la naissance de son 1er amour lui ouvrait de nouveaux horizons. Céline se devait de rester ; d’abord parce qu’elle se sentait abandonnée par Laurent et ne lui pardonnait pas, ensuite parce qu’elle me sentait malheureuse, enfin parce qu’elle culpabilisait d’être à l’origine de cette séparation d’un père qui l’avait toujours rejetée comme source de ses propres échecs.

1ère tentative de suicide, anéantissement pour moi : que faire ? Nul ne me vient en aide sauf une amie qui me guide vers Valérie Son suivi psycho-sophrologique fera des miracles : Céline se découvre, Céline ne se rejette plus…

Rentrée scolaire 2002, Laurent part sur Nantes avec sa fiancée. Ils veulent y poursuivre leurs études respectives. Telle une mère poule prise en flagrant délit, je m’effondre. Céline ne cache pas sa colère et parle d’abandon.

Le jour de ses 20 ans en septembre 2002 sera un torrent de larmes et de lamentations que seule la perspective d’une fête avec ses copains pourra calmer.

Le temps passe et Céline s’enferme dans son mutisme. Elle n’accepte pas mon nouveau compagnon de vie, lui trouve tous les défauts possibles et imaginables qu’elle colporte à tout va, espérant l’éloigner à jamais pour retrouver enfin la prédominance dans notre relation mère-fille.  Malheureusement il est là, malheureusement il s’accroche contre vents et marées, sûr d’un amour partagé. Alors Céline s’aperçoit que moi aussi j’ai droit au bonheur, elle adhère à cette idée qui devient sienne et partage avec nous les joies de sa nouvelle famille.

Semaines, mois, années, Laurent est maintenant sur Montpellier et ne remonte que deux fois par an. Céline y passera deux séjours au cours desquels l’influence de son frère me redonnera espoir.

Toujours unis même dans l’éloignement, Laurent reste le guide, le protecteur qu’il a toujours été face à sa petite sœur qui va mal…La drogue est entrée dans sa vie, envoutante, envahissante, ravageuse.

J’ai peur, j’ai atrocement peur de cette métamorphose où mon enfant, le regard vide, traverse la vie sans but et sans espoir. Laurent la boostera autant que faire se peut, mais l’ennemi est là, insidieux, un ennemi qu’on ne connaît même pas. Céline souffre de troubles du comportement. On apprendra trop tard quel est son mal : Borderline…autodestruction, souffrances atroces, mouvance de l’euphorie au désespoir en quelques secondes….

Céline est prise en charge dans un centre psychiatrique qui la rejettera après quelques semaines. Cet ultime rejet la conduira à la mort par pendaison le 30 août 2005.

L’Amour piégé

 

 

Plus de cinq ans maintenant qu’une nouvelle étoile brille au firmament de l’amour, brisant l’atrocité de l’absence.

Hier, Laurent et moi avons beaucoup parlé de toi, Céline. Nous avons dépassé le stade des pleurs. Tu es là près de nous, et on s’adresse à toi. Songe d’un soir, tu es présente dans l’adversité.

Laurent dans la tourmente d’un divorce, Laurent dans la tourmente d’un père qui veut voir grandir son enfant…

Laurent est malheureux et t’imagine, volant à son secours, armée de ta colère. « Touche pas à mon frère, je ne supporte pas qu’il soit malheureux ! »

« Tu ne parle que de vengeance, toi sa femme ! Profitant de son absence, tu viens de vider votre maison de la quasi-totalité de ses meubles. C’est lâche, c’est mesquin, c’est petit… »

« Que cherches-tu ? A l’anéantir parce qu’il ne t’aime plus ! Pourtant il t’a fait le cadeau de la vie et votre petit Raphaël est une merveille ».

« Pense à votre enfant, pense à son éveil, pense qu’il peut, si tu le veux, jouir de l’amour de son père et de sa mère. Si tu le veux, oui, car tu détiens le pouvoir dans le contexte actuel de la jurisprudence. Et pourtant vouloir gommer un père ne sera jamais l’effacer dans l’affect de ton fils. Pitié, pense à lui avant de penser à toi et à ta vengeance…. »

Demain Laurent repartira vers le Luxembourg où il travaille. Demain déjà les 48h accordées avec son fils s’achèveront. Demain il sait déjà qu’il lui faudra attendre 15 jours pour revoir son petit et son regard embué de larmes évitera le mien.

Un jour, Maman a décidé de revenir vivre chez ses parents à 400 kms du domicile conjugal. Un papa malheureux de plus qui ne peut que se soumettre à l’hégémonie de la maman !

Spectatrice impuissante, j’assiste une fois encore à la douloureuse séparation….

POST-SCRIPTUM

  • Divorce, Le père et son enfant, l’enfant tiraillé

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