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Allaitement au sein : bénéfices et limites dentaires
Allaitement au sein : bénéfices et limites dentaires
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16 avril 2009 | 2 commentaires
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Estelle Vereeck, 26 articles (Dentiste)

Estelle Vereeck

Dentiste
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Allaitement au sein : bénéfices et limites dentaires

Allaitement au sein : bénéfices et limites dentaires

Le sujet de l’allaitement au sein avec ses bénéfices et limites pour les dents n’ayant pas fini de faire débat, il paraît utile d’y revenir pour apporter quelques précisions.

Allaitement au sein : bénéfices et limites dentaires Lorsque nous avons publié un article dont le thème était l’allaitement au sein : bénéfices et limites dentaires, sur le site des éditions Luigi Castelli, nous ne pensions pas déclencher des réactions passionnées. Certaines mamans se sont senties remises en cause par cet article qui déconseille un allaitement trop long. La réaction de l’une d’elles est publiée sur le site des éditions.

Le sujet de l’allaitement au sein avec ses bénéfices et limites n’ayant pas fini de faire débat, il paraît utile d’y revenir pour apporter quelques précisions. Il est bien entendu que l’opinion formulée ici sur l’allaitement au sein se limite à la sphère dentaire, du point de vue de la croissance des mâchoires et son moteur la maturation de la langue.

Qu’est-ce qu’un allaitement long ?

De notre point de vue, un allaitement long est un allaitement qui se prolonge au delà du moment où l’enfant a suffisamment de dents pour mastiquer et donc développer une autonomie alimentaire. Avec l’apparition des premières molaires de lait, l’enfant est suffisament équipé pour pouvoir mastiquer une nourriture solide et il l’est complètement dès la mise en place de la denture de lait dans sa totalité, vers l’âge de deux ans.

Allaitement au sein : quand arrêter

Comme l’OMS, nous recommandons l’allaitement au sein exclusif durant les six premiers mois. C’est l’apparition des premières dents qui donne le signal du sevrage. Celui-ci doit être progressif jusqu’à l’âge 18 mois, soit jusqu’à l’apparition des canines, moment où l’enfant devrait être complètement sevré. La méthode de diversification laissée à l’initiative de l’enfant semble permettre d’opérer cette transition en douceur.
Ainsi, pour résumer, on distingue trois périodes :
- six premiers mois de vie (stade édenté) : allaitement au sein exclusivement,
- de six mois à dix-huit mois (jusqu’à l’éruption des canines) : alimentation mixte par allaitement et diversification alimentaire,
- au-delà de dix-huit mois : alimentation solide exclusivement.

En revanche, poursuivre l’allaitement au-delà du moment où l’enfant a ses canines en place (vers un an et demi à 2 ans) n’est pas une bonne chose du point de vue de la croissance des mâchoires car dans ce cas la succion entrave la maturation de la déglutition essentielle à une bonne posture linguale et donc à une croissance correcte des mâchoires*. Bien entendu, il serait aberrant de sevrer un enfant du sein pour le mettre au biberon. Le sevrage dont il est ici question fait allusion à toute forme de succion (sein, biberon, tétine, pouce).

Bénéfices et limites de l’allaitement au sein

Un des bénéfices de l’allaitement au sein (mais pas de l’allaitement au biberon) est de permettre un bon développement des mâchoires. En effet, l’allaitement au sein oblige l’enfant à propulser sa mandibule et favorise ainsi le rattrapage du rétrognatisme naturel du bébé à la naissance (menton tout petit).

Néanmoins, les mouvements de propulsion ne sont font que dans un sens de l’espace (sens antéro-postérieur) et ne sont donc pas suffisants pour permettre le développement transversal des mâchoires, si important pour le bon alignement des dents. Les mouvements de propulsion ne permettent pas davantage le bon développement des ATM ou articulations des mâchoires. En revanche, dès que l’enfant abandonne la succion pour adopter une nourriture solide qui l’oblige à mastiquer, des mouvements hélicoïdaux se mettent en place. Ces mouvements plus complexes ont un impact sur le développement en largeur des mâchoires et sur le développement des ATM. Ils favorisent en outre la maturation du cortex cérébral, de même que les mouvements de préhension quand l’enfant boit au verre.

Allaitement versus mastication

On peut se poser la question de l’opportunité de maintenir l’allaitement au sein en même temps que l’enfant mastique. Du point de vue psychomoteur, physiologique et psychologique, les deux activités que sont la succion et la mastication, sont fondamentalement opposées. La succion repose sur l’activité de la langue qui fait piston et s’étale largement entre les arcades dépourvues de dents. La succion est physiologiquement le mode d’alimentation du bébé édenté. La mastication fait bien sûr appel aux dents qui encerclent la langue et ont pour fonction de l’empêcher de déborder entre les arcades (c’est pourquoi la déglutition ne peut évoluer que lorsque suffisamment de dents sont présentes et font rempart à la langue). La mastication doit devenir le mode d’alimentation dominant de l’enfant dès que les première molaires de lait sont en place, soit vers l’âge de 12 mois, période qui correspond à l’acquisition de la marche.

Contradiction entre allaitement et mastication

Prolonger l’allaitement au-delà de l’âge de 18 mois, alors même que l’enfant est parfaitement capable de mastiquer sa nourriture, induit, de notre point de vue, une contradiction physiologique (déglutition, position de la langue) et psychologique chez l’enfant qui, bien que capable d’autonomie (marche, contrôle des sphincters, etc.), continue pourtant de téter comme le bébé. De cette contradiction dans le message envoyé à l’enfant découlent une bonne part des caries dites du biberon que l’enfant déclenche dans un contexte d’allaitement prolongé au sein ou au biberon. En effet, cette contradiction génère un conflit interne provoquant un stress qui a pour effet d’inhiber la protection naturelle de la dent contre la carie.

Allaitement au sein et caries du biberon

Évidemment, il n’est pas question de dicter aux mamans ce qu’elles ont à faire et le mieux est sans doute d’écouter son instinct de mère. Si tout se passe bien, que l’enfant grandit bien et s’épanouit sans caries ni autres problèmes, on peut continuer à allaiter au-delà de l’âge de 18 mois si on pense que c’est bien. En revanche, l’apparition de caries du biberon qui se manifestent à leur début par des taches blanches au collet des dents, doit amener à se poser la question de la nécessité de mettre fin à l’allaitement, au sein ou au biberon.
 
Remarque : Contrairement aux idées reçues, les caries dites du biberon se produisent aussi bien en cas d’allaitement au sein qu’en cas d’allaitement au biberon, puisque tout sucre, quelle qu’en soit l’origine, y compris le sucre contenu dans le lait maternel, est transformé par les bactéries buccales en acides cariogènes.
Estelle Vereeck, auteur d'ouvrages grand public sur la dentisterie holistique

POST-SCRIPTUM

  • * Le rôle de la langue dans le développement des mâchoires est détaillé ans Orthodontie, halte au massacre qui explique comment prévenir les troubles orthodontiques en agissant dès la naissance.

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Commentaires
0 vote
par L (IP:xxx.xx9.15.105) le 24 septembre 2011 a 10H40
L (Visiteur)

Absurde... Je découvre vos arguments : "induit, de notre point de vue, une contradiction physiologique (déglutition, position de la langue) et psychologique chez l’enfant qui, bien que capable d’autonomie (marche, contrôle des sphincters, etc.), continue pourtant de téter comme le bébé".

En quoi celà induit-il une contradiction ? Marcher, têter, manger, les bambins le font naturellement depuis la nuit des temps, et celà se passe toujours ainsi dans la plupart des pays en voie de développement, hors de nos contrées où, à force de connaissances, on désapprend le bon sens.

Où sont les études randomisées en double aveugle ? Ah oui j’oubliais, "de notre point de vue", oups, ce n’est qu’un point de vue non étayé.

Par ailleurs, un bébé de 18 mois ne tête pas comme un bébé. L’enfant grandit, la relation évolue, les tétées aussi.

"De cette contradiction dans le message envoyé à l’enfant découlent une bonne part des caries dites du biberon que l’enfant déclenche dans un contexte d’allaitement prolongé au sein ou au biberon. En effet, cette contradiction génère un conflit interne provoquant un stress qui a pour effet d’inhiber la protection naturelle de la dent contre la carie."

Avec des si, on mettrait Paris en bouteille.... Vous partez d’une contraction très discutable, qui entraînerait un conflit interne, qui entraînerait du stress, qui entraînerait des caries... Voilà beaucoup de conditionnel ! Des préjugés, des partis pris.

Etonnamment les dentistes que je fréquente ne connaissent pas le stress, comme causes de caries !

Encore un article écrit par quelqu’un qui visiblement ne connaît pas l’allaitement, dommage.

Enfin, pour terminer sur une note positive, je retiens que l’allaitement qui heurtait à 6 mois, commence à être accepté au delà par ses détracteurs, et ça, c’est positif !

(Mes corrections orthographiques ne sont pas passées pour le commentaire précédent, à supprimer, merci).

0 vote
(IP:xxx.xx8.215.86) le 25 septembre 2011 a 11H12
 (Visiteur)

Deux autres bémols.

Vous ne pouvez pas ignorer que les sucres ne présentent pas le même potentiel cariogènes.

Et à 18 mois, un grand nombre d’enfants n’a encore ni molaires, ni canines.